Listeria, Salmonelle, E. Coli... Pourquoi les contaminations aux bactéries se multiplient-elles ?

RISQUE ALIMENTAIRE En moins de deux semaines, trois rappels sanitaires inquiétants ont été lancés...

Diane Regny
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Dessin des protéobactéries Salmonella.
Dessin des protéobactéries Salmonella. — PIxabay
  • Des pizzas surgelées de la marque Buitoni sont suspectées par les autorités sanitaires d’être à l’origine de contaminations gravissimes d’enfants à la bactérie Escherichia coli.
  • Une campagne nationale de rappel concernant six fromages issus d’une fromagerie du groupe Lactalis a été lancée mardi et, lundi, plusieurs tonnes de chocolats Kinder, fabriqués en Belgique, ont été rappelés en France pour des suspicions de salmonelle.
  • L’institut Pasteur se félicite de l’amélioration de la capacité de détection et du traçage de ces contaminations tandis que l’ONG Foodwatch dénonce un « système défaillant ».

Des pizzas contaminées à l'E.coli, des fromages à l’origine de listérioses et des chocolats infectés à la salmonelle… Les rappels sanitaires s’enchaînent ces dernières semaines et commencent à ressembler à une série noire. Mercredi dernier, les autorités sanitaires ont confirmé que la hausse subite des contaminations à la bactérie E.coli était liée à un lot contaminé de pizza Buitoni de la marque Nestlé. Gabrielle Jones, épidémiologiste à Santé publique France, a estimé sur FranceInfo que cette épidémie d’E.coli a « la plus grande ampleur jamais décrite en France ».

Chocolats et fromages

Depuis lundi, Ferrero organise un rappel des lots de produits Kinder susceptibles d’être contaminés par des salmonelles. D’après Santé Publique France, 15 personnes infectées par des salmonelles ont consommé des chocolats Kinder fabriqués dans une même usine belge les jours précédant l’infection.

Mardi, rebelote mais cette fois rayon fromage. Une campagne nationale de rappel concernant bries, coulommiers et Normanville issus d’une fromagerie du groupe Lactalis a été lancée, car ils pourraient contenir la bactérie responsable de la listériose.

Meilleur système de surveillance

Maria Pardos de la Gandara, responsable adjointe du Centre National de Référence (CNR) Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur l’assure, « on ne peut pas parler de recrudescence des contaminations » aux Salmonelles. En revanche, « nous avons amélioré notre capacité de détection des cas groupés. Nous sommes passés de 10 cas groupés détectés par notre CNR en 2017 à plus de 90 en 2020 », illustre la chercheuse.

« De manière générale, les infections à ces pathogènes sont dues à des contaminations des matières premières (viande, lait cru et produits dérivés, œufs…) qui n’ont pas été détectées lors des autocontrôles aux différentes étapes de la chaîne alimentaire », explique-t-elle. Pour ce qui est de la bactérie E. coli, l’institut Pasteur a toutefois noté une légère augmentation annuelle depuis 1996, le début de sa surveillance.

Un « système défaillant »

Pourtant, la directrice de l’information de l'ONG Foodwatch n’est pas de cet avis. Il ne s’agit « ni d’une série noire, ni d’une coïncidence, ni du fait qu’on communique mieux » mais plutôt « la conséquence d’un système défaillant », estime Ingris Kragl.

Les entreprises « ont des processus stricts et doivent faire énormément de prélèvements et d’autocontrôle », confirme-t-elle mais elle juge le contrôle de ces autocontrôles insuffisant. Dans le cas de Buitoni, alors que les autorités sanitaires soupçonnaient les pizzas Fraich’Up, Nestlé a affirmé « avoir fait 75 tests négatifs [à la bactérie E. coli] dans l’usine ». Le lien a depuis été confirmé et des images dénonçant les conditions d'hygiène de l'usine de Coudry ont été publiées. La production de ces pizzas a même été nterdite dans cette usine du Nord par le préfet après des inspections d’hygiènes menées les 22 et 29 mars derniers.

Enquête en cours

A propos de cette bactérie, plus rare mais plus meurtrière, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête notamment pour blessures et homicides involontaires. Deux enfants sont décédés et des dizaines d’autres ont été hospitalisés suite à une infection à la bactérie E. coli. Toutefois, pour le moment, il est impossible d'attribuer la responsabilité aux pizzas Buitoni, et encore moins de spéculer sur un dysfonctionnement global.

D’autant que les trois rappels dont il est question concernent chacun des entreprises différentes voire des lieux de production différents. Pour les pizzas Buitoni, il s’agit de la marque Nestlé et de l’usine de Caudry dans le Nord. Les fromages contaminés viennent de la Fromagerie de Livarot (Normandie), qui appartient à Lactalys. Quant aux chocolats, l’usine de production de Kinder (Ferrero) est située en Belgique.

Signalement tardif

Mais « ce sont les autorités sanitaires qui ont dû sonner l’alarme et pas les entreprises ! », constate Ingrid Kragl qui estime qu’on « ne peut pas faire confiance » à ces entreprises qui « semblent tomber des nues et n’avoir rien vu alors que des personnes sont malades depuis un moment ». Pour la bactérie E. coli, les premiers cas datent en effet du mois du janvier – même s’il n’est pas certain que ces premiers malades aient été contaminés par l’une des pizzas surgelées de Nestlé.

« Le fait d’avoir trouvé la source alimentaire à l’origine de ces 2 épidémies [les pizzas et les chocolats] met bien en avant l’efficacité de notre système de surveillance nationale et le bon fonctionnement de la collaboration européenne en termes de santé publique », se félicite en revanche Sophie Lefèvre, elle aussi responsable adjointe du CNR Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur.

« Aucun enseignement n’a été tiré »

Ingrid Kragl, elle, réclame un système plus préventif et pointe du doigt les suppressions de postes au sein de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). L’Association pour la santé des enfants s’insurge, elle aussi, de « l’insuffisance de la sécurité sanitaire dans l’industrie agroalimentaire en Europe » dans un communiqué mercredi.

Les « rappels de produits dangereux arrivent à chaque fois après des hospitalisations, voire même après plusieurs décès », regrette le président de l’association Quentin Guillemain. Il estime qu'« aucun enseignement n’a été tiré » du scandale du lait infantile Lactalys contaminé.