Hygiène : Comment nos chaussures « transportent » des tas de saletés (potentiellement dangereuses)

BEURK Découvrez, chaque jour, une analyse de notre partenaire The Conversation. Ce lundi, deux scientifiques nous expliquent pourquoi il est préférable de se déchausser avant d’entrer chez soi

20 Minutes avec The Conversation
Plomb, particules radioactives, fécales ou pathogènes s'accrochent à nos semelles
Plomb, particules radioactives, fécales ou pathogènes s'accrochent à nos semelles — High Fliers / Shutterstock (via The Conversation)
  • Nos chaussures « hébergent » parfois des micro-organismes pathogènes résistants aux médicaments, selon notre partenaire The Conversation.
  • La potentiellement dangereuse bactérie E. Coli, par exemple, est tellement répandue qu’elle peut être prélevée sur… 96 % des semelles de chaussures !
  • Cette analyse a été menée par Mark Patrick Taylor, scientifique environnemental et Gabriel Filippelli, professeur de sciences de la Terre.

Vous nettoyez probablement autant que faire se peut vos chaussures si vous marchez dans quelque chose de boueux, visqueux ou ragoûtant (merci de ramasser derrière votre chien !)… Mais quand vous rentrez chez vous, est-ce que vous vous déchaussez toujours à la porte ?

La majorité ne le fait pas… Qui pense à ce qu’il traîne sous ses semelles en rentrant enfin chez lui ?

Je fais partie d’une équipe de chimistes de l’environnement et nous avons passé une décennie à étudier les espaces intérieurs et les contaminants auxquels les gens sont exposés dans leur propre maison. Bien que notre examen de l’environnement intérieur, via notre programme DustSafe, soit encore loin d’être complet, sur la question de savoir s’il faut chausser et se déchausser à la maison, la science a tout de même déjà une idée.

Il est préférable de laisser vos saletés à l’extérieur de la maison.

Il est préférable de laisser ses chaussures à l?entrée pour préserver son intérieur
Il est préférable de laisser ses chaussures à l?entrée pour préserver son intérieur - Shutterstock (via The Conversation)
  •  ​D’où viennent les contaminants retrouvés dans nos intérieurs ?
     
  • Les gens passent jusqu’à 90 % de leur temps à l’intérieur. La question de savoir s’il faut ou non porter des chaussures à la maison n’est donc pas anodine.
  • Les politiques se concentrent généralement sur l’environnement extérieur pour ce qui est des sols, de la qualité de l’air et des risques environnementaux pour la santé publique. Toutefois, la réglementation s’intéresse désormais aussi de plus en plus à la question de la qualité de l’air intérieur.
  • La matière qui s’accumule à l’intérieur de votre maison ne comprend pas seulement la poussière et la saleté apportée par vos visiteurs, ou les poils abandonnés par vos animaux domestiques : environ un tiers proviennent de l’extérieur, amené soit par le vent, soit par les semelles de chaussures sales – capables de ramasser tout ce qui traîne sur le sol.
  • Pour ces dernières, on ne parle pas de simples saletés mais parfois de micro-organismes tels des agents pathogènes résistants aux médicaments, notamment des agents infectieux (germes) associés aux hôpitaux très difficiles à traiter.
  • Ajoutez à cela les toxines cancérigènes des résidus d’asphalte et les perturbateurs endocriniens des produits chimiques pour pelouses, et vous verrez peut-être d’un autre œil vos chaussures.

  • Produits chimiques, cancérigènes, contaminants peuvent être ramenés de la rue comme du jardin © Juicy FOTO / Shutterstock (via The Conversation)
  •  ​Petit tour des pires contaminants intérieurs
     
  • Nos travaux ont consisté à mesurer et à évaluer l’exposition à toute une série de substances nocives présentes à l’intérieur des habitations, dont les suivantes :
  • Gènes résistants aux antibiotiques (gènes qui rendent les bactéries résistantes aux antibiotiques),
  • Produits chimiques désinfectants dans l’environnement domestique,
  • Microplastiques,
  • Produits chimiques perfluorés (ou PFAS, surnommés « produits chimiques éternels » en raison de leur longue durée de vie et de leur tendance à rester dans le corps sans se dégrader) utilisés de manière omniprésente dans une multitude de produits industriels, domestiques et d’emballages alimentaires.
  • Éléments radioactifs.

L’évaluation des niveaux de métaux potentiellement toxiques (tels que l’arsenic, le cadmium et le plomb) dans les habitations de 35 pays (dont l’Australie et la France) constitue un axe majeur de notre travail.

