Fatigue, chute de cheveux, vertiges… Et si c’était un manque de fer ?

SANTE DES FEMMES Beaucoup de femmes, à cause des règles et d'une alimentation moins riche en viande, seraient touchées par des carences ou une anémie en fer

Oihana Gabriel
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Une carence en fer peut provoquer une fatigue anormale.
Une carence en fer peut provoquer une fatigue anormale. — Canva
  • Un quart des femmes françaises seraient touchées par des carences en fer, selon une étude.
  • C’est un « problème banal » pour Marcel Ichou, généraliste, mais auquel on ne pense pas forcément.
  • Ces anémies peuvent provoquer une fatigue chronique, des vertiges, une chute de cheveux et empêcher de donner son sang.

« Je ne donne plus mon sang, car je suis anémiée en fer ». « Moi, je prends mon traitement de fer avec une vitamine C tous les matins ». « Tu as testé le sirop ? Je le supporte mieux que les comprimés… » C’est en discutant à la rédaction de 20 Minutes, autour d’un simple café, que l’on s’est rendu compte que les carences en fer sont bien plus courantes que ce que l’on pensait. Un problème de santé féminine méconnu ?

« C’est un problème banal », introduit Marcel Ichou, généraliste. Qui estime néanmoins que les médecins, les gynécos et les sages-femmes s’y intéressent rapidement quand une patiente présente une fatigue inhabituelle. L’étude Esteban de 2014-2016 (sur 2.472 adultes et 794 enfants) pointait que 20 % des femmes en âge de procréer n’avaient pas assez des réserves en fer, et 7 % présentaient une anémie. « Ce sont les femmes les plus jeunes (18-39 ans) qui étaient les plus carencées : près d’un quart d’entre elles avaient une déplétion totale des réserves en fer », rappelle cet article du Vidal.

Le fer, indispensable au fonctionnement du corps

Mais à quoi sert le fer ? Il est nécessaire à la formation de l’hémoglobine contenue dans les globules rouges, lesquels transportent l’oxygène. Autant dire que votre corps en a grandement besoin. Et quelle est la différence entre déficit et anémie ? « Quand on a un déficit, cela veut dire qu’on a une réserve basse de fer, précise Marcel Ichou . Tant qu’on n’a pas de saignement ou une activité sportive, on va pouvoir compenser pour renouveler les globules rouges tous les deux ou trois mois. Mais s’il y a une déperdition importante de sang, cela crée une anémie aiguë, voire chronique. »

Comment savoir qu’on est en manque de fer ? « Les deux principaux symptômes sont une fatigue anormale et un essoufflement, synthétise le généraliste. Mais cela peut se traduire par des vertiges, une pâleur de la peau, le fond des yeux très blancs, une perte de cheveux… Les symptômes seront proportionnels au déficit : cela peut aller de petits troubles à une fatigue intense. »

Si votre médecin soupçonne une anémie, il va vous prescrire une prise de sang à jeun, pour vérifier à la fois l’hémoglobine - le taux de globules rouges - et la ferritine, la protéine qui stocke les réserves en fer de l’organisme. « Si vous êtes aux alentours de 10 à 12 g/dl pour l’hémoglobine, ça va. Entre 8 et 10, ça commence à être sérieux. En dessous, on peut envisager la transfusion, c’est beaucoup plus grave », prévient le généraliste.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?

« Les carences en fer touchent davantage les femmes que les hommes parce qu’elles ont un stock de fer moins important, qu’elles ont leurs règles et qu’elles ont une alimentation souvent moins riche en viande », résume Marcel Ichou.

