Coronavirus : Anxiété, poids, tabac… Les effets à long terme du confinement sur les risques cardiovasculaires

EFFET DOMINO Une étude toulousaine menée durant une année sur des personnes âgées de plus de 50 ans montre que les effets dominos du confinement sur les risques cardiovasculaires

Béatrice Colin
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Une personne en télétravail lors du premier confinement. (Illustration).
Une personne en télétravail lors du premier confinement. (Illustration). — ALLILI MOURAD / SIPA
  • Une étude d’équipes du CHU de Toulouse montre que le confinement du printemps 2020 a eu un impact sur la santé physiologique et physique plus d’un an après.
  • Parmi les 534 personnes de plus de 50 ans interrogées, 65 % déclarent avoir réduit leur activité, 27 % ont grossi et 12 % ont augmenté leur prise de médicament.
  • Elles sont aussi 35 % à avoir signalé des symptômes de dépression ou d’anxiété, facteurs de risque aggravants de problèmes cardiovasculaires à long terme.

Le confinement de huit semaines au printemps 2020 risque de laisser des traces sur la santé des Français bien après le retour à une vie quasi-normale. Entre le 17 mars et le 11 mai 2020, certains d’entre eux ont changé leurs habitudes de vie à cause de la pandémie de  Covid-19. Si certains d’entre eux en ont profité pour se mettre à cuisiner et à faire du sport lors de leur heure de sortie quotidienne, d’autres ont fait tout l’inverse. Avec des effets non négligeables sur leur santé à long terme.*

Plus sédentaires

C’est ce que démontre une étude du CHU de Toulouse menée sur 534 personnes de 50 à 89 ans et dont les résultats viennent de paraître dans la revue scientifique International Journal of Environmental Research and Public Health. Elle pointe les conséquences psychologiques et physiologiques de cette période inédite. Un effet domino qui a été analysé à un mois, six mois et un an. Ainsi, 65 % des participants ont déclaré avoir réduit leur activité physique, 61 % avoir mangé plus gras et sucré, mais aussi avoir bu de l’alcool en plus grande quantité, avec pour conséquences pour 27 % d’entre eux d’avoir pris plus de 2 kg.

Des facteurs aggravant les risques cardiovasculaires, tout comme la consommation de tabac qui a grimpé de 9 % chez les participants à l’étude. « Cet enfermement de deux mois a une réelle résonance à un an. Cette augmentation du tabagisme, même modeste, nous n’en avions pas besoin pour augmenter les risques cardiovasculaires. Tout comme la baisse de l’activité physique, avec souvent des personnes qui ne veulent pas reprendre. Ils font plus d’écrans, plus de télétravail, sont plus sédentaires », assure le professeur Jean Ferrières, cardiologue au CHU de Toulouse, spécialiste de la prévention des risques, et coauteur de l’étude qui a montré que la consommation de médicaments, notamment d’hypertenseurs, avait aussi grimpé de 12 %.

Les femmes et les ruraux plus touchés

Pour la réaliser, ses équipes ont travaillé avec la Fédération de cardiologie, mais aussi le service épidémiologie du CHU et l’Inserm. Ils ne se sont pas uniquement penchés sur les conséquences physiques, mais aussi sur les causes. On savait déjà que le confinement avait eu un impact psychologique non négligeable sur la santé mentale, aussi bien des adultes que des enfants. Chez les plus de 50 ans interrogés, 35 % ont déclaré des signes de dépression et 35 % des symptômes d’anxiété.

Et avec pour conséquence, une hausse du syndrome de la cabane chez les gens, qui ont tendance à rester confinés chez eux. « Or l’on sait que ce sont des facteurs de risque ont un impact sur l’infarctus à dix ans. L’étude montre que les femmes ont été trois fois plus exposées à la dépression et que ceux vivant en milieu rural l’ont été près de deux fois plus. Pour l’anxiété, on retrouve trois fois plus de risques chez personnes qui ont continué à travailler durant la période en restant au contact du public, comme les caissières, les infirmières, les éboueurs. Ils ont eu à supporter la charge émotionnelle », relève Jean Ferrières.

Autant de conséquences psychologiques qui auront peut-être à un terme un impact sur la santé physique de ces personnes : l’anxiété et les contraintes de la vie sont en effet à l’origine de l’hypertension artérielle.

Autant de données que le cardiologue espère voir prise en compte si la question d’un nouveau confinement se pose. « Il y a des gens qui n’ont pas pu enterrer leurs parents, des enfants à qui on a dit qu’il ne fallait plus qu’on se touche, avec ce que cela peut impliquer au niveau de la phobie sociale. Il y a des étudiants qui ont eu durant un an des cours à distance, qui se sont retrouvés sans perspective. Ce sont des choses à prendre en compte », conclut le cardiologue.