Les microplastiques sont partout, jusque dans vos poumons et le placenta des bébés

POLLUTION « Nous avons été surpris de trouver des microplastiques si profondément dans les poumons », reconnaît l’auteure d’une étude sur les microplastiques

20 Minutes avec agences
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L'intrusion des microplastiques passe par la respiration mais aussi par ce qu'on mange et boit. Illustration.
L'intrusion des microplastiques passe par la respiration mais aussi par ce qu'on mange et boit. Illustration. — Artyom Geodakyan/TASS/Sipa USA/SIPA

Les microplastiques sont partout, jusque dans vos poumons ou dans le placenta des bébés. C’est le constat inquiétant réalisé par les chercheurs au cours des dernières années.

Bouteilles flottantes, tortue étouffée par un sac, amas de déchets au milieu du Pacifique… Depuis des années, les images de la pollution des océans par les centaines de millions de tonnes de plastique produites chaque année sont difficiles à ignorer. Mais leur dégradation en particules de plus en plus petites qui polluent en quantité l’eau et l’air a été plus récemment prouvée. Cette contamination dérange même si son impact est incertain.

Des microplastiques retrouvés dans le sang

« On n’imaginait pas il y a dix ans qu’il pouvait y avoir autant de petits microplastiques invisibles à l’œil nu et qu’ils étaient partout autour de nous, commente Jean-François Ghiglione, chercheur au Laboratoire d’océanologie microbienne de Banyuls-sur-Mer en France. Et on ne pouvait pas encore envisager les retrouver dans le corps humain ».

C’est désormais chose faite, avec une multiplication d’études scientifiques montrant la présence de ces microplastiques dans certains organes humains. Comme les poumons donc. Pas si surprenant qu’on respire ces particules présentes dans l’air, notamment des microfibres issues des vêtements synthétiques.

Mais « nous avons été surpris de trouver des microplastiques si profondément dans les poumons », explique à l’AFP Laura Sadofsky, de l’école de médecine Hull York au Royaume-Uni. Son équipe a notamment identifié dans ces tissus du polypropylène et du PET (polytéréphtalate d’éthylène).

En mars, une autre étude a fait état, pour la première fois, de traces de PET dans le sang. Vu le faible échantillon de volontaires, certains scientifiques appellent à la prudence sur les conclusions à en tirer, mais cette présence interroge sur la capacité du système sanguin à ensuite distribuer ces particules dans tous les organes. Des microplastiques ont d’ailleurs été trouvés dans d’autres organes : « Rate, reins, et même le placenta », énumère Jean-François Ghiglione.

Un risque pour le développement du fœtus ?

En 2021, des chercheurs en avaient trouvé dans les tissus placentaires maternels et fœtaux, exprimant leur « grande inquiétude » pour les conséquences potentielles de cette présence étrangère sur le développement du fœtus.

Inquiétude ne rime toutefois pas avec preuve de danger. « Si vous demandez à un scientifique s’il y a impact négatif, il ou elle répondra "je ne sais pas" », commente Bart Koelmans, de l’université néerlandaise de Wageningen. Mais « c’est potentiellement un gros problème », estime-t-il. Alors « l’autre question concerne les politiques : que devons-nous faire s’il y a une inquiétude dans la société et pas encore de preuve scientifique ».

Les pistes d’études ne manquent pas. Il évoque l’hypothèse que cette intrusion des microplastiques soit par exemple responsable de certains syndromes affaiblissant les organismes humains. Une intrusion qui passe par la respiration mais aussi par ce qu’on mange et boit.

Des effets « délétères » sur les animaux

En 2019, un rapport choc de l’ONG WWF avait estimé qu’un être humain ingère et inhale jusqu’à 5 g de plastique par semaine, l’équivalent d’une carte de crédit. Des résultats et une méthodologie contestés par des scientifiques comme Bart Koelmans dont les calculs concluent plutôt à une moyenne d’un grain de sel par semaine. « Sur une vie entière, un grain de sel par semaine, c’est déjà quelque chose », commente-t-il.

Alors que les études sanitaires sur l’humain doivent encore être développées, la toxicité chez certains animaux renforce les inquiétudes. « Les petits microplastiques invisibles à l’œil nu ont des effets délétères sur tous les animaux que nous avons étudiés dans le milieu marin ou sur terre », assure Jean-François Ghiglione. La faute aux additifs chimiques qu’ils contiennent (colorants, plastifiants, stabilisants, retardateurs de flammes…) « qui peuvent avoir des impacts sur la croissance, le métabolisme, la glycémie, la pression artérielle, la sexualité… ».

Alors, « il y a un principe de précaution à prendre », insiste le chercheur. En tant que consommateur, « on peut simplement limiter l’achat de produits emballés », notamment les bouteilles en plastique, suggère-t-il. Mais « les gens ne peuvent pas s’arrêter de respirer, souligne Bart Koelmans. Même si vous changez vos habitudes alimentaires, vous allez les inhaler : ils sont partout ».