Ces contaminants – et surtout le plomb, neurotoxine dangereuse – sont inodores et incolores. Il n’y a donc aucun moyen de savoir si les dangers de l’exposition au plomb se trouvent uniquement dans vos sols à l’extérieur ou vos canalisations d’eau ou s’ils se trouvent également sur le parquet de votre salon.

Nos études suggèrent tout de même l’existence d’un lien très fort entre le plomb présent dans votre maison et celui présent dans le sol de votre jardin.

La raison la plus probable de cette relation ? Les courants d’air, les chaussures et autres pattes de chien et de chat qui les rapportent à l’intérieur…

​Anticiper les problèmes pour les éviter

D’où l’important de s’assurer que les matières provenant de votre environnement extérieur restent là où elles se trouvent (nous avons des conseils ici, par exemple passez une serpillière ou un torchon humide au lieu de balayer ou dépoussiérer à sec, lavez à part les vêtements de travail ou chargés de poussière, etc.)

Un article récent du Wall Street Journal soutient que les chaussures à la maison ne sont pas si mauvaises. L’auteur soulignait qu’ E. Coli – une bactérie potentiellement dangereuse qui se développe notamment dans les intestins de nombreux mammifères, y compris les humains – est tellement répandue qu’elle est présente partout. Il n’est donc pas surprenant qu’elle puisse être prélevée sur des semelles de chaussures (96 % des semelles de chaussures, comme le souligne l’article).

Mais soyons clairs. Même s’il est agréable d’être scientifique et de s’en tenir au terme E. Coli, cette bactérie, pour le dire crûment, est associée au caca…

Que ce soit la nôtre ou celle de Médor, elle peut nous rendre très malades si nous y sommes exposés à des niveaux élevés. Et avouons-le, c’est tout simplement dégoûtant.

Pourquoi la promener à l’intérieur de votre maison si vous avez une alternative très simple : enlever vos chaussures à la porte ?

Chaussons d’intérieur : LA solution © Anna Mente / Shutterstock (via The Conversation)

​Préférez-le « sans chaussures »

Y a-t-il des inconvénients à avoir une maison sans chaussures ?

Au-delà de l’orteil occasionnellement écrasé, du point de vue de la santé environnementale, il n’y a pas beaucoup d’inconvénients à abandonner bottes et escarpins à l’entrée de son chez-soi. En laissant vos chaussures sur le paillasson, vous laissez également à la porte des agents pathogènes potentiellement dangereux.

Nous savons tous que la prévention est bien meilleure que le traitement. Enlever ses chaussures est une activité de prévention basique et facile pour beaucoup d’entre nous.

Vous avez besoin de chaussures, de semelles pour soutenir vos pieds ? C’est simple : privilégiez le chausson ou la « chaussure d’intérieur » jamais portée à l’extérieur.

Reste la question du « syndrome de la maison stérile », qui fait référence à l’augmentation des taux d’allergies chez les enfants. Certains affirment qu’il est lié à des foyers trop stériles.

En effet, un peu de saleté est probablement bénéfique, puisque des études indiquent qu’elle contribue à développer le système immunitaire et à réduire le risque d’allergies.

Notre dossier « HYGIÈNE »

Mais il existe des moyens plus efficaces et moins dégoûtants d’y parvenir que de se promener à l’intérieur avec des chaussures sales… Sortez, faites une promenade dehors, profitez du grand air !

Inutile donc de ramener chez vous particules polluées, de déjections animales ou de pathogènes divers qui viendront s’accumuler et contaminer cuisines et chambres perçues comme des havres de paix et de sécurité.

Cette analyse a été rédigée par Mark Patrick Taylor, scientifique environnemental à l’Autorité de protection de l’environnement de Victoria, professeur honoraire à l’Université Macquarie (Australie) et Gabriel Filippelli, professeur de sciences de la Terre et directeur exécutif de l’Institut de résilience environnementale de l’Université de l’Indiana (États-Unis).
L’article original a été (écrit en anglais puis traduit et) publié sur le site de The Conversation.

- © The Conversation




Déclaration d’intérêts
● Mark Patrick Taylor a reçu un financement via une subvention du gouvernement australien pour la science citoyenne (2017-2020), CSG55984 'Citizen insights to the composition and risks of household dust' (le projet DustSafe). Il est professeur honoraire à l’Université Macquarie et employé à temps plein de l’EPA Victoria, nommé au rôle statutaire de scientifique environnemental en chef.