Tout savoir sur les « zoonoses », ces maladies épidémiques qui vont se multiplier dans le futur

VIRUS Transmises par les animaux et de plus en plus nombreuses en raison des modes de vie humains, ces maladies ou infections risquent fort de faire partie de notre quotidien dans le futur

M.d.F. avec AFP
Virus illustration
Virus illustration — Canva

Quel est le rapport entre le Covid-19, la variole du singe et Ebola ? Toutes sont des épidémies de virus émergents liés à des « zoonoses ». Plus ou moins anciennes, avec ou sans remède et plus ou moins dangereuses pour l’homme, ces maladies et infections ont explosé au 21e siècle. Et tout laisse à penser que les choses ne sont pas près de s’améliorer. 20 Minutes vous dit tout de cette grande famille de virus.

C’est quoi les zoonoses ?

On appelle les « zoonoses », toutes les maladies transmises à l’homme par des animaux. Dans la liste, on compte donc aussi bien le Sras, le Mers, Ebola et la grippe aviaire, que zika, le Covid-19, le VIH ou encore la variole du singe. Pour le virus du « monkeypox » en anglais, ce sont des animaux infectés, le plus souvent des rongeurs, qui le transmettent. Concernant le MERS, il provient des dromadaires en Arabie saoudite où il a été détecté pour la première fois en 2012.

L’hôte naturel d’Ebola, identifié pour la première fois en 1976 en République démocratique du Congo, est la chauve-souris. La maladie de Marburg qui provoque une fièvre hémorragique sévère a été identifiée en 1967 en Allemagne et Yougoslavie à la suite de travaux sur des singes verts. Enfin Zika, le chikungunya et la dengue sont tous les trois transmis par les moustiques et ont explosé en Amérique latine en 2015.

Il s’agit donc à l’origine de maladies infectieuses que les animaux vertébrés peuvent transmettre aux humains, mais certaines finissent même par devenir spécifiquement humaines, à l’instar du Covid-19 qui se transmet entre Hommes. D’après l’Organisation mondiale de la santé animale, environ 60 % des maladies émergentes sont d’origine zoonotique.

Pourquoi il y en a de plus en plus ?

Si c’est bien les animaux qui transmettent des zoonoses à l’Homme, ça n’est cependant pas leur faute, mais bien celle de l’Homme et plus précisément son mode de vie. Apparues il y a des milliers d’années, depuis que l’homme a intensifié ses interactions avec les animaux en les domestiquant, elles ont vu leur fréquence beaucoup augmenter ces vingt ou trente dernières années. « L’interface entre l’homme et l’animal est devenue assez instable », explique le Dr Mike Ryan, responsable des situations d’urgence à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Les facteurs d’émergence et d’amplification de maladies ont augmenté », selon lui.

En cause, « l’intensification des voyages, qui leur permet de se diffuser plus rapidement et de manière incontrôlée », souligne Marc Eloit, responsable du laboratoire Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur. Mais aussi l’intensification des élevages industriels qui accroît le risque de propagation de pathogènes entre les animaux. Le commerce d’animaux sauvages augmente aussi l’exposition humaine aux microbes qu’ils sont susceptibles de porter.

La déforestation renforce, elle, le risque de contacts entre la faune sauvage, les animaux domestiques et les populations humaines. « Quand on déforeste, on diminue la biodiversité ; on perd des animaux qui régulent naturellement les virus, ce qui leur permet de se diffuser plus facilement », explique Benjamin Roche, biologiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), spécialiste des zoonoses.

Le dérèglement climatique va par ailleurs pousser nombre d’animaux à fuir leurs écosystèmes pour des contrées plus vivables, avait alerté fin avril une étude parue dans Nature. Or, en se mélangeant, les espèces se transmettront davantage leurs virus, ce qui favorisera l’émergence de nouvelles maladies potentiellement transmissibles à l’homme.

Quels risques pour l’humanité ?

« On dispose aujourd’hui de moyens d’investigation faciles et rapides qui permettent de réagir vite en cas d’apparition de nouveaux virus », rassure Marc Eloit, de l’institut Pasteur. « On est aussi capable de développer très rapidement des vaccins », comme on l’a vu avec le Covid-19.

Mais « toute une lignée de nouvelles maladies risque d’émerger, potentiellement dangereuses. Il faudra être prêt », prévient Eric Fèvre, professeur spécialiste des maladies infectieuses vétérinaires à l’université de Liverpool (Royaume-Uni) et à l’International Livestock Research Institute (Kenya). Cela signifie, selon lui, « mettre l’accent sur la santé publique des populations » dans les environnements les plus reculés et « mieux étudier l’écologie de ces zones naturelles pour comprendre comment les différentes espèces interagissent ».

Depuis le début des années 2000, le concept « One Health » («une seule santé ») est mis en avant : il promeut une approche pluridisciplinaire et globale des enjeux sanitaires avec des liens étroits entre la santé humaine, celle des animaux et l’état écologique global. La France a aussi lancé en 2021 l’initiative internationale « Prezode », qui vise à prévenir les risques d’émergences zoonotiques et de pandémies en renforçant les coopérations avec les régions du monde les plus concernées.