Les bobos de l'été : A l'autre bout du monde, en rando, sans médocs... Comment réagir quand on attrape la tourista ?

AÏE AÏE AÏE (3/6) Si l’été est la saison préférée des Français, c’est aussi celle où l’on peut se fait bouffer par les moustiques, prendre un vilain coup de soleil, chopper la tourista, se brûler avec le barbecue... Mais « 20 Minutes » ne prend pas de congés et vous livre les bons réflexes à avoir face aux bobos de l’été

Oihana Gabriel
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Illustration d'une jeune femme souffrant de diarrhée.
Illustration d'une jeune femme souffrant de diarrhée. — Canva
  • Chaque année, durant les vacances estivales, de petits incidents surviennent.
  • Même sans gravité, ces bobos de l’été peuvent être incommodants et douloureux. Alors, pour éviter que cela ne gâche les vacances, mieux vaut savoir comment réagir.
  • Dans le troisième épisode de notre série consacré aux bobos de l’été, 20 Minutes vous livre les bons réflexes à adopter avant, pendant et après votre voyage en cas de tourista, cette diarrhée du voyageur aussi fréquente qu’inconfortable.

On l’appelle la « diarrhée du voyageur », d’où son surnom, la tourista. Si vous avez eu la chance de crapahuter sur l’Atlas, de visiter la vallée des Rois, d’admirer le Taj Mahal ou de déambuler dans Dakar, vous savez sans doute ce que signifie ce barbarisme…

Selon le Vidal, la tourista est extrêmement fréquente : entre 25 à 60 % des personnes voyageant dans les pays tropicaux en ont souffert. « Le risque augmente pour (ceux) provenant d’un pays à haut niveau d’hygiène », précise le site de référence des médecins. Une maladie bénigne (et peu avouable), mais qui peut vous gâcher les vacances et se révéler plus grave que prévu. Entre bon réflexe et gestes à proscrire, 20 Minutes vous livre la marche à suivre.

La tourista pour les nuls

« C’est une inflammation du tube digestif, explique Philippe Godeberge, gastro-entérologue. Et une des formes de la gastro-entérite, qui peut être liée à la prise de médicaments, à une maladie inflammatoire ou à une infection. Le point de départ de la tourista est l’ingestion d’un aliment ou d’une boisson contaminé, dont la conséquence est une diarrhée aiguë. Elle est liée le plus souvent à un virus, mais aussi à des bactéries (comme les salmonelles) ou un parasite comme les amibes. »

Peut-on contaminer ses proches ? « En général, avec la tourista, les gens sont moins contaminants qu’avec la gastro hivernale. Mais elle peut tout de même être contagieuse, donc il faut bien se laver les mains, reprend le médecin. Ça tombe bien, avec le Covid-19, on s’est habitué au gel hydroalcoolique et aux gestes barrières ». Souvent, les membres d’une même famille ou d’un groupe de touristes tombent malades en même temps, car les gens se sont baignés dans la même eau, ont bu ou mangé la même chose…

En général, on se rend compte rapidement qu’on souffre de cette maladie du voyageur. « Vous allez bien et entre 2 heures et 8 heures après la mise en contact avec le germe, vous ressentez des douleurs abdominales, vous souffrez d’une diarrhée profuse, liquide, répétée », résume-t-il. Combien de temps cela peut-il durer ? « Si c’est une virose banale ou une diarrhée due à l’ingestion d’un aliment toxique, moins de 48 heures. Si c’est bactérien, ça peut aller jusqu’à une semaine ».

Les bons réflexes

Avant de partir, on met dans son sac une trousse de secours comprenant des antidouleurs (paracétamol pour les crampes au ventre), antidiarrhéiques, antivomitifs, antalgiques en cas de fièvre… Autre allié pendant votre voyage : de quoi purifier l’eau, que ça soit viaune gourde avec un filtre intégré ou les comprimés de Micropur. Pour chaque randonnée ou visite de musée, on n’oublie pas le rouleau de papier toilette dans le sac, qui peut vous sauver la vie.