Certaines femmes doivent particulièrement faire attention à ce dosage. « Pour celles qui ont eu des grossesses répétées et un allaitement long, vigilance, prévient Nicolas Dutriaux, sage-femme libérale et membre du Collège national des Sages-femmes de France (CNSF). En général, il faut dix-huit mois en moyenne pour avoir le temps de reconstituer ses réserves après une grossesse. De même, les femmes qui ont fait de la chirurgie bariatrique doivent être controlées régulièrement, car elles auront un défaut d’absorption de ce fer. »

« Des règles normales ne sont pas censées anémier les patientes »

Revenons sur la première cause : les règles. « Des règles normales ne sont pas censées anémier les patientes, rassure Nicolas Dutriaux. En revanche, il faut s’en méfier si vous avez des saignements en dehors des règles ou des règles hémorragiques. » Sachant qu’on parle de règles hémorragiques quand une femme change au moins cinq fois ses protections hygiéniques par jour. Surtout si ça dure cinq jours… Pour ces femmes, prendre la pilule en continu – et donc faire sauter les règles – peut être une solution.

« On accuse souvent les règles mais quand on fait le point avec les patientes, on se rend souvent compte qu’elles saignent beaucoup durant deux jours et que l’anémie n’est pas liée à ça mais à leur double journée, nuance Nicolas Dutriaux. Dans ce cas, je leur dis "racontez-moi votre vie, vous avez le droit d’être fatiguée". Accuser le versant gynéco, c’est la solution de facilité. »

Quels aliments privilégier ?

Les aliments riches en fer sont la viande rouge, les fruits, les légumineuses, les oeufs.
Les aliments riches en fer sont la viande rouge, les fruits, les légumineuses, les oeufs. - Canva

L’autre cause à explorer, c’est donc l’alimentation. « Le manque de fer est aussi le problème de la malbouffe », s’agace Nicolas Dutriaux. Mais le phénomène pourrait s’accentuer ces dernières années pour une autre raison. « Beaucoup de gens veulent passer à une alimentation moins carnée ou végétarienne, reprend la sage-femme. Or, il faut se renseigner sur comment avoir l’équivalent de l’apport d’un steak de viande rouge… » Et pour les femmes végétariennes et véganes, faire des bilans sanguins réguliers.

En cas d’une anémie importante qui dure, un médecin vous prescrira une supplémentation en fer, sous forme de comprimé ou de sirop. Certaines femmes peuvent aussi prendre des compléments alimentaires ou des produits naturels comme la spiruline, une algue riche en fer. « Les médicaments peuvent provoquer des troubles digestifs, constipation ou diarrhées, voire une alternance, reconnaît Nicolas Dutriaux. Mais les compléments alimentaires, pas contrôlés, entre le taux annoncé et celui disponible, il peut y avoir des variations. Il vaut mieux une spiruline bien prise qu’un médicament qu’on arrête au bout de trois jours parce qu’on ne le supporte pas. Il n’y a pas de recette toute faite ! »

Si ce n’est d’avoir une alimentation équilibrée. « Il faut manger mieux plutôt qu’avaler des pilules, ça coûte moins cher », ironise Nicolas Dutriaux. Justement, quels sont les aliments à privilégier ? Pour les non végétariens, la viande rouge, les abats… Sinon, les légumineuses, en particulier les lentilles, les fruits secs (noix, amandes, noisettes), les œufs… « En revanche, les épinards, c’est une idée reçue. Il y a beaucoup plus de fer dans la viande rouge et dans les lentilles », rigole Marcel Ichou.

« Mais attention aussi à privilégier la vitamine C (présente dans le poivron, la goyave, l’orange, le kiwi, la fraise, le brocoli…) et la vitamine B12 (lait, œufs…), qui permettent l’intégration du fer par votre corps », complète Nicolas Dutriaux. Il rappelle aussi que le thé complique l’absorption du fer. « On voit beaucoup de femmes carencées qui mangent bien mais sont de grosses buveuses de thé. » Typiquement, si vous prenez une supplémentation en fer, autant éviter de la prendre avec votre litre de thé au petit-déjeuner. « Vous pouvez privilégier de prendre votre fer lors d’une collation ou au goûter avec un fruit frais, de saison et entier, c’est mieux ! »