Coronavirus : Selon Olivier Véran, le pass vaccinal et les masques en intérieur devraient être supprimés mi-mars, est-ce le bon timing ?

EPIDEMIE Alors que beaucoup de pays européens ont déjà annoncé la fin des restrictions, le ministre de la Santé a confirmé mardi devant le Sénat la date de la mi-mars restait d’actualité

Oihana Gabriel
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Jean Castex et Olivier Veran à la conférence des métiers du médico-social le 17 février 2022.
Jean Castex et Olivier Veran à la conférence des métiers du médico-social le 17 février 2022. — QUENTIN VEUILLET/POOL/SIPA
  • Après Santé Publique France et d’autres acteurs de la crise sanitaire, la commission d’enquête du Sénat auditionnait ce mardi Olivier Véran.
  • Il a assuré que le passage du pass sanitaire au pass vaccinal il y a un mois était « proportionné », mais qu’il était trop tôt pour évaluer son impact.
  • Et a confirmé que l’éxécutif envisageait de mettre fin à toutes les restrictions, dont le pass vaccinal, à la mi-mars. Un bon timing ? 20 Minutes vous détaille les critères qui pourraient permettre de dire adieu au masque et QR code, et les réactions de deux spécialistes de la santé.

Une date précise pour la sortie du tunnel Covid-19 ? Ce mardi matin, la commission d’enquête du Sénat pour examiner « l’adéquation du pass vaccinal à l’évolution de l’épidémie de Covid-19 » interrogeait Olivier Véran. Qui a défendu une réaction « proportionnée » et défini pour la première fois des conditions pour lever pass vaccinal et masques en intérieur. Alors que certains de nos voisins européens ont déjà levé toutes les restrictions, la France joue-t-elle trop la prudence ?

Une levée du pass maintenue à la mi-mars

Le ministre a ouvert la voie à une levée de toutes les restrictions et en particulier du pass vaccinal pour la mi-mars. Un point qui devrait être tranché la semaine dernière, lors d’un conseil de sécurité.

En effet, le ministre de la Santé a défini trois indicateurs qui seront pris en compte pour lever les dernières restrictions. « Le conseil scientifique dit qu’il faudrait qu’on descende autour de 1.500 patients Covid en réanimation, que le facteur R [taux de reproduction] soit durablement inférieur à 1 et le taux d’incidence entre 300 et 500 [cas pour 100.000 habitants] pour pouvoir considérer qu’on a passé le plus dur ». Toutes ces conditions pourraient être réunies d’ici « deux à trois semaines ». Soit la mi-mars, en effet.

Pourquoi pas avant ? « Il y a encore une charge importante sur les hôpitaux : plus de 2.900 de lits en réa sont encore occupés par des malades du Covid, soit 50 %, a nuancé le ministre. Hier, il y a eu encore 290 décès. Quand j’entends qu’Omicron ne fait pas de cas grave, une maladie qui fait 300 morts par jour, il n’y en a pas beaucoup ! »

Deuxième argument : selon lui, ce pass vaccinal a encouragé certains récalcitrants à sauter le pas. S’il est trop tôt pour tirer des enseignements précis du passage au pass vaccinal, il assure que « plus de 30.000 primo-injections ont été réalisées chaque jour entre 8 et 15 janvier. Depuis, ça s’est atténué, mais nous réalisons en moyenne 12.000 injections. » Vérification faite, c’était plutôt 9.000 la semaine dernière… et 7.500 ce mardi, selon la DGS. Et le ministre défend une réponse proportionnée à la situation sanitaire : « Le pass a soulevé de la crainte, de l’opposition, de la colère. A chaque fois qu’on peut lever une mesure vécue comme une contrainte, nous le faisons. »

Comment gèrent nos voisins européens ?

Il faudra donc encore attendre pour pouvoir se débarrasser des masques et dire adieu aux QR code. Or, un par un, nos voisins ont annoncé ces dernières semaines la levée des restrictions. Dès le 1er février et malgré des cas de Covid-19 encore élevés, le Danemark a décidé de mettre fin au pass. Le 19 janvier,  plus tôt que prévu, Boris Johnson annonce la fin de toutes les restrictions en Grande-Bretagne, fin du pass et du masque, donc. Au Portugal aussi, la fin du pass est imminente. Depuis jeudi 17 février, les Suisses vivent sans pass sanitaire et doivent porter un masque uniquement dans les transports publics et les établissements de santé.

