Cholestérol : L’intolérance aux statines serait surestimée, selon une vaste étude

ETUDE Par crainte d’effets secondaires, jusqu’à un patient sur deux interrompt ou modifie son traitement prescrit contre le cholestérol sanguin

20 Minutes avec agences
Illustration cholestérol.
Illustration cholestérol. — DURAND FLORENCE/SIPA

L’intolérance aux statines, qui a découragé nombre de patients de prendre ce traitement prescrit contre le cholestérol sanguin, est en fait nettement surestimée. C’est ce qu’indique une vaste étude sur le sujet publiée mercredi dabs l’European Heart Journal.

Les statines sont des médicaments largement utilisés pour prévenir les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux. Par crainte d’effets secondaires – qui peuvent exister –, jusqu’à un patient sur deux interrompt ou modifie son traitement. Ce qui expose potentiellement ces malades à un risque accru de problèmes cardiaques graves.

Une intolérance de 9,1 %

Des travaux prenant en compte 176 études sur le sujet et basés sur l’analyse de quatre millions de patients, vient couper court aux idées reçues. Les auteurs de la recherche soulignent que l’intolérance aux statines est surestimée et surdiagnostiquée. Les patients ont davantage de risques d’avoir des problèmes cardiaques et vasculaires, y compris mortels, causés par un taux de cholestérol élevé, que de courir le risque d’effets secondaires liés à la prise de statines.

Jusqu’à présent, différents rapports ou études indiquaient que l’intolérance aux statines pouvait varier de 5 à 50 %. Selon les données compilées par la méta-analyse, elle serait en fait de 9,1 %. La prévalence serait même plus faible selon certains standards internationaux.

L’effet « nocebo »

Ces résultats « signifient qu’environ 93 % des patients sous statine peuvent être traités efficacement, avec une très bonne tolérance et sans aucun risque », déclare le principal auteur de l’étude, le professeur Maciej Banach, de l’université de médecine de Lodz et de l’université de Zielona Góra, en Pologne. « Nous devons évaluer très attentivement les symptômes des patients, a-t-il noté. Premièrement pour voir si ces symptômes sont effectivement causés par les statines. Et deuxièmement, pour évaluer si la perception des patients sur la nocivité des statines pourrait en fait être responsable de plus la moitié de tous les symptômes, plutôt que le médicament lui-même ».

Dans une étude parue en 2017 dans The Lancet, des chercheurs de l’Imperial College de Londres estimaient déjà que plusieurs études sur les effets secondaires des statines semblaient avoir convaincu les gens de les ressentir eux-mêmes. Un phénomène psychologique appelé effet « nocebo ».

Des personnes plus susceptibles d’être intolérantes

Autre apport de la méta-analyse publiée mercredi : les personnes âgées, de sexe féminin, de peau noire ou d’origine asiatique, obèses ou souffrant de diabète, de glandes thyroïdiennes sous-actives ou d’insuffisance hépatique ou rénale chronique sont davantage susceptibles d’être intolérantes aux statines.

Les médicaments pour contrôler les battements cardiaques irréguliers (arythmie), les inhibiteurs calciques (souvent prescrits pour les douleurs thoraciques et l’hypertension artérielle) et la consommation d'alcool accroissent également le risque d’intolérance. Des informations très utiles, relève Maciej Banach. Car en cas de risque élevé d’intolérance, il pourra s’avérer nécessaire de décider une réduction des doses ou d’envisager la prescription d’autres médicaments à la place des statines.