Covid-19 : Grippe, HPV, méningocoque… Se vaccine-t-on plus depuis le début de la pandémie ?

VACCINATION A l’occasion de la Semaine européenne de la vaccination, « 20 Minutes » se penche sur le carnet de santé des Françaises et des Français

Anissa Boumediene
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Si depuis la pandémie, les Français se sont davantage fait vacciner contre la grippe saisonnière, la couverture vaccinale contre le papillomavirus, elle, est loin des objectifs permettant d'éradiquer le cancer du col de l'utérus.
Si depuis la pandémie, les Français se sont davantage fait vacciner contre la grippe saisonnière, la couverture vaccinale contre le papillomavirus, elle, est loin des objectifs permettant d'éradiquer le cancer du col de l'utérus. — SYSPEO/SIPA
  • Du 25 avril au 1er mai se tient la Semaine européenne de la vaccination.
  • L’occasion, après deux ans de pandémie de Covid-19, de faire le point sur le rapport qu’entretiennent les Français avec la vaccination.
  • Si la couverture vaccinale de la grippe saisonnière progresse, il y a encore des efforts à faire pour améliorer celle du papillomavirus.

Depuis un peu plus de deux ans, quand on parle vaccination, les conversations tournent forcément autour des sérums contre le Covid-19. Attendus, redoutés, plébiscités ou boudés, tout le monde s’est fait son avis. Et alors que près de 8 Français sur 10 ont un schéma vaccinal initial complet, les plus de 60 ans sont d’ores et déjà éligibles à une deuxième dose de rappel.

Mais avant de n’avoir que « l’ARN messager » à la bouche, quand on parlait vaccin, c’était d’abord pour énumérer la liste de ceux que l’on reçoit tout au long de sa vie : DTP, coqueluche, ROR ou encore mégingocoque C pour les tout-petits. Puis, pour les ados, la possibilité de se faire vacciner contre le papillomavirus (HPV). Et pour leurs aînés, celle de se prémunir chaque année contre la grippe saisonnière. Alors en parrallele du Covid-19, les Français ont-ils perdu le fil de la vaccination conventionnelle ? A l’occasion de la Semaine européenne de la vaccination, 20 Minutes met le nez dans leur carnet de santé.

Chez les tout-petits, une couverture vaccinale satisfaisante, mais à améliorer

Au printemps 2020, les Français confinés n’ont pas mis le nez chez le médecin, de peur d’y contracter le Covid-19, et nombre de parents ont préféré différer les rendez-vous vaccinaux de leurs bébés. Entre-temps, la vaccination anti-Covid est passée par là et la vie dans les cabinets de pédiatrie a repris, permettant à la vaccination infantile de rattraper son retard, et même de progresser.

Ainsi, « la couverture vaccinale de la première dose du vaccin contre le méningocoque C [qui peut provoquer de très graves infections chez l’enfant] a augmenté de 3,8 points par rapport à 2020, et celle du rappel de 3,7 points », indique Santé publique France. L’agence sanitaire note également « une très légère augmentation de la couverture vaccinale de la troisième dose du vaccin hexavalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, Haemophilus influenzae b et hépatite B) par rapport à 2020 (+ 0,6 point) ». En France, « les couvertures vaccinales chez le nourrisson sont heureusement très élevées, souvent au-delà des 95 %, souligne le Pr Daniel Floret, vice-président de la Commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de santé (HAS). Et malgré une frange très faible de la population qui reste farouchement opposée à la vaccination et empêche de passer à un taux proche de 100 %, les couvertures vaccinales continuent d’augmenter, surtout depuis l'extension de l’obligation vaccinale en 2018 ».

Un enthousiasme modéré par « des points de vigilance qui subsistent, poursuit le spécialiste. Si pour le méningocoque C, la couverture vaccinale est au-dessus de 85 % chez le nourrisson, ce n’est pas le cas dans les tranches d’âge supérieures. Pourtant, le vaccin est recommandé chez les nouveau-nés, mais aussi chez les enfants, les adolescents et les adultes jeunes, qui transmettent cette bactérie. C’est indispensable pour atteindre une immunité de groupe, à l’instar de l’Angleterre et des Pays Bas, qui ne voient plus de cas. Et c’est pareil pour la rougeole : malgré des progrès indiscutables, l’objectif d’une couverture de 95 % pour un schéma de deux doses à l’âge de 2 ans n’est pas encore atteint. Or, c’est le seul moyen pour espérer éradiquer cette maladie ».