Il serait toutefois erroné de croire que la France est le seul pays européen à maintenir des contraintes, notamment vis-à-vis des non vaccinés. Si en Allemagne, les Länder ont adopté un autre code, il est équivalent à nos pass : le 2G signifie que l’accès est réservé aux seules personnes vaccinées ou guéries (comme le pass vaccinal), le 3G aux personnes vaccinés, guéries ou testées (pass sanitaire). Le chancelier allemand a dévoilé mercredi 16 février un plan d’assouplissement en plusieurs étapes : le 20 mars, il n’y aura plus aucune restriction. Après la France, donc, si tout va bien. En Italie, depuis février, les plus de 50 ans qui n’ont pas fait une première dose risquent une amende. En Belgique, il n’est pas encore prévu de supprimer le Covid Safe Ticket, équivalent de notre pass sanitaire. Enfin, l’Autriche est le seul pays européen où l’obligation vaccinale a été imposée à tous les adultes depuis le 4 février.

« Il est prudent d’attendre que la décrue soit profonde »

La France n’aurait-elle pas intérêt à soulager plus tôt ses citoyens, ceux qui refusent la vaccination comme ceux qui sont épuisées par deux ans de crise sanitaire ? « Je me méfie des comparaisons internationales pas très utiles, prévient Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique et médecin de santé publique. On a vu par exemple la Suède changer de stratégie. La tendance dans les pays européens est semblable, les vitesses varient, car elles ne partent pas des mêmes réalités épidémiologiques et des mêmes appréciations politiques. » Par ailleurs, la prudence est de mise : « Certains vont penser que ce n’est pas assez, d’autres trop prudent, poursuit-il. Il faut prendre en compte les indicateurs qui vont en s’améliorant. Mais même si la couverture vaccinale est importante [80 %], elle n’est pas totale et variable d’un endroit à l’autre. Ces éléments militent pour une voie moyenne, afin de permettre aux gens de respirer sans se précipiter et laisser la capacité du système de soin à se remettre en état de marche normal avec des soignants très fatigués. »

Même écho du côté d’Antoine Flahault, épidémiologiste français et directeur de l’ Institut de santé globale de l’Université de Genève. « Il est prudent d’attendre que la décrue soit profonde avant de lever toutes les mesures, cela permet de consolider l’accalmie et aussi cela permet de protéger davantage les plus vulnérables, en particulier les personnes vaccinées mais immunodéprimées ou très âgées ou encore non vaccinées et à risque de formes graves, notamment parmi les enfants, très peu vaccinés en France. Porter le masque en milieu intérieur quelques semaines de plus est très important pour limiter les risques chez les personnes vulnérables. »

Des nouvelles inquiétantes du côté du Danemark

Et l’épidémiologiste de regarder du côté du Danemark, premier pays à avoir alerté sur le sous-variant d’Omicron BA2. « Les Danois paient aujourd’hui cher sur le plan sanitaire leur précipitation à lever leurs mesures, remarque-t-il. Ils enregistrent en effet leur plus fort niveau de mortalité jamais rapporté. » Ce que confirme ce schéma des décès dans les pays européens, même si ces derniers jours, les chiffres baissent à nouveau.

Graphique de Our World in data, montrant que le Danemark a vu les morts du Covid-19 remonter ces dernières semaines.
Graphique de Our World in data, montrant que le Danemark a vu les morts du Covid-19 remonter ces dernières semaines. - Our world in data

Inquiétant pour la suite ? Olivier Véran s’est montré rassurant sur ce sujet brûlant. « On n’est pas loin des 50 % des contaminations actuellement par BA2, cousin germain d’Omicron. Nous considérons qu’il n’y a pas de risque de rebond du fait du BA2. »

Si on peut donc espérer une « nouvelle ère », où l’ombre du Covid-19 s’éloigne, certains estiment que ce retour à la normale doit être l’occasion de tirer des leçons. « On a des raisons d’être optimiste, mais on ne sait pas comment vont évoluer les indicateurs à l’automne, prévient Laurent Chambaud, médecin de santé publique. Ce genre de crise peut se reproduire. D’où l’importance de faire des retours d’expérience dans les meilleures conditions possibles. »