« L’éducation sexuelle des ados est un droit et elle doit être égalitaire », plaide l’autrice Julia Pietri, du Gang du clito

INTERVIEW Julia Pietri, fondatrice du compte Instagram « Le gang du clito », signe le tome 2 de son « Petit guide de la foufoune sexuelle », destiné aux adolescents

Propos recueillis par Anissa Boumediene
— 
Avec ce tome 2 du "Petit guide de la foufoune sexuelle", l'autrice Julia Pietri veut offrir un outil d'éducation sexuelle égalitaire, inclusif et bienveillant.
Avec ce tome 2 du "Petit guide de la foufoune sexuelle", l'autrice Julia Pietri veut offrir un outil d'éducation sexuelle égalitaire, inclusif et bienveillant. — Julia Pietri
  • Après un tome 1 destiné aux enfants, l’autrice Julia Pietri signe aujourd’hui la suite de son Petit guide de la foufoune sexuelle, en librairie ce vendredi.
  • Un tome 2 où les ados de 12 à 16 ans peuvent trouver les réponses à leurs questions sur l’anatomie, la puberté ou encore le consentement.
  • Pour l’autrice, l’important est d’offrir un outil d’éducation sexuelle égalitaire.

Un corps qui change. Des poils qui poussent. Et des questions autour de l’identité sexuelle, du genre, ou encore de la masturbation. Bienvenue dans l’adolescence. Période durant laquelle il n’est pas toujours facile de trouver des réponses simples et fiables à ses questionnements intimes.

Dans Le petit guide de la foufoune sexuelle - Tome 2 (éd. Better Call Julia), en librairie ce vendredi, l’autrice Julia Piétri, créatrice du compte Instagram @gangduclito, répond à toutes les interrogations qui peuvent traverser les adolescents, et aux questions de 20 Minutes.

Il existe déjà des guides d’éducation sexuelle. Pourquoi en écrire un destiné aux adolescents et en quoi se distingue-t-il ?

J’ai décidé d’écrire le guide que j’aurais aimé avoir entre les mains quand j’étais ado et que j’expérimentais l’entrée dans la puberté. A mon époque, les infos étaient assez rares : je me souviens avoir reçu en cadeau un guide d’éducation sexuelle pour les ados et avoir cherché «masturbation », la seule chose écrite c’était : « cela ne rend pas sourd », comme si ce n’était pas un vrai sujet.

Cet ouvrage est conçu pour aider à passer un cap, dédramatiser tous les tabous, et permettre à tous les ados de 2022 d’avoir les réponses aux questions qu’ils se posent sur le corps – le leur et celui des autres, la puberté, la sexualité, les premières fois, avec une approche scientifique, et sans sexualiser le corps. Dans le même temps, ce n’est pas un livre axé sur l’hygiène, la prévention et le danger. Le parti pris, c’est d’offrir un contenu hyper bienveillant et rassurant, pour expliquer que la puberté peut être une période chouette de la vie.

Une période où l’on se pose beaucoup de questions autour de l’identité, du genre, et où l’on fait face à nombre d’injonctions et d’idées reçues liées à la sexualité…

Absolument ! J’ai un parcours militant, je suis féministe et il était primordial d’insuffler cet esprit dans ce livre, pour en faire un outil d’éducation sexuelle égalitaire. Ce qui implique de déconstruire des idées reçues et casser des mythes qui ont un impact délétère sur la sexualité. On a longtemps appris aux femmes qu’on entrait dans la sexualité par la douleur, que la première fois fait mal, que c’est comme ça. C’est une idée fausse qui fait que nombre de femmes ont ensuite beaucoup de mal à se réapproprier leur désir, et leur plaisir. Car non, ce n’est pas normal. Au même titre que la pénétration n’est pas obligatoire lors d’un rapport sexuel. Il y a une injonction à satisfaire le désir masculin et le plaisir féminin est souvent nié dans le discours ambiant. L’égalité des sexes passe aussi par l’égalité du plaisir et par l’information, en parlant à la fois d’orgasme, de consentement, de règles ou de poils.

C’est dans cette idée que les planches anatomiques sont présentées de la même manière, pour casser l’idée reçue d’un sexe fort et de l’autre faible et l’image du seul pénis en érection. N’oublions pas le clitoris ! Car tout le monde a un organe érectile. Favoriser l’égalité anatomique dans la représentation des corps aide ensuite à changer les mentalités.

Comment trouver le bon ton pour aborder ces questions que les ados n’osent souvent pas poser ?

Pour créer un lien avec les ados qui liront ce guide et les mettre en confiance, je me livre un peu sur les complexes et interrogations que j’avais à leur âge. Cela montre que c’est une étape universelle, que tout le monde peut être complexé. Moi, je plaide pour une culture populaire, pour la pédagogie souple. Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux et d’une sorte de féminisme élitiste du savoir, il n’y a plus l’idée de transmission, on est tout de suite dans la virulence. En adoptant un ton simple et décomplexant, en écriture inclusive, toutes les identités se sentent représentées, et celles et ceux qui ne comprennent pas bien ces questions y trouvent des réponses.

C’est aussi pour cela qu’il y a aussi des pages de sourcing pour leur permettre d’aller plus loin et s’informer de manière sûre et fiable. Il y a aussi bien un lien vers le planning familial que des QR code qui renvoient à des vidéos bien conçues sur le consentement ou le port du préservatif, faites par des Youtubeurs sérieux que les jeunes connaissent bien, pour s’adapter à leurs codes de communication.

L’idée, c’est d’en faire à la fois un support à soi, où l’on peut se réfugier seul, à cet âge où l’on s’émancipe. Mais aussi un vecteur de communication pour accompagner la parole.

Le premier tome de ce guide s’adressait aux enfants dès 4 ans, et le second s’adresse aux ados de 12 à 16 ans. Que répondez-vous à ceux qui estimeraient que c’est trop jeune pour parler de sexualité ?

Le tome 1 s’adresse aux enfants, mais aussi et surtout aux parents, pour les aider à répondre aux questions « pipi caca » et trouver les mots et le ton juste pour parler d’anatomie, de nudité, d’interdits, mais aussi d’émotions et de sororité. Pour créer un dialogue et faire que l’enfant se sente à l’aise pour parler.

Quant aux adolescents, il faut être conscient de la réalité : aujourd’hui en 2022, les ados de 12 ans ont pour la plupart déjà visionné du porno au moins une fois et depuis longtemps. Sans être nécessairement entrés dans la sexualité, ils sont ainsi déjà entrés dans une représentation – faussée – de la sexualité. L’idée avec ce guide, c’est de fournir des outils d’information et de réflexion pour les accompagner à la fois dans leur construction et dans la déconstruction d’idées reçues dont ils ont déjà pu s’imprégner.

D’où l’importance de leur parler de leurs droits, de consentement, d’expliquer ce qu’est la culture du viol : tous ces sujets fondamentaux, qui touchent au patriarcat et dont on parle trop peu, parce qu’on manque d’éducation féministe et militante. Or, l’éducation à la sexualité est un droit.

* Le petit guide de la foufoune sexuelle – Tome 2, de Julia Pietri, éditions Better call Julia, 19,99 euros, en librairie le 3 juin.