Un médicament efficace sur les symptômes de l’autisme chez l’animal suscite l’espoir

AUTISME Une équipe de chercheurs publie une étude dévoilant qu'un médicament permettrait, chez l'animal, d'améliorer les interactions et de limiter les comportements répétitifs ainsi que l'anxiété de sujets autistes

Oihana Gabriel
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Illustration de mains de chercheurs. Une équipe française a publié un article dévoilant qu'une molécule serait effiace chez la souris pour réduire les symptômes de l'autisme.
Illustration de mains de chercheurs. Une équipe française a publié un article dévoilant qu'une molécule serait effiace chez la souris pour réduire les symptômes de l'autisme. — Canva
  • Ce jeudi, les chercheurs de plusieurs établissements, Inserm, CNRS notamment ont expliqué pourquoi ils pensent que les ions bromures pourraient être un traitement efficace dans les troubles du spectre autistique.
  • En effet, sur trois modèles d’autisme différents et sur le temps long, ils ont constaté des améliorations chez des souris atteintes par ces troubles du neurodéveloppement.
  • Mais cet espoir reste à confirmer avec un essai clinique sur l’homme, alors qu’il n’existe aujourd’hui aucun médicament dans l’autisme.

La prudence reste de mise. Mais, si l’essai est transformé, il pourrait changer la vie de beaucoup de familles. Une équipe de chercheurs de l’Inserm, du CNRS, de Inrae et de l’université de Tours vient de publier des résultats prometteurs sur un médicament qui serait efficace pour améliorer les interactions des patients atteints d’ autisme. On parle aujourd’hui de troubles du spectre autistique (TSA), tant cette maladie qui touche le neurodéveloppement est hétérogène. Ces TSA toucheraient environ 700.000 personnes en France, dont deux tiers d’adultes. Or, il n’existe aujourd’hui aucun médicament pour aider ces patients. 20 Minutes vous explique pourquoi cette publication a de quoi rendre optimiste (mais prudent).

De quel traitement s’agit-il ?

L’équipe de chercheurs a publié en avril 2022 un article dans la revue scientifique Neuropsychopharmacology dévoilant que les ions bromures représentent une piste thérapeutique intéressante pour soulager les symptômes de l’autisme. Sachant que le potassium (qui appartient aux ions bromures) est déjà utilisé pour l’épilepsie chez les vétérinaires. « Nous avons testé l’effet des ions bromures sur des souris, explique Julie Le Merrer, co-autrice de l’étude. Dans l’autisme, il y a une modification de l’équilibre entre excitation et inhibition du cerveau. Nous avons testé cette molécule, qui inhibe le cerveau, sur trois modèles de la pathologie autistique avec des mécanismes différents. Nous avons ensuite procédé à une analyse comportementale la plus précise possible de ces souris. Et nous avons constaté d’une part, une restauration des durées du contact du nez. D’autre part, une diminution des comportements stéréotypés des animaux : les souris faisaient moins de cercles sur elles-mêmes. » Le traitement a également réduit l’état anxieux des souris.

En résumé, ce traitement a permis, sur l’animal, une importante amélioration de trois symptômes symboliques des TSA : difficulté d’interaction, mouvements répétitifs (stéréotypie) et anxiété. Et ceci dans les trois types de TSA et sur le temps long.

Quelles sont les limites de l’étude ?

On parle bien pour le moment d’étude préclinique, donc uniquement sur l’animal. Il va falloir maintenant voir si des patients humains réagissent de la même façon que les souris. « On arrive au gros challenge, reconnaît Julie Le Merrer. Jusqu’ici, la recherche sur l’autisme n’a pas connu beaucoup de succès, donc ces premiers résultats ne sont pas une garantie de réussite. »

En effet, une étude s’est intéressée à l’effet du balovaptan sur les capacités de socialisation et de communication d’adultes atteints de TSA, mais le traitement n’était pas efficace. Une autre a expérimenté l’ocytocine par voie intranasale, sans succès. Troisième échec, cette fois sur le bumétanide. « Il y a eu beaucoup de déceptions ces deux dernières années, synthétise Frédérique Bonnet-Brilhault, cheffe de service de psychiatrie au CHU de Tours et responsable du Centre d’excellence autisme. Ce qui décourage les labos d’investir dans la recherche sur l’autisme, alors qu’il y a un vrai besoin. »

Deuxième limite : les ions bromures doivent être utilisés avec prudence. « Il n’existe pas d’effet d’addiction, en revanche à partir de certaines doses on constate un effet sédatif, un trouble de la vigilance, des éruptions cutanées, liste Julie Le Merrer. Dès qu’on en voit apparaître les premiers signes, on arrête et ils disparaissent. Le problème, c’est qu’avec ce médicament la marge entre dose efficace et toxique est faible. »

Ce qui veut dire que ce traitement nécessite un suivi rapproché, avec des prises de sang régulières. « Ce que tous les patients, atteints de TSA, ne sont pas prêts à accepter, avoue-t-elle. Mais on a cherché une solution qui pourrait être de combiner les ions bromures avec une molécule facilitatrice de l’activité du récepteur au glutamate mGlu4. Ce qui permettrait d’améliorer l’efficacité, de donner cinq fois moins de doses de chaque molécule, donc de limiter les effets indésirables et réduire la contrainte du suivi. »

Quelles sont les prochaines étapes ?

« Il faudra mettre en place un essai clinique sur des patients adultes », souligne Julie Le Merrer. Mais l’équipe de chercheurs n’est pas encore prête et n’a pas encore de date du début de cet essai.

Cet essai clinique, s’il était concluant, permettrait de définir la dose à prescrire et le moyen de l’administrer. Pour le moment, ce qui est envisagé c’est un traitement oral, avec des gouttes. Donc facile à prendre. « Chez l’enfant moins de 6 ans, ça ne peut pas être des comprimés, mais des gouttes », ajoute Frédérique Bonnet-Brilhault. Dans un deuxième temps, les chercheurs pourraient tester aussi la combinaison des deux molécules.

Pourquoi ce résultat suscite l’espoir ?

« L’autisme est le seul champ de la médecine où la thérapeutique concerne la rééducation du langage et de la motricité, mais il nous manque cruellement un arsenal thérapeutique, rappelle Frédérique Bonnet-Brilhault. L’intérêt avec cette molécule c’est qu’on a un effet significatif sur l’aspect social, domaine dans lequel on est très démuni, d’autant que les interventions doivent démarrer tôt et sont lourdes. »

Si cette piste thérapeutique se confirme, « ce traitement pharmacologique ne va pas substituer aux approches comportementales utilisées aujourd’hui, mais les compléter, insiste Jérôme Becker, chercheur à l’Université de Tours. On ne va pas soigner la maladie mais rendre plus facile la vie des patients, notamment adultes » pour qui l’accompagnement précoce est plus rare. « On va cibler d’abord les enfants et adultes qui ont un handicap majeur », détaille la cheffe du service de pédopsychiatrie.