Gouvernement : Revel, Touraine, Muselier… Qui succédera à Olivier Véran comme ministre de la Santé ?

GOUVERNEMENT Dans quelques jours, la composition du nouveau gouvernement sera dévoilée. En attendant, « 20 Minutes » fait ses pronostics sur le ou la future ministre de la Santé

Anissa Boumediene
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Qui succédera à Olivier Véran au poste de ministre de la Santé?
Qui succédera à Olivier Véran au poste de ministre de la Santé? — WITT/SIPA
  • Alors que le gouvernement actuel devrait rester en fonction au moins jusqu’au 13 mai, en coulisses, les tractations vont bon train pour former le prochain gouvernement.
  • Un gouvernement Macron II dont la composition devrait être dévoilée dans les prochains jours.
  • Mais en attendant, « 20 Minutes » fait ses pronostics sur le ou la prochaine ministre de la Santé.

Encore un peu de patience avant de connaître le casting complet et ses têtes d’affiche. Dans quelques jours, la composition du nouveau gouvernement Macron 2 sera dévoilée. En attendant, le mercato bat son plein, tractations et autres vérifications fiscales des candidats et candidates potentielles vont bon train.

Rien n’a filtré sur le ou la prochaine locataire de l’avenue de Ségur. Mais le président veut dans son équipe « des figures qui permettent de continuer à donner une dynamique », mais aussi « continuer de faire émerger une nouvelle génération ». Pour l'Union française pour une médecine libre (UFML), syndicat médical, « il faut un ministre de la Santé qui s’engage, un médecin de terrain issu de préférence du monde libéral ». « A force de ne pas s’occuper de la médecine de ville, on a laissé s’installer les déserts médicaux, déplore le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML. Il faut quelqu’un d’expérimenté, qui a une vue du terrain et qui est reconnu pour cela ». 20 Minutes vous dévoile ses pronostics et les soumet au Dr Marty, qui les analyse sans langue de bois.

Renaud Muselier : Médecin, politique et transfuge LR

Médecin de formation et président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Marseillais Renaud Muselier a déjà exercé au sein du gouvernement Raffarin en tant que secrétaire d’État aux Affaires étrangères.

Membre LR, Renaud Muselier a quitté sa famille politique d’origine pour être réélu à la tête de sa région grâce à une alliance avec LREM. « C’est un médecin libéral, certes, mais pour moi, c’est un grand non. Quand on a soutenu Didier Raoult et défendu l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, c’est un carton rouge, parce que c’est dans les crises que se révèlent les hommes, et dans la crise sanitaire, il n’a pas été bon », estime Jérôme Marty.

Dominique Le Guludec : Sur la même trajectoire qu’Agnès Buzyn

Cardiologue de métier, Dominique Le Guludec est nommée par la présidence de la République présidente du collège de la Haute Autorité de santé (HAS) en 2017. Elle prend ainsi la suite d’ Agnès Buzyn, alors nommée ministre de la Santé.

Avec un parcours similaire à celui de l’ex-ministre, Dominique Le Guludec pourrait suivre une trajectoire similaire avec ce portefeuille ministériel. « En revanche, pour ce qui est de l’exigence du terrain, pas sûr que les comptes soient bons, tacle le Dr Marty. La mission de la HAS, c’est de défendre la qualité des soins. Or, durant la crise sanitaire, elle n’a pas été proactive, que ce soit sur la question des masques ou pour avertir du risque aérosol, elle a souvent émis ses recommandations en retard. »

Philippe Juvin : Médecin LR prêt à rejoindre les marcheurs

C’est l’un des visages qui s’est imposé parmi les experts Covid dès le début de la pandémie. Médecin anesthésiste-réanimateur et maire de la Garenne-Colombe, Philippe Juvin est à la fois soignant de terrain et politique aguerri.

Membre LR, Juvin plaide pour l’ouverture de son parti à la majorité présidentielle, une position peu partagée au sein de sa famille politique, où quelques voix le soupçonnent de placer ses pions pour être nommé ministre de la Santé. « Pourquoi pas, il a une double casquette qui en fait un homme d’expérience et un candidat potentiellement sérieux, juge le Dr Marty. Mais à condition qu’il exerce en binôme avec quelqu’un du libéral. »

Marisol Touraine : Le come-back ?

Et si le chef de l’Etat confiait ce ministère à quelqu’un qui l’a déjà occupé ? Le poste pourrait ainsi de nouveau être confié à Marisol Touraine, ministre de la Santé sous le quinquennat de François Hollande. Présente lors de la cérémonie d’investiture d’Emmanuel Macron et investie par LREM pour les législatives, elle se verrait peut-être remettre le couvert.