La vaccination contre le HPV encore boudée

En comparaison, les chiffres de la vaccination contre les infections à papillomavirus (HPV) sont particulièrement bas. Santé publique France observe « une augmentation de la couverture vaccinale chez les adolescentes, en progression de 5,2 points entre 2020 et 2021. Soit une couverture pour la première dose de 45 % en 2021 contre 40 % en 2020 ». Mais « il reste des marges de progression ». Aujourd’hui encore, « les chiffres sont problématiques, commente le Pr Floret, on est très loin de l’objectif minimal de 60 % ».

Car bien que recommandé, le HPV effraie de nombreux parents, qui refusent de faire vacciner leurs enfants. Ainsi, « 28 % se déclarent plus souvent défavorables à la vaccination que le reste de la population, et à la vaccination HPV particulièrement ». Et plus de la moitié des parents (51 %) « ne se sentent pas bien informés sur les risques liés à ces virus », selon une étude OpinionWay pour la Ligue contre le cancer publiée cette semaine. « Ces résultats sont alarmants, ils démontrent les incompréhensions existantes sur les infections à HPV et les vaccins, s’inquiète Daniel Nizri, président bénévole de la Ligue contre le cancer. La prévention et la sensibilisation doivent être renforcées ».

Il y a urgence : chaque année en France, « environ 6.300 cas de cancers liés aux papillomavirus humains (cancers du col de l’utérus, ORL, de l’anus, de la vulve, du vagin et du pénis) sont diagnostiqués, entraînant 2.900 décès », déplore la Ligue contre le cancer. « Dont 1.000 femmes qui succombent à un cancer du col de l’utérus », souligne le Pr Floret. Mais la défiance reste tenace. « On dispose pourtant de données d’efficacité en vie réelle, grâce à de larges cohortes dans les pays nordiques et en Angleterre, qui montrent qu’on peut éliminer le cancer du col de l’utérus. Outre-Manche, il a quasiment été éliminé dans les tranches d’âge vaccinées », insiste le Pr Floret, qui déplore « cette réticence française. Les progrès sont là, mais ils sont encore trop faibles et trop lents ».

L’effet du Covid-19 sur la vaccination contre la grippe

En revanche, sous l’effet de la pandémie de Covid-19, la vaccination contre la grippe saisonnière, elle, a progressé. Alors que pour « les personnes à risque de grippe sévère, la couverture était de 52,6 % lors de la saison 2021-2022, elle n’était que de 47,8 % pour la saison 2019-2020 », observe Santé publique France. Qui rappelle toutefois qu’au plus dur de la pandémie, « lors de la saison 2020-2021, elle était de 55,8 % ».

Un effet Covid notable : « au début, avant l’arrivée des vaccins anti-Covid, les gens se sont rués sur les vaccins contre la grippe pour se protéger au moins contre ce virus-là, explique le Pr Floret. Toute augmentation de la couverture vaccinale contre la grippe est bienvenue, mais on voit que cette tendance retombe comme un soufflet : on reste à des chiffres certes plus élevés qu’avant la pandémie, mais déjà en baisse ». Une progression encore bien loin de « l’objectif fixé par l’OMS, de 75 % », souligne Santé publique France.

Les Français – mais pas que – entretiennent un rapport contrarié avec ce vaccin. « La grippe est très souvent vécue comme une maladie bénigne, ce qui est le cas pour beaucoup de gens, mais les plus vulnérables font des formes graves et en meurent encore, insiste le Pr Floret. En outre, c’est un vaccin qui change : certaines années, l’efficacité est limitée, d’où la confiance relative qu’il inspire. Mais malgré ses imperfections, il permet d’éviter un nombre significatif de décès tous les ans ». Santé publique France abonde : « la grippe est responsable chaque année de plusieurs milliers de décès ». Une maladie contre laquelle « la vaccination reste la mesure de prévention la plus efficace ».