Une fois sur place, dans un pays où les normes d’hygiène ne sont pas aussi élevées qu’en France, il faut garder les bons réflexes tout au long du voyage : « se laver les mains, ne pas manger de fruit non épluché, ne pas boire l’eau du robinet, ne pas consommer de glace ou de glaçon… Même dans un hôtel luxueux où l’on pense être protégé ! », conseille le médecin. Quelles sont les régions du monde où il faut redoubler de précaution ? L’Inde, l’Afrique, et dans une moindre mesure l’Asie.

Et si malgré toutes ces précautions, vous vous retrouvez coincé(e) aux toilettes ? « Il faut faire attention quand la maladie touche des plus fragiles : les personnes âgées, immunodéprimées et les enfants de moins de 6 ans, répond Philippe Godeberge. Quand ça dure plus de 48 heures, il y a un risque de déshydratation, d’autant plus que la tourista survient rarement dans des pays où il fait froid…. Si vous avez plus de 10 selles par jour, de la fièvre ou des selles sanglantes, voire des glaires, il faut contacter son médecin traitant ou un médecin sur place. En sachant qu’il existe un problème de contrefaçons de médicaments dans beaucoup des pays où on attrape la tourista… Il ne faut donc pas hésiter à aller dans des cliniques, plus chères, ou à téléphoner à son assurance. » Comment faire ? Il suffit de l’appeler pour ouvrir un dossier médical. Elle assurera le suivi médical et décidera d’une hospitalisation éventuelle, précise Europ Assistance.

La fausse bonne idée

« Essayer de manger sain : si vous prenez des crudités, ça va aggraver les choses ! », martèle Philippe Godeberge. Oubliez donc la petite salade et la citronnade, même s’ils peuvent vous rafraîchir et vous réhydrater. « S’il n’y a pas de médicament, on ne mange que du riz blanc, car c’est un aliment avec un indice calorique élevé et aucun résidu. Avec cette maladie, c’est le colon qui est infecté, donc si vous ne surchargez pas votre intestin, ça lui fait du bien. Et on boit du Coca, car c’est de l’eau avec beaucoup de sucre, de la caféine qui stimule et des herbes antinauséeuses. Mais attention, pas du Coca Zéro, qui n’apporte aucun sucre. On le boit frais, pour éviter d’augmenter la nausée, et sans les bulles, car quand vous êtes nauséeux, si vous rotez, c’est pas terrible », détaille l’auteur de Qu’est-ce que tu as dans le ventre ?.

L’autre décision à éviter, c’est de vouloir absolument réaliser les visites prévues malgré la fatigue. Sachant que selon le Vidal, 20 % des personnes touchées doivent garder le lit. « Vous êtes malade, il ne faut pas négliger les signes de sévérité et savoir se préserver, insiste le médecin. Il y a des rapatriements sanitaires à cause de tourista ! » Selon Europ Assistance, elle a été responsable de 7 % des rapatriements de Français en 2021…

Ça leur est arrivé

Quand on lui dit « tourista », Eric fait la grimace avant de rire, et se revoit directement propulsé dans le passé. Et dans une toute petite cabine de toilettes. « Mexique, juillet 2012, je suis en voyage de noces. On a eu la bonne idée d’aller manger des tacos aux légumes sur un marché à San Juan Chamula, un petit village du Chiapas, dans le centre. On avait pris la confiance après deux semaines ». Comme quoi, ce n’est pas seulement les premiers jours qu’il faut manger avec précaution.

« L’après-midi, on monte dans un bus pour rejoindre Palenque, reprend-il. J’ai commencé à être mal au bout de cinq minutes. Enorme envie de vomir. Par chance, le bus était doté de toilettes. J’ai passé le reste du trajet, cinq heures dans les montagnes, dans ces minuscules toilettes, ballotté alors que la route était jalonnée de dos-d’âne abrupts. Genre ski de bosses. Je ne savais pas si ça allait sortir par le haut ou le bas. Je me suis même évanoui entre deux secousses. J’avais l’impression d’être dans un grand huit scato, genre épreuve de Jackass ».

« Arrivés (enfin) à destination, ma femme me récupère livide et essoré. La visite des ruines de Palenque – incontournable site Maya – s’est transformée en semi-coma dans un hôtel miteux : deux jours alité avec des grains de riz nature en intra-veineuse. Comme voyage de noces, on fait plus romantique ! »