Durant ses fonctions, l’ex-locataire de l’avenue de Ségur a fait la quasi-unanimité contre elle auprès des soignants. « Mais outre les griefs qu’on a eus avec elle, où était-elle pendant la crise sanitaire ?, interroge le Dr Marty. On a eu une pandémie qui a tué des soignants, révélé tous les défauts de notre système de santé et une ex-ministre de la Santé qui ne s’est exprimée à aucun moment. Donc c’est un grand non ! »

Martin Hirsch : De patron de l’AP-HP à ministre ?

Enarque – comme le chef de l’Etat – formé à la neurobiologie, Martin Hirsch a une longue carrière de haut fonctionnaire. Il fait ses débuts en politique en 1997 comme directeur de cabinet de Bernard Kouchner, secrétaire d’Etat chargé de la Santé dans le gouvernement Jospin. Avant d’être nommé deux ans plus tard directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Depuis 2013, il est directeur général de l’AP-HP.

Il y a quelques jours, Martin Hirsch a publié une tribune intitulée « Hôpital : le temps de la refondation ». Un document dont le timing de publication interroge, certains y voyant un appel du pied pour exercer des fonctions ministérielles. Si l’intéressé s’en défend, le doute persiste. Mais pour le Dr Marty, « son bilan à la tête de l’AP-HP est calamiteux et quand on a participé à l’installation de la catastrophe hospitalière, on ne peut pas se poser en porteur de solutions ».

Stéphanie Rist : La nouvelle génération selon Macron

Médecin rhumatologue, Stéphanie Rist rejoint LREM à sa création, avant d’être élue députée en 2017. Corapporteure du projet de loi « Ma santé 2022 », la quadra pourrait être choisie par Emmanuel Macron, en tant que figure de la « nouvelle génération » qu’il souhaite faire émerger. « Mais elle n’a pas l’expérience pour le poste », tranche le Dr Marty.

Bernard Jomier : Médecin et politique de gauche

Médecin généraliste et investi en politique depuis une vingtaine d’années, Bernard Jomier lance en 2013 l’Appel des médecins de Paris pour dénoncer les effets délétères de la pollution sur la santé. Elu sénateur en 2017, il siège ensuite au sein de la commission des affaires sociales du Sénat pour traiter des sujets liés à la santé, au handicap et à l’environnement, et préside la mission d’information sur le Covid-19.

Dans sa volonté d’ouverture et en pleine opération séduction des électeurs de gauche à l’approche des législatives, Emmanuel Macron pourrait confier le ministère à Bernard Jomier, apparenté socialiste, et qui a longtemps porté les couleurs d’EELV. « C’est un généraliste, qui a une expertise solide sur les questions de santé, et qui est très engagé depuis des années, souligne le Dr Marty. Il ferait un bon candidat. »

Olivier Véran : On prend le même et on recommence ?

Nommé ministre de la Santé au début de la pandémie, il prend la suite d’Agnès Buzyn et porte toutes les mesures anti-Covid du gouvernement, des restrictions sanitaires en passant par le pass sanitaire et la vaccination.

Peu connu du grand public avant sa nomination, Olivier Véran s’est imposé comme l’une des figures fortes du gouvernement. Cependant, « cela m’étonnerait qu’il soit reconduit, il est "cramé" par le Covid-19, juge le Dr Marty. La pandémie n’est certes pas terminée, mais le maintenir en poste signifierait qu’on est encore dans le dur de la crise sanitaire. Or, le chef de l’Etat doit aujourd’hui donner le signe qu’on est à l’étape d’après ».

Aurélien Rousseau : Une bonne gestion de la crise Covid à son actif

Enarque, le haut fonctionnaire se voit confier en mars 2018 par Agnès Buzyn une mission de pilotage de la concertation sur les enjeux des ressources humaines à l’hôpital. Un rapport qui servira de trame au plan « Ma Santé 2022 ». A l’été, il est nommé directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France, et s’illustre par sa gestion de la crise Covid dans cette région particulièrement touchée par la pandémie, en prenant un ensemble de mesures pour associer les hôpitaux privés, fournir des masques aux soignants et déployer une politique massive de dépistage.

Le quadra « a fait du bon boulot, il a été battant et volontaire et peu d’ARS ont su gérer la crise sanitaire comme il l’a fait, salue le Dr Marty. Son bilan en fait un bon ministrable, mais il devrait être en binôme avec un soignant ».

Nicolas Revel : Le candidat sérieux

Enarque et haut fonctionnaire, Nicolas Revel s’est illustré dans le domaine de la santé en assurant la direction générale de la CNAMTS entre 2014 et 2020, et a un CV politique bien fourni. Aujourd’hui directeur du cabinet du chef du gouvernement Jean Castex, il a auparavant été secrétaire général adjoint de la présidence de la République sous le quinquennat de François Hollande, mission qu’il exerce en tandem avec un certain Emmanuel Macron.

« Il a le même profil que Jean Castex, c’est un grand serviteur de l’Etat, dont l’expertise couvre le système de santé jusqu’aux retraites, estime le Dr Marty. Il ferait un bon fusible. »