Coronavirus : Le vaccin de Novavax convaincra-t-il les récalcitrants ou arrive-t-il trop tard ?

VACCINATION ANTI-COVID Le Nuvaxovid, vaccin anti-Covid de la firme Novavax, est désormais disponible en France, où les autorités sanitaires espèrent qu’il convaincra tous ceux et celles qui n’ont pas confiance dans les vaccins à ARN messager, de se faire enfin vacciner

Anissa Boumediene
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Avec le vaccin de Novavax, qui ne repose pas sur la technologie de l'ARN messager, le gouvernement espère convaincre hésitants et récalcitrants de se faire enfin vacciner contre le Covid-19.
Avec le vaccin de Novavax, qui ne repose pas sur la technologie de l'ARN messager, le gouvernement espère convaincre hésitants et récalcitrants de se faire enfin vacciner contre le Covid-19. — SOPA Images/SIPA
  • Depuis ce lundi, la France dispose d’un nouveau vaccin anti-Covid, le Nuvaxovid, de la firme américaine Novavax.
  • Elaboré selon une technologie classique et connue, il pourrait convaincre les millions de Français pas encore vaccinés qui n’ont pas voulu recevoir un vaccin à ARN messager.
  • Parmi les livraisons attendues, le ministère de la Santé va sanctuariser 600.000 doses pour l’Outremer, où la couverture vaccinale est beaucoup plus faible qu’en métropole.

Attendu depuis de longs mois, le petit nouveau est enfin arrivé ! Depuis ce lundi, la France compte officiellement un cinquième vaccin dans son arsenal anti-Covid. Lancé par la firme américaine Novavax, le sérum Nuvaxovid va être dès à présent livré par milliers de doses à la France.

Pourtant, alors que les centres de vaccination n’attirent plus les foules ces dernières semaines, une attente bien spécifique repose sur ce nouveau vaccin : convaincre les 4 millions de Français qui n’ont toujours pas reçu la moindre dose à ce jour, de sauter enfin le pas de la vaccination. Cette stratégie peut-elle fonctionner ? Le vaccin n’arrive-t-il pas trop tard ?

Convaincre les récalcitrants de l’ARN messager

Autorisé en décembre par l’Agence européenne du médicament et à la mi-janvier en France par la Haute autorité de santé (HAS), le vaccin de Novavax, contrairement à ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, n’utilise pas la technologie de l’ARN messager (ARNm), qui inquiète et braque nombre de personnes éligibles au vaccin. Nuvaxovid, lui, est un vaccin « sous-unitaire » : il contient une composante du virus – et non le virus entier comme les vaccins les plus classiques – introduite dans l’organisme pour déclencher une réponse immunitaire.

Une technologie connue depuis longtemps, déjà employée notamment dans les vaccins contre la coqueluche ou l’hépatite B. Une recette censée faire de lui « une option qui peut convaincre certains, qui étaient hésitants, à recevoir leur première dose », estime Silvia Taylor, directrice monde de Novavax. Nuvaxovid ne pouvant être utilisé comme dose de rappel, faute d’essai clinique, il peut donc être administré seulement en primo-vaccination, s’il trouve son public.

« J’attendais désespérément un vaccin sans ARNm. Aujourd’hui j’hésite »

« J’ai l’intention de me faire vacciner depuis le début de la campagne », assurait Jean début janvier, alors que l’épidémie de Covid-19 s’emballait sous l’effet de l’ultra contagieux variant Omicron, moins virulent que les souches précédentes, mais qui a entraîné des millions de contaminations en France ces dernières semaines. Le quinquagénaire attendait alors « désespérément un vaccin sans ARNm, trop de personnes autour de moi ont eu des effets secondaires », et croisait alors « les doigts pour que Novavax sorte très rapidement ». Mais entre-temps, les indicateurs ont évolué, et l’épidémie est aujourd’hui en très nette décrue. De quoi pousser le ministre de la Santé, Olivier Véran, à envisager l’allègement voire la suppression du pass vaccinal avant juillet. Alors, ce vaccin n’arrive-t-il pas un peu tard ? Aujourd’hui encore, « la vaccination primaire reste toujours importante », assure Silvia Taylor, alors que dans de nombreuses régions du globe, le taux de vaccination reste très faible.

Mais elle ne passera peut-être pas par Jean. « J’ai attendu avec impatience le vaccin de Novavax, j’ai même contacté ma pharmacienne pour lui demander qu’elle m’en réserve deux doses, explique-t-il ce lundi à 20 Minutes. Mais entre temps, j’ai contracté le coronavirus, et avec les dernières annonces du gouvernement qui laisse entendre que le pass vaccinal pourrait bientôt être supprimé, aujourd’hui j’hésite à me faire vacciner. Ma décision n’est pas encore prise ».

Une couverture vaccinale plus faible dans les Outre-mer

Parmi elles, les territoires d'Outre-mer, où la couverture vaccinale est bien plus faible. D’autant que l’épidémie n’est pas encore terminée. A la Réunion, où deux tiers de la population sont vaccinés (66 %), Omicron perturbe toujours l’île. « Les indicateurs virologiques et les hospitalisations y sont certes en baisse, mais restent toujours les plus élevés », souligne Santé publique France dans son dernier bulletin épidémiologique. Le sérum de Novavax, dont les données préliminaires montrent qu’il produirait « des anticorps neutralisants contre le variant Omicron », selon les autorités sanitaires canadiennes, qui viennent de l’autoriser.

Et si aujourd’hui, la France affiche un taux de vaccination de 78,8 % de sa population totale, dans le détail, d’importantes disparités existent. Alors qu’à Paris, la couverture vaccinale dépasse les 83 %, en Martinique et en Guadeloupe, les chiffres chutent respectivement à 40,8 et 38,8 %, selon les chiffres du ministère de la Santé, et à seulement 32,8 % en Guyane, ce qui en fait la région la moins vaccinée de France.

600.000 doses sanctuarisées pour les Outre-mer

Pour tenter de changer la donne, le ministère de la Santé, qui attend sa première livraison, a indiqué que 600.000 doses vont être sanctuarisées pour les territoires d’Outre-mer, avec un premier envoi d’environ 100.000 doses, correspondant aux demandes faites sur place. Le vaccin de Novavax « peut débloquer la situation chez les récalcitrants, a avancé récemment le Dr Jacques Breton, médecin à Cayenne président de l’URPS médecins, lors d’un échange entre les praticiens libéraux et l’Agence régionale de santé (ARS) de Guyane. Il faut qu’on en fasse la promotion. Nous avons des personnes opposées à l’ARN messager. Les gens veulent avoir le choix et l’essentiel, c’est qu’ils soient vaccinés. Les comorbidités sont très importantes en Guyane, notamment chez des personnes très jeunes. Nous avons aussi des personnes âgées qui sont à risque », a-t-il ajouté. Or, d’après les essais cliniques, Nuvaxovid est efficace à 90 % pour prévenir le Covid-19 symptomatique et à 100 % pour prévenir les maladies graves.

Reste à voir si les demandes vont effectivement décoller. En pratique, « les Guyanais intéressés peuvent se signaler et pré-réserver leur dose », invite l’ARS. Et pour l’heure, on est loin de la ruée sur les créneaux pour recevoir ce vaccin de technologie traditionnelle. « A ce jour, environ 630 personnes se sont inscrites », indique à 20 Minutes l’agence sanitaire guyanaise, qui pour l’heure a « commandé 1.200 doses » et se tient prête à en demander davantage si la demande augmentait. Au total, la France doit recevoir 3,2 millions de doses de Novavax au premier trimestre.