Covid-19 : Faut-il ouvrir la 4e dose à tous les Français ?

VACCINATION Alors que le nombre de cas de Covid-19 augmente il semblerait contre-productif d’ouvrir le deuxième rappel de la vaccination à tous les Français

Oihana Gabriel
— 
Le ministre de la Santé Brigitte Bourguignon a reçu un deuxième rappel le 23 juin et appelé tous les plus de 60 ans à passer par une nouvelle injection pour se protéger d'une septième vague de Covid-19.
Le ministre de la Santé Brigitte Bourguignon a reçu un deuxième rappel le 23 juin et appelé tous les plus de 60 ans à passer par une nouvelle injection pour se protéger d'une septième vague de Covid-19. — THOMAS HUBERT/SIPA
  • A force d’avoir envie de tourner la page Covid-19, les Français peuvent avoir l’impression qu’il ne sert à rien de repasser par la case piqûre.
  • Mais depuis plusieurs semaines, les cas de Covid-19 remontent dans le pays. Et les entrées en réanimation commencent également à augmenter.
  • Le gouvernement et les médecins appellent les Français les plus vulnérables à faire leur deuxième rappel dès maintenant. Mais faut-il aller plus loin et ouvrir la 4e dose, aujourd’hui réservée aux plus de 60 ans, à tous les Français ? 20 Minutes fait le point.

« Certains ont pensé qu’il suffisait de le dire pour que ça s’arrête », ironise Benjamin Davido, infectiologue. Entre la guerre en Ukraine et la séquence politique, on avait presque oublié (avec délectation) la pandémie, mais le Covid-19 se rappelle à notre bon souvenir.

Depuis plusieurs semaines, les indicateurs s’affolent en France. La semaine dernière, on comptait en moyenne 80.000 nouveaux cas chaque jour, avec une augmentation de 50 % sur sept jours. Plus inquiétant : le nombre d’admissions en soins critiques a augmenté de 20 % en une semaine, selon Covidtracker. Dans ce contexte, beaucoup s’interrogent sur l’intérêt de faire une quatrième dose de vaccin.

Seuls les Français de plus de 60 ans sont éligibles à la 4e dose

Depuis le 14 mars 2022, les Français de plus de 80 ans sont invités à réaliser un deuxième rappel du vaccin. Et depuis le 7 avril, les autorités ont élargi cette possibilité à tous les citoyens de plus de 60 ans. Sans la rendre pour autant obligatoire. Et il n’est pas question de remettre au goût du jour un pass vaccinal,  selon Olivia Grégoire. Problème : pour le moment, ces recommandations n’ont pas trouvé leur public. Selon Santé Publique France, le 20 juin, « seulement 26,5 % des 60-79 ans et 30,1 % des 80 ans et plus éligibles à la seconde dose de rappel l’ont effectivement reçue ». D’où la recommandation de l’autorité de santé de multiplier les efforts pour accélérer la campagne de rappel chez ces personnes éligibles.

Ce que Brigitte Bourguignon, encore ministre de la Santé, s’est empressée de faire jeudi dernier : « Il y a une circulation du virus plus intense dans les pays européens, donc aussi en France », sous l’effet d'« un variant, BA.5, très transmissible mais dont les symptômes sont moins graves que ceux de variants historiques ». Elle a appelé à « intensifier la vaccination », « l’arme la plus utile ». Tout en excluant de nouvelles contraintes.

Un vaccin plus efficace attendu à l’automne

Faut-il donc élargir à tous les Français cette quatrième dose ? Pour le moment, le gouvernement n’en prend pas le chemin. « Ce n’est pas la problématique aujourd’hui, tranche Benjamin Davido, infectiologue et référent vaccin à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Cela risque de ralentir le process : si vous vaccinez les quadras, ça limite l’accès aux plus de 80 ans. Il faudrait se concentrer sur les 10 à 15 millions de Français qui sont âgés ou avec comorbidité plutôt que les autres. D’autant qu’on arrive, pour beaucoup de personnes fragiles, à six mois après la dernière injection ou infection. »

Deuxième info qui explique le dilemme actuel : les laboratoires promettent un vaccin adapté à Omicron à l’automne. Moderna a assuré mercredi dernier que son vaccin bivalent protégeait à la fois de la souche originelle et contre les mutations Omicron, dont BA.5. Ce vaccin sera-t-il efficace plus longtemps ? Aura-t-il un effet sur la transmission ? Arrivera-t-il en France avant l’hiver et une éventuelle nouvelle vague ? Ces questions restent sans réponse. « Si on disait aujourd’hui "on va vacciner l’ensemble des Français", on perdrait du temps, des cartouches précieuses. On va décourager les citoyens qui auraient pu y aller à l’automne », plaide l’infectiologue.

