Les bouteilles en plastique réutilisables, le geste écolo potentiellement dangereux pour la santé

PAS UN SI BON GESTE Selon une étude danoise, les gourdes réutilisables en plastique libéreraient un grand nombre de substances chimiques

Anissa Boumediene
Les bouteilles en plastique réutilisables libéreraient dans l'eau jusqu'à 4.000 substances chimiques.
Les bouteilles en plastique réutilisables libéreraient dans l'eau jusqu'à 4.000 substances chimiques. — GSquare / Pixabay
  • Les bouteilles d’eau en plastique à usage unique sont une source importante de pollution et de consommation de ressources.
  • Pour réduire leurs déchets, nombreux sont ceux et celles qui ont adopté la gourde réutilisable.
  • Un contenant pratique et qui se veut écologique, mais qui pourrait avoir un effet délétère sur la santé en favorisant le passage dans l’eau de substances toxiques ou à effet de perturbateur endocrinien, selon une étude danoise qui vient d’être publiée.

Quand on veut réduire ses déchets au quotidien, troquer les bouteilles d’eau minérale contre une gourde réutilisable à l’infini est le premier geste que beaucoup adoptent. Légères, incassables, donc nomades, les gourdes en plastique sont plébiscitées ces dernières années. Au boulot, au sport ou en balade, elles nous suivent partout pour étancher notre soif.

Un geste qui se veut bon pour la planète, mais l’est-il vraiment pour notre santé ? N’avez-vous jamais trouvé que votre eau avait un goût bizarre dans votre gourde ? La réponse n’est pas vraiment rassurante. Une étude menée par deux chercheurs de l’Université de Copenhague au Danemark, publiée dans la revue scientifique Journal of Hazardous Materials, pointe les risques de passage dans l’eau de substances chimiques contenues dans ces bouteilles en plastique.

Près de 400 substances chimiques libérées dans l’eau

Dans le cadre de leur étude, les deux chercheurs ont rempli d’eau du robinet plusieurs types de gourdes : des modèles neufs, usagés, passés au lave-vaisselle ou avec un rinçage supplémentaire. Au bout de 24 heures, les scientifiques ont analysé la composition de cette eau et ont constaté des migrations dans l’eau de produits chimiques contenus dans le plastique de la gourde. « Beaucoup de gens utilisent ces bouteilles, mais peu connaissent les migrations de produits chimiques que le plastique fait passer dans l’eau », soulignent les chercheurs en préambule de leur étude.

Pourtant, ils ont retrouvé 400 substances chimiques dans l’eau dont les gourdes étaient remplies.  « Nous avons été surpris par la grande quantité de substances chimiques que nous avons trouvées dans l’eau après 24 heures dans les bouteilles. Il y en avait des centaines, y compris des substances jamais trouvées auparavant dans le plastique, ainsi que certaines potentiellement nocives pour la santé », s’est étonné le Pr Jan H. Christensen, coauteur de l’étude et professeur de chimie analytique environnementale au département des sciences végétales et environnementales de l’Université de Copenhague.

Et la liste fait peur. Parmi les substances identifiées : des produits chimiques visant à assouplir le plastique ou encore des agents de démoulage. Et ce n’est pas tout : ils ont aussi identifié dans l’eau la présence de diethyltoluamide ou DEET, un puissant répulsif présent dans les sprays anti-moustiques. Ainsi que des photo-initiateurs. Or, « les photo-initiateurs sont ceux qui inquiètent le plus, ils sont connus pour être cancérigènes ou considérés comme perturbateurs endocriniens », indiquent les auteurs dans un communiqué.

Encore pire après un passage au lave-vaisselle

Si vous avez l’habitude de passer votre gourde au lave-vaisselle pour vous faciliter la vie, vous apprendrez que ce n’est pas forcément la meilleure idée. « Les substances les plus toxiques que nous avons identifiées sont apparues après le passage de la gourde au lave-vaisselle », a indiqué Selina Tisler, chercheuse et auteure principale de l’étude. « Probablement parce que le lavage use le plastique et augmente ainsi la lixiviation », le passage de substances du plastique à l’eau, analyse la chercheuse.

Non seulement le lavage de la gourde au lave-vaisselle ne réduit pas la teneur du plastique en substances potentiellement toxiques, mais il en ajoute une longue liste ! En l’espèce, « plus de 3.500 substances dérivées du produit nettoyant pour lave-vaisselle », ajoute le Pr Christensen.

Un effet cocktail inconnu

Et si nombre de ces substances trouvées dans l’eau sont inconnues, même pour celles identifiées des scientifiques, « nous ne disposons pas d’informations relatives à leur toxicité pour 70 % d’entre elles », pointent les deux chercheurs. Et même après un rinçage supplémentaire, on retrouve dans l’eau encore 500 produits chimiques. Pour une eau​ pure, il faudra repasser. Pour autant, « ce n’est pas parce que ces substances se trouvent dans l’eau que l’eau est toxique et nous affecte, nous humains, tempère Selina Tisler. Mais le problème, c’est que nous n’en savons rien. Et en principe, ce n’est pas bon de boire des résidus de savon ou d’autres produits chimiques. »

Mais face à un effet cocktail inconnu à ce jour, les scientifiques préconisent un changement tout simple au nom du principe de précaution : opter pour une bouteille en verre. L’ennui, c’est que pour l’heure, les scientifiques n’en savent que très peu sur la toxicité de toutes ces substances. « L’étude illustre le peu de connaissances sur les produits chimiques émis par les produits avec lesquels nos aliments et boissons entrent en contact », souligne le Pr Christensen. Avec cette étude, les deux chercheurs espèrent faire bouger les lignes : « Il faudrait que les entreprises soient plus attentives aux produits qu’elles achètent aux fournisseurs et qu’elles exigent davantage de ces derniers pour connaître les substances présentes dans ce qu’ils fabriquent. »

Attention aux biberons

Et l’exposition aux substances libérées par les contenants en plastique réutilisables concerne aussi les bébés, puisque la problématique soulevée par les scientifiques danois a déjà été mise en lumière à propos des biberons. En mars 2021, l’Anses mettait en garde contre le bisphénol B, substance chimique utilisée notamment pour fabriquer des biberons dans certains pays hors Union européenne en alternative au bisphénol A, reconnu comme perturbateur endocrinien. Or, selon l’Anses, les effets de perturbateur endocrinien du bisphénol B seraient similaires « voire légèrement plus prononcés » qu’avec le bisphénol A. De quoi pousser l’Anses à proposer que le bisphénol B en tant que « substance extrêmement préoccupante » dans le Règlement européen REACH, pour « éviter les utilisations industrielles de cette substance chimique sur le continent européen en remplacement du bisphénol A, et à obliger les importateurs d’articles de consommation à déclarer sa présence dès qu’il dépasse un seuil de 0.1 % dans leur composition ».

En 2020, une autre étude publiée dans la revue Nature food révélait que les biberons en polypropylène pouvaient libérer  jusqu’à 16 millions de microplastiques par litre. Si les chercheurs recommandaient de ne jamais chauffer le biberon au micro-ondes, ils conseillaient en premier lieu de préférer des biberons en verre.