Moustique tigre : Comment l’insecte, identifié dans 67 départements, a-t-il colonisé l’Hexagone ?

BZZZZZZZ Le moustique tigre, vecteur de maladies virales, a été identifié dans 67 départements de métropole

Anissa Boumediene
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Le moustique tigre est désormais présent dans 67 départements de métropole.
Le moustique tigre est désormais présent dans 67 départements de métropole. — LODI FRANCK/SIPA
  • Plus virulent que le moustique classique, le moustique tigre peut transmettre les virus de la Dengue, du Zika et du Chikungunya.
  • Responsable d’épidémies virales dans les Outre-mer, il est désormais présent dans 67 départements de métropole.
  • Faut-il s’inquiéter de cette colonisation ?

Il remonte vers le nord. Gagne du terrain. Chaque année un peu plus. Déjà largement présent dans l’Hexagone, Aedes albopictus, plus connu sous le nom de moustique tigre, poursuit sa colonisation : 67 départements ont été placés en vigilance rouge par le site Vigilance moustiques, soit trois de plus que l’année dernière.

Comment expliquer la progression du moustique tigre en France ? Faut-il s’en inquiéter ?

Une colonisation qui s’étend

Meurthe-et-Moselle, Val-d’Oise et Loiret sont les trois départements supplémentaires où « le moustique tigre a été déclaré officiellement implanté et actif », indique Vigilance moustiques, confirmant les données de la carte publiée par le ministère de la Santé. Au total, « près de 70 % des départements de métropole sont concernés par la colonisation, ajoute la plateforme de surveillance. Elle poursuit donc son ascension du pays avec près des deux tiers sud quasiment intégralement colonisés ». Toutefois, « sa présence n’est pas la même sur tout le territoire : tandis que les départements en vigilance rouge de la moitié nord sont considérés comme faiblement colonisés (moins de 40 % de la population est concernée), le tiers sud est lui désormais presque intégralement touché », observe Vigilance moustiques.

« A partir du moment où on a détecté le moustique tigre dans un département, il est placé en vigilance (jaune, orange ou rouge selon l’ampleur de sa présence), explique à 20 Minutes Anna-Bella Failloux, entomologiste spécialiste du moustique tigre à l’Institut Pasteur. Mais cela ne veut pas dire que les densités y sont aussi importantes que dans les zones les plus touchées comme Montpellier ou Nice, où il est vraiment devenu un nuisible. Là-bas, on se fait piquer à répétition dès qu’on est dehors, y compris la journée, à la différence du moustique classique – le culex – qui, lui, ne pique qu’à la nuit tombée. Dans les nouveaux départements où il a été identifié, on n’est pas arrivé à ce stade ».

Le changement climatique (et nous) en cause

Mais comment expliquer la progression de cet insecte auparavant présent dans les territoires ultramarins ? « Le changement climatique, associé à la globalisation, l’urbanisation et la déforestation, contribue à l’augmentation de la transmission des maladies à transmission vectorielle, en particulier transmises par le moustique Aedes albopictus, qui se propage depuis plusieurs années en Europe et en France », rappelle Santé publique France.

« Le moustique tigre est en France depuis 2004. Et depuis, progressivement, il colonise la métropole, département par département, alors qu’au départ il était très peu présent, retrace Anna-Bella Failloux. Il a appris à s’adapter à l’environnement qu’il colonise, dans lequel il n’a pas vraiment de compétiteur ». Et « s’il s’est autant étendu dans l’Hexagone, c’est parce qu’il est très lié aux activités humaines, expose l’entomologiste. De par sa biologie, il est qualifié d’espèce invasive : il pond des œufs capables de résister à des conditions extrêmes, au froid comme à la sécheresse. Plusieurs mois après la ponte, que l’œuf soit resté à des températures très basses ou qu’il ait été asséché par des semaines de fortes chaleurs, dès qu’il va y avoir un peu d’eau, il va se muer en larve de moustique. Des caractéristiques qui lui permettent de voyager sous forme d’œufs, que ce soit avec les plantes, quand on se déplace, sous les pneus. Sans oublier tous les réservoirs d’eau – pots, arrosoirs et autres soucoupes – dans nos jardins, qui constituent une grande partie des gîtes larvaires, ces milieux où vont venir pondre les moustiques et proliférer. Tout cela fait que nous participons largement à la dissémination de ce moustique sans le savoir ».

Un cocktail de facteurs climatique et humain qui favorise sa colonisation. « De plus en plus, il fait beau plus tôt dans l’année et froid plus tard, avec une saison du moustique tigre qui s’étend globalement de mai à novembre dans les régions plus au nord, détaille Anna-Bella Failloux. Mais dans le Sud, il est présent quasiment toute l’année ».

Un moustique vecteur de virus

Or le moustique tigre « peut transmettre les virus de la Dengue, du Chikungunya et du Zika », souligne Santé publique France. Alors faut-il s’inquiéter de sa progression et redouter des épidémies virales ? « En métropole, il faut relativiser. Sous nos latitudes, il n’y a pas tellement de craintes à avoir comparé à la situation du moustique tigre dans les territoires ultramarins, rassure l’entomologiste. Dans l’Hexagone, la situation est simple : ces virus n’existent pas in situ, il faut qu’ils soient importés. Après plus de deux ans de pandémie de Covid-19, avec la reprise de la circulation des personnes, on peut s’attendre à des importations de virus par des personnes revenant de zones où ils circulent de façon naturelle. Certaines vont y être piquées et, pour une partie d’entre elles, être infectées. Si en revenant en métropole, ces personnes sont à nouveau piquées par un moustique tigre, le virus va se répliquer chez lui (ou plutôt elle, car c’est la femelle qui pique). Au bout de quelques jours, en piquant une autre personne, le moustique va injecter le virus contenu dans sa salive ».

« Cela a pu occasionner des cas autochtones de Dengue, de Zika et de Chikungunya dans l’Hexagone, ce qui prouve bien que le moustique tigre est vecteur de transmission, insiste Anna-Bella Failloux. Mais cela ne donne lieu qu’à des cas isolés : le maximum qu’on ait observé, c’est une douzaine de cas de Chikungunya à Montpellier en 2014. En revanche, il y a eu une épidémie en Italie en 2017, avec plus de 300 cas de ce virus recensés dans la région de Rome. Donc la transmission est possible. Mais parce que nous avons un système de surveillance très performant grâce à des médecins sentinelles et des opérateurs de démoustication, on arrive à couper la transmission dès le début et à empêcher la survenue d’épidémies ».

A condition aussi que les particuliers jouent leur partition. Or, « ce n’est pas toujours évident de le repérer. Mais depuis les épidémies virales dans les Outre-mer, les gens sont davantage sensibilisés : ils savent que lorsqu’un moustique a les pattes rayées en noir et blanc, c’est très certainement un moustique tigre, et qu’il peut transmettre des maladies, résume l’entomologiste. En revanche, faire le lien entre ce moustique qui pique et les gîtes larvaires que l’on crée malgré nous, c’est plus compliqué. Si l’on n’en génère pas ou qu’on les élimine, on évite sa présence. Donc il ne faut pas être alarmiste, mais être vigilant à ne pas favoriser sa prolifération ».