Un problème d'organisation ? 

Pour Gilles Pialoux​, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon, « ce calcul est hasardeux. Il faut mettre le paquet parce que la 7e vague, c’est maintenant, et elle provoque beaucoup d’absentéisme, notamment à l’hôpital. Personne ne sait ce qu’il se passera à l’automne. Ce n’est pas parce qu’on va élargir la 4e dose qu’on va ralentir la vaccination des 8 millions de Français les plus à risque. On a les doses suffisantes pour faire les deux, d’autant que les citoyens ne vont pas se précipiter. Dans certaines familles, il peut y avoir un effet d’entraînement. » C’est pourquoi il pense que les autorités devraient donner la possibilité à celles et ceux qui le souhaitent de pouvoir faire ce deuxième rappel, quel que soit leur âge.

Mais (re) vacciner tous les Français demande une organisation, des infrastructures que nous n’avons plus. « Ça n’échappera à personne que cet été, les soignants vont partir en vacances », reprend Benjamin Davido. On sait la difficulté que rencontrent les urgences à remplir les plannings. Impossible donc de leur demander de vacciner et d’assurer une permanence des soins. Par ailleurs, de nombreux centres de vaccination ont fermé. « Mais certains vaccinodromes rouvrent et entre les pharmacies, les libéraux, les paramédicaux, il y a beaucoup d’autres solutions », nuance Gilles Pialoux. L’autre difficulté, c’est qu’en plein été, les citoyens partent, notamment à l’étranger, donc loin de leur domicile. Si bien qu’organiser une campagne massive n’aurait rien d’évident. « Si on vaccine tout le monde tout le temps, au-delà du ras-le-bol, ça a un coût : il faut des doses, des bras pour piquer et pour recevoir ! », s’agace Benjamin Davido.

Cibler les plus vulnérables, âgés et avec comorbidité

Voilà pourquoi de nombreux médecins montent au créneau, une nouvelle fois, pour encourager les plus vulnérables à faire leur quatrième dose. Au premier rang desquels Alain Fischer, le président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui multiplie les interventions dans les médias. « Malgré l’effet cumulatif des injections, le niveau de protection [de ces populations] n’est plus optimal, plaide le « Monsieur vaccin » du gouvernement dans  le Journal du Dimanche. Par ailleurs, les vaccins restent sûrs : il n’y a pas plus d’effets secondaires lors d’une quatrième dose », a-t-il déclaré. « Les données montrent qu’avec une quatrième dose, le taux d’anticorps neutralisants remonte au même niveau qu’après la troisième. La protection contre les formes graves est donc rétablie à plus de 90 % pour un certain nombre de mois. Franchement, une piqûre deux fois par an, ce n’est pas si terrible ! ».

« Si on reste dans cet immobilisme, la 4e dose ne prendra pas », regrette Benjamin Davido, souhaitant une communication ciblée sur les plus vulnérables. « En leur disant que le Covid-19 remonte, et que si tu fais ton deuxième rappel maintenant, tu pars en vacances tranquille, tu seras mieux avec tes petits-enfants ou en rando qu’à chercher un généraliste au milieu de l’été ! Surtout, il faut dire qu’il n’y a aucune contre-indication à faire un rappel à l’automne avec le bivalent si vous vous vaccinez aujourd’hui. »

Autre urgence selon lui : préparer cet été les infrastructures pour mettre les bouchées doubles dès septembre. « Il faudrait donner un échéancier, avec des objectifs, des dates d’ouvertures avant l’automne, prévient-il. Et viser rapidement les moins de 60 ans avec comorbidité. »