Covid-19 : Les soignants non vaccinés réintégrés en raison du manque d’effectif ? Non, c’est faux

FAKE OFF Emmanuel Macron et Olivier Véran ne ferment pas la porte à une suppression du pass vaccinal pour les soignants, mais ce n’est pas pour aujourd’hui

Maïwenn Furic
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Les soignants toujours suspendus en raison de leur non-vaccination contre le Covid-19 poursuivent leurs mobilisations (Illustration)
Les soignants toujours suspendus en raison de leur non-vaccination contre le Covid-19 poursuivent leurs mobilisations (Illustration) — GILE Michel/SIPA
  • Les soignants non vaccinés contre le Covid-19 sont suspendus depuis septembre 2021. En l’absence d’injections, ils ont interdiction de reprendre leur fonction.
  • Aujourd’hui, certains affirment qu’ils sont rappelés pour réintégrer leurs services en raison du sous-effectif dans les hôpitaux.
  • Qu’en est-il vraiment ? 20 Minutes fait le point.

« On a un gros sous effectif, on rappelle les soignants suspendus. » Voici ce qu’affirment plusieurs vidéos partagées sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Les internautes à l’origine de celles-ci se présentent comme des soignants, suspendus pour avoir refusé de se faire vacciner contre le Covid-19. La vague de suspension avait débuté en septembre 2021. Elle avait d’ailleurs été la source d'émeutes en Guadeloupe en fin d’année dernière.

Pour ces soignants qui ne peuvent plus exercer leur métier depuis plusieurs mois : « On se moque de nous. Ils nous ont tourné le dos et laissé sans rien. Maintenant qu’ils ont besoin de nous, on devrait être à leur disposition ! » Le fait de réintégrer les soignants suspendus pour ce motif était une mesure clé du programme de Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle. Puisque Emmanuel Macron a été réélu, qu’en est-il vraiment aujourd’hui ? 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Si la question revient sur la table ces derniers jours, c’est que ce lundi marque la fin du port du masque dans l’un des derniers lieux où il était toujours en vigueur : les transports. Certains y voient une injustice : « Les soignants non vaccinés ne peuvent toujours pas travailler, mais on retire le masque partout. »

« Légalement, rien n’est prévu pour l’instant. À l’occasion de la campagne électorale, Macron a indiqué que les choses pouvaient évoluer, et Véran doit solliciter l’avis de la HAS », explique le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI) à 20 Minutes. L'agence régionale de santé des Hauts-de-France souligne : « Les soignants suspendus et non vaccinés, sans contre-indication, ne peuvent pas réintégrer leurs services. Ce faisant, ils exerceraient sans autorisation avec des conséquences pour eux comme pour l'établissement. »

Effectivement, sur le sujet Emmanuel Macron n’a pas fermé les portes. En déplacement dans les Hautes-Pyrénées à la fin du mois d’avril, le président a déclaré : « On ira dans cette direction », à condition de ne plus être dans la « phase aiguë de l’épidémie ». Mais Olivier Véran, ministre de la Santé il y a encore une semaine, a fait volte-face en affirmant : « L’obligation (vaccinale) reste en vigueur pour les soignants. » Pour argumenter sa décision, il a mis en avant le nombre de nouveaux cas quotidien : 5.936 pour ce lundi 16 mai. La Haute Autorité de santé affirme à 20 Minutes ne pas avoir été saisie sur ce sujet à l’heure actuelle.

Une potentielle réintégration qui fait débat

Bien sûr, il est possible pour un soignant de reprendre ses fonctions s’il s’est fait vacciner contre le Covid-19 depuis la suspension. Mais, à en croire ce qu’elle affirme, ce n’est pas le cas de la soignante qui s’exprime sur la vidéo TikTok. Elle explique clairement ne pas vouloir se faire vacciner. Et même si le pass obligatoire pour le personnel de santé était supprimé, elle ne retournerait pas exercer ce métier.

Pour certains, cette réintégration des professionnels fait sens en raison de la diminution du nombre de contaminations, et de la plus faible circulation de l’épidémie. « L’évolution de l’épidémie fait qu’il est raisonnable de réintégrer des gens qui le souhaitent, mais évidemment sans payer rétroactivement », expliquait l’oncologue Jérôme Barrière, sur Twitter.

Pour d’autres, il ne faut pas oublier que s’ils ne peuvent plus travailler c’est pour protéger les patients, mais également les protéger eux-mêmes. « Ce que j’ai vu dans mon hôpital, c’est que le nombre de contaminations des soignants avant et après le vaccin, c’est le jour et la nuit ! », a confié un DRH d'un important hôpital à 20 Minutes.

A noter que selon le ministère, 0,6 % des soignants ont été suspendus en septembre dernier. Et cela ne tient pas compte de ceux qui ont été réintégrés depuis en raison de leur vaccination. Lors d’une audition devant le Sénat le 26 octobre, Olivier Véran expliquait que « les deux tiers des soignants suspendus faute de vaccination sont revenus au travail une fois vaccinés ».