Coronavirus : Le variant Omicron échappe beaucoup plus à la vaccination que Delta et Alpha

ETUDE Des chercheurs du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse ont montré que les infections au variant Omicron se produisent malgré des taux d’anticorps très élevés

Béatrice Colin
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A l’Institut fédératif de biologie du CHU de Toulouse, qui analyse et séquence les tests PCR.
A l’Institut fédératif de biologie du CHU de Toulouse, qui analyse et séquence les tests PCR. — Fred Scheiber / SIPA
  • Pour comprendre pourquoi les personnes vaccinées étaient massivement touchées par la vague Omicron, des chercheurs toulousains se sont intéressés aux niveaux d’anticorps.
  • Ils ont comparé la présence des anticorps avant une infection Delta et avant une infection Omicron. Les chercheurs se sont rendu compte que la contamination avait lieu avec Omicron alors que le niveau d’anticorps était plus haut.
  • L’étude montre que le variant Omicron échappe davantage à la vaccination que Delta.

Le pic de la cinquième vague semble être passé, après avoir atteint des sommets de contaminations quotidiennes, touchant aussi bien les personnes non vaccinées, déjà infectées par le Covid-19 ou étant à jour de leur dose de rappel. Et si de nombreuses personnes vaccinées avaient déjà été touchées par le variant Delta, elles sont encore plus nombreuses à avoir été contaminées par  Omicron.

Pour comprendre cet état de fait, des chercheurs toulousains sont allés chercher une réponse dans les taux d’anticorps présents juste avant l’infection. Pour y parvenir, ils ont utilisé les sérologies de personnes vaccinées, majoritairement une et deux doses, qui ont été ensuite contaminées soit par Omicron, soit par Delta. Et ils ont fait tourner leur modèle mathématique.

« Des niveaux d’anticorps différents au moment des réinfections selon les variants »

« Nous avons vu qu’il y avait des niveaux d’anticorps différents au moment des réinfections selon les variants, explique Chloé Dimeglio, biostatisticienne au laboratoire de virologie du CHU de Toulouse (  Haute-Garonne) et autrice d’une étude sur le sujet paru dans The Journal of Infection. 90 % des réinfections Omicron se produisent chez des personnes dont le niveau d’anticorps juste avant est inférieur ou égal à 6.967 BAU/ml de sang, ce qui est très important. Alors que 90 % des réinfections Delta adviennent chez des personnes dont les niveaux d’anticorps totaux sont inférieurs ou égaux à 2.905 BAU/ml. »

Cela veut aussi dire que 10 % des infections se situent au-dessus de ces niveaux d’anticorps, déjà hauts. A titre de comparaison, une précédente étude avait montré que 90 % des infections observées avec Alpha se produisaient à des niveaux inférieurs ou égaux à 1,098 BAU/ml. Il faut donc avoir un niveau d’anticorps très haut pour passer au travers de la vague Omicron. « Mais ce sont des niveaux qui disