Ecole d’infirmières : Des inscriptions records, mais une filière victime de beaucoup d’abandons

FORMATION Malgré l’engouement pour la profession, le milieu est toujours victime de pénurie de soignants

M.F avec AFP
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Une infirmière de l'hôpital de la Timone à Marseille
Une infirmière de l'hôpital de la Timone à Marseille — Nicolas TUCAT / AFP

Le grand paradoxe. En 2021, les 365 instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) ont reçu plus de 689.000 dossiers de candidatures sur la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Un nombre record de candidatures, puisque le ministère de l’Enseignement supérieur en recensait 180.000 il y a seulement quatre ans.

Une envolée qui s’explique en partie par la réforme de 2019. Jusqu’alors, les candidats devaient passer un concours pour chaque école à laquelle ils postulaient, avec frais d’inscription à la clé et déplacements. Depuis 2019, les bacheliers candidatent sur dossier auprès de 10 Ifsi maximum, à travers Parcoursup, sans frais ni concours.

13 % d’abandons après la rentrée en 2021

Sauf que cet engouement à la sortie du bac semble carrément retomber ensuite comme le montre la vague d'abandon en cours de formation. « Le métier est très valorisé et respecté » dans l’opinion publique « mais il existe un gouffre entre la formation et la réalité du terrain », dit Mathilde Padilla, présidente de la fédération des étudiants infirmiers (Fnesi) reconnaissance que la « filière attractive » peine cependant à retenir les étudiants.

Ainsi, deux mois après la rentrée 2021, près de 13 % des étudiants ont lâché leur formation, selon les chiffres de 165 Ifsi transmis au Comité des instituts de formation du paramédical (Cefiec). Soit autant de futurs infirmiers perdus pour un secteur « aux besoins de recrutement très importants », rappelle Amélie Roux, responsable des ressources humaines pour la Fédération hospitalière de France (FHF).

« Erreurs d’orientation » et confrontation avec la réalité de l’hôpital

C’est la confrontation avec la réalité de l’hôpital ou autres établissements de soins, découverts pendant les stages, qui est la première cause des abandons par les étudiants lors de leur cursus, pointe Mathilde Padilla. L’enquête du Cefiec évoque, elle, les « erreurs d’orientation » et des « motifs personnels » plaidés par les étudiants sur le départ.

« Le concours donnait au moins aux étudiants le temps de maturer un projet et de réfléchir au métier d’infirmier », avance Michèle Appelshaeuser, présidente du Cefiec. « La sélection, où il n’y a plus d’entretien, n’est pas adaptée », a jugé Rémi Salomon, président de la commission médicale des Hôpitaux de Paris, lors de son audition au Sénat. La « demande surabondante » de lycéens souhaitant devenir infirmiers « dirige vers les Ifsi trop de profils paraissant insuffisamment motivés ou préparés à la réalité de la formation », estime un rapport du Sénat publié fin mars.