Pour atteindre l'« Objectif Sida zéro » en 2030, Nice dispose d’une permanence « unique en France »

VIH Au « 8 Baquis », à Nice, les soignants « sont eux-mêmes LGBT ou en tout cas très bien formés à accueillir les publics particulièrement exposés et qui subissent des discriminations, y compris de la part du corps médical »

Fabien Binacchi
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Des tests de dépistage rapide du VIH sont notamment proposés au 8 Baquis
Des tests de dépistage rapide du VIH sont notamment proposés au 8 Baquis — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Depuis trois mois, à Nice, le Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) accueille une permanence hebdomadaire, au 8, avenue Baquis.
  • C’est un « dispositif pilote expérimental » pour aider les Alpes-Maritimes à atteindre leur « Objectif Sida zéro », c’est-à-dire, plus aucune contamination, en 2030.
  • Cet « outil unique en France » s’adresse notamment aux « LGBT dans leur diversité, aux transgenres, aux précaires, aux pauvres, aux travailleurs du sexe, aux migrants, aux demandeurs d’asile qui ont des risques plus importants de contracter le virus surtout lorsqu’ils cumulent deux de ces facteurs », précise Erwann Le Hô, président du centre LGBTQIA + Côte d’Azur.

En plein centre de Nice, au 8 de l’avenue Baquis, les consultations, le vendredi, c’est jusqu’à 21 heures. Et on s’assure que l’offre de soins « en prévention et en santé sexuelle » y soit « respectueuse, inclusive et bienveillante ». Depuis trois mois, le Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) accueille cette permanence hebdomadaire, un « dispositif pilote expérimental » pour aider les Alpes-Maritimes à atteindre leur « Objectif Sida zéro », soit plus aucune contamination, en 2030.

Le 8 Baquis est hébergé dans un Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) du département des Alpes-Maritimes
Le 8 Baquis est hébergé dans un Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) du département des Alpes-Maritimes - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« Pour que ce soit raisonnablement possible, il faut s’occuper des populations les plus exposées au VIH, celles qui sont aussi le plus souvent stigmatisées. Et qui se tiennent aussi souvent éloignées du système de santé. Notamment à cause de discriminations et de certains comportements qui posent encore question parmi le corps médical », explique Erwann Le Hô, le président du centre LGBTQIA + Côte d’Azur.

Inspiré d’une « clinique londonienne »

Alors pour aller encore plus vers ses publics, les rassurer dans leur prise en charge, la structure a ouvert cet « outil unique en France », en partenariat avec le conseil départemental. Elle s’adresse notamment aux « LGBT dans leur diversité, aux transgenres, aux précaires, aux pauvres, aux travailleurs du sexe, aux migrants, aux demandeurs d’asile qui ont des risques plus importants de contracter le virus surtout lorsqu’ils cumulent deux de ces facteurs », précise encore Erwann Le Hô.

Une initiative pour laquelle « on s’est inspiré de la clinique londonienne 56 Dean Street », une « sorte de dispensaire communautaire », indique le responsable. Au « 8 Baquis », les patients qui viennent pour des dépistages de toutes les IST ou pour des consultations sont donc « accueillis par les membres d’associations et les soignants sont eux-mêmes LGBT ou en tout cas extrêmement bien formé à accueillir les publics que nous ciblons », poursuit-il, évoquant à nouveau « les discriminations que certains peuvent subir. »

Pour les « mettre à l’aise »

« Ces stigmatisations restent quand même très très rares », précise de son côté le dermatologue Adrien Sanchez, qui s’est porté volontaire pour intervenir au sein de la permanence. « Ce qui est certain en tout cas, c’est que les patients auront beaucoup plus de facilité à se mettre à l’aise, à se livrer et donc à être mieux accompagnés avec des soignants eux-mêmes homosexuels par exemple ». Des consultations en gynécologie, en proctologie, en addictologie et aussi en psy sont également proposées.

Depuis l’ouverture du « 8 Baquis », plus de 150 personnes, notamment des LGBT mais aussi une dizaine de migrants et de réfugiés, essentiellement d’Afrique subsaharienne ont été accueillis. « Certains sont suivis et reviennent plusieurs fois, notamment pour ceux qui bénéficient de la Prep, le traitement pré-exposition contre le VIH », précise Loïc Jourdan, le coordinateur de la permanence.

Un territoire moteur dans ces expérimentations

Après Paris, Nice et les Alpes-Maritimes ont été le deuxième territoire à s’engager, dès 2017, dans un « Objectif Sida zéro » en 2030. Et le département est particulièrement moteur dans les initiatives destinées à freiner l’épidémie de VIH.

Lancée en 2019, l’expérimentation « Au labo sans ordo », qui permet de bénéficier de dépistages gratuits sans prescription médicale et dans n’importe quel laboratoire, doit notamment être étendue au reste de la France d’ici à la fin de l’année.