Gynécologie : Elles ont choisi une sage-femme pour leur suivi… « La différence, c’est l’écoute », « C’est moi qui installe le spéculum »

SANTE DES FEMMES Depuis une dizaine d'années, les sages-femmes ont la possibilité d'assurer cette mission auprès de leurs patientes

Oihana Gabriel
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Illustration d'une sage-femme expliquant le fonctionnement de l'utérus à une patiente.
Illustration d'une sage-femme expliquant le fonctionnement de l'utérus à une patiente. — Canva
  • On réduit souvent le rôle des sages-femmes à la grossesse. Mais elles peuvent, depuis 2009, assurer le suivi gynécologique des femmes quand elles n’ont pas de pathologie.
  • Certaines femmes choisissent donc ces professionnelles pour parler contraception, vaccination, frottis, PMA…
  • S’il n’est pas évident de quantifier le nombre de Françaises qui désirent être suivies par une sage-femme, les 23.500 professionnelles sont un recours indispensable à l’heure où les gynécologues manquent. Et apprécié.

« Les sages-femmes nous traitent comme des femmes et non comme des patientes, synthétise Charlotte, 37 ans. Après tout, la grossesse ou le suivi gynécologique ne sont pas des maladies. » Comme Charlotte, certaines femmes choisissent de se tourner vers une sage-femme pour leur suivi gynécologique. Et s’en félicitent.

« Il y a quatre ans, je suivais des cours de préparation à l’accouchement dans un cabinet tenu par deux sages-femmes géniales, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), reprend cette ancienne Francilienne, qui s’est installée depuis quelques mois près d’Angers. J’ai alors appris que leurs compétences dépassaient de loin la période de grossesse. Je me suis dit : "qui mieux que les femmes accouchant d’autres femmes à longueur de journée, pouvaient m’accompagner dans toutes les questions liées à la maternité, à la sexualité ? ". En milieu de grossesse, j’ai donc quitté ma gynécologue pour leur confier mon suivi gynécologique. »

De plus en plus de compétences pour les sages-femmes

Beaucoup de Françaises ignorent l’étendue des compétences de ces soignantes. Au-delà de la maternité, depuis 2009, les sages-femmes peuvent assurer le suivi gynécologique d’une partie des femmes. « La sage-femme, c’est la spécialiste de la santé des femmes en bonne santé, résume Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'Ordre des sages-femmes. On connaît bien le volet obstétrical, moins le suivi gynécologique à toutes les étapes de la vie.


Chez les jeunes filles, c’est l’éducation à la vie éducative et sexuelle, qui inclut la lutte contre les violences faites aux femmes, infections sexuellement transmissibles (IST), vaccination contre le papillomavirus, contraception… A partir de 25 ans, on recommande une consultation gynéco annuelle, ce qui ne veut pas dire toucher vaginal ! Mais il y a aussi la vie après la ménopause, qui ne rime pas avec fin de la vie sexuelle et qu’on a tendance à assimiler à une pathologie. »

Aujourd’hui, les sages-femmes assurent aussi certaines vaccinations (notamment contre le Covid-19), la prévention de l’addiction, les IVG médicamenteuses et même la procréation médicalement assistée dans les centres d’AMP publics et privés. Enfin, nouveauté, un décret du 30 décembre 2021 les autorise à réaliser les IVG instrumentales, dans le cadre d’une expérimentation pendant trois ans. « Pour le moment, les sages-femmes déposent des dossiers pour l’appel à projet, mais dans quelques mois, ce sera une réalité », précise Isabelle Derrendinger.

« Comme deux adultes alliées avec chacune son expertise »

Et pour celles qui ont choisi un suivi gynéco par une sage-femme, il n’y a pas photo. « Elle ne me soumet jamais à des examens non nécessaires ou invasifs, illustre Charlotte. Elle attend mon accord avant de me toucher et je suis beaucoup plus active lors des rendez-vous : c’est moi qui installe le spéculum, en termes d’inconfort ça change tout ! C’est aussi une manière de soutenir la profession, de reconnaître leur grande compétence et leur rôle indispensable dans la vie des femmes. »

Anna, 37 ans, n’a pas d’enfant et n’en veut pas. Et s’est tournée il y a trois semaines vers une sage-femme dans le 14e arrondissement de Paris après trois ans d’arrêt de suivi gynécologique. « La différence, c’est l’écoute, constate-t-elle. Contrairement à tout ce que j’ai vécu avec d’autres soignants, je ne me suis pas sentie assaillie de questions. Ça ne l’a pas empêchée de me faire des recommandations sur les frottis. » Oubliées les injonctions et le paternalisme ? « Elle m’a dit : je peux vous suivre pendant des années sans jamais vous examiner, s’enthousiasme-t-elle. J’ai senti qu’à tout moment, mon consentement serait respecté et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ça m’a donné envie de reprendre un suivi. Elle me rend ma place de patiente avec ma responsabilité. Comme deux adultes alliées avec chacune son expertise, moi avec mon corps, elle avec la gynécologie. »
Une approche très différente de ce qu’elle a connu avant. « Entre mes 17 et mes 27 ans, j’ai été sous pilule et je n’ai aucun souvenir qu’un gynéco  ait questionné cette contraception, ouvert une discussion sur les alternatives », regrette-t-elle. C’est après s’être renseigné, notamment grâce aux livres de Martin Winckler qu’elle décide de passer au stérilet. « Mais c’est vraiment parce que j’étais hyper déterminée que j’ai pu l’obtenir ! », se souvient-elle.

« Une montée du recours aux sages-femmes, mais sans pouvoir la quantifier »

« On sait qu’on a une montée du recours aux sages-femmes, mais sans pouvoir la quantifier, reconnaît Isabelle Derrendinger. Je pense que les femmes vont s’orienter de plus en plus vers les sages-femmes. »

Un phénomène lié aux questions de violences sexistes en gynécologie ? « Non, répond la sage-femme, qui a participé aux travaux sur ce sujet. Nous refusons de faire des violences obstétricales un problème de genre, de génération ou de profession. En revanche, être un éducateur en santé, cela demande du temps. Les sages-femmes proposent des consultations plus longues et avec plus d’écoute, selon les femmes qui se confient sur les réseaux. Sans doute notre profession, parce que majoritairement féminine, s’est approprié la lutte contre les violences sexistes. »

« Il ne faut pas s’affoler, les sages-femmes sont là ! »

Reste que cet élargissement progressif des compétences de ces soignantes est bienvenu dans un contexte de baisse drastique du nombre de gynécologues médicales (qui n’accouchent pas les femmes). Alors que cette spécialité avait tout simplement disparu à l’internat entre 1987 et 2003, les places en gynécologie médicales restent faibles : de 82 pour la promotion rentrée en 2020, le chiffre doit passer à 89 en 2023. Pas étonnant que dans certains départements, en province comme en région parisienne, obtenir un rendez-vous chez un gynéco devienne mission impossible.

Au point qu’un sondage, réalisé par l'institut Ifop, 31% des 18-24 ans sondés déclarent ne jamais avoir été chez un ou une gynécologue. « Les conséquences du manque de gynécologues sont multiples : délais très longs, dépassements d’honoraires… mais on oublie tout simplement de dire : "Il ne faut pas s’affoler, les sages-femmes sont là" ! », rassure Isabelle Derrendinger. Qui regrette que le gouvernement se soit engagé dès 2014 à communiquer sur les compétences des sages-femmes auprès des citoyennes… « Ça n’a jamais été fait ! Mais la communication s’est faite par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux ! »

Par ailleurs, l’élargissement des compétences de ses professionnelles de santé a des chances de se poursuivre. Notamment sur l’endométriose . « Dans les annonces du gouvernement sur la stratégie de lutte contre l’endométriose, les sages-femmes sont mises en première ligne, remarque la présidente de l’Ordre. J’ai du mal à voir comment car côté diagnostic, les examens nécessaires (l’hystérosalpingographie, hystéroscopie) ne font pas partie de nos compétences et versant thérapeutique, chirurgical notamment, c’est encore moins notre domaine ! Le seul moment d’intervention, c’est le repérage : en identifiant des règles douloureuses ou un difficile accès à la maternité. » Dossier à suivre, donc.