Soins : 99 % des hôpitaux et des Ehpad ont des difficultés pour recruter des paramédicaux

URGENCES Une enquête de la Fédération Hospitalière de France alerte sur les difficultés structurelles des établissements publics et sur l’été particulièrement compliqué qui s’annonce

Oihana Gabriel
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Rassemblement devant le Ministère de la Sante a l occasion de la journée de mobilisation pour l hôpital.
Rassemblement devant le Ministère de la Sante a l occasion de la journée de mobilisation pour l hôpital. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • La Fédération Hospitalière de France a mené une enquête en avril et mai 2022 pour connaître les tensions RH dans 400 établissements publics.
  • La quasi-totalité de ces établissements, hôpitaux et Ehpad, connaissent des difficultés pour recruter des paramédicaux.
  • Avec un absentéisme qui augmente, l’été promet d’être très tendu, notamment dans les urgences. Voilà pourquoi le patron de la FHF demande aux Agences régionales de santé de mettre en place un plan de continuité des soins qui allierait hôpital et ville.

Le chiffre fait froid dans le dos : 99 % des hôpitaux et Ehpad connaissent des difficultés de recrutement de paramédicaux. D’où vient ce chiffre ? D’une enquête réalisée par la Fédération Hospitalière de France (FHF) en avril et mai 2022 auprès de 400 établissements publics de santé et médico-sociaux, regroupant plus de 380.000 professionnels non médicaux. Dans le détail, 80,3 % rencontrent en permanence des difficultés de recrutement, et 18,9 % de façon ponctuelle.

« Objectiver un débat compliqué »

« C’est une enquête RH importante qui vient objectiver un débat compliqué, souligne Frédéric Valletoux, président de la FHF. On entend parler de vague de départs depuis la crise du Covid-19. On en parle sur les urgences, mais ça concerne tous les étages. »

Les inquiétudes diffèrent selon les établissements et les zones. « Les établissements hospitaliers placent en tête de leurs besoins les recrutements d’infirmiers et infirmières, précise Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF. En Ehpad, la priorité est de trouver des aides-soignants. » Les services qui peinent le plus à attirer sont la gériatrie, les urgences et la psychiatrie. « Les difficultés de recrutement se concentrent largement sur la nuit, reprend Zaynab Riet. Il va falloir conduire un chantier pour savoir comment mieux reconnaître les professionnels de la nuit, mieux articuler vie professionnelle et personnelle. »

C’est dans les hôpitaux, hors CHU, que la situation en matière de ressources humaines non médicales « s’est le plus fortement dégradée », avec notamment un doublement des postes d’infirmiers non pourvus (6,6 % en avril 2022 contre 3 % en 2019).

Une augmentation des effectifs de 3 %

« Contrairement à l’image fréquente d’une "fuite des soignants", les établissements publics ont enregistré une hausse moyenne de 3 % de leurs effectifs en équivalents temps plein en trois ans », souligne Zaynab Riet. Un chiffre étonnant, d’autant que tous les types d’établissements sont concernés par cette hausse.

Pourquoi cela n’a-t-il pas permis de réduire la proportion de postes vacants parmi les aides-soignants et les infirmiers ? « Le recours à l’hôpital s’accentue, les prises en charge sont plus lourdes, les patients accueillis exigent plus de temps, liste-t-elle. Cette augmentation des effectifs n’est pas ressentie du fait de l’absentéisme, également. »

En effet, l’absentéisme (congé maladie, maternité, maladie longue…) a beaucoup augmenté : il est passé de 7,4 % en 2012, à 9 % en 2019, pour se stabiliser à 10 % en 2021. Il « fragilise le fonctionnement quotidien des équipes », insiste le rapport.

Cet absentéisme élevé, conjugué à la difficulté de recruter, réduit « la capacité de rattrapage » des soins déprogrammés pendant l’épidémie de Covid-19, prévient la FHF. Faut-il, dans ce contexte, rappeler les soignants non vaccinés ? Le débat avait fait rage pendant la présidentielle. « Les agents suspendus pour non-vaccination ne représentent que 0,3 % du personnel, soit environ 4.000 à 5.000 professionnels tous métiers confondus, soignants et non soignants, sur 1,2 million d’agents. Ils ne peuvent donc être considérés comme un "vivier" », nuance la FHF.

La FHF demande un plan de continuité des soins par région

Comment aider les urgences à passer l’été dans ce contexte d’impasse et à quelques jours du rendu de la mission flash de François Braun ? « On rappelle notre demande que les Agences régionales de santé (ARS) coordonnent des plans de continuité des soins, pour veiller à ce qu’il y ait une coordination des plannings de présences à l’hôpital et d’ouverture des cabinets, explique Frédéric Valletoux. Les hôpitaux sont dans une situation très difficile, structurellement et encore plus tendue depuis la crise Covid. On est à l’os, particulièrement dans les services d’urgence. On lance un appel à la responsabilité collective. Pour qu’une solidarité dans les territoires s’exerce jusqu’à septembre, et surtout fin juillet-début août. » A voir si cette piste sera reprise par l’Elysée début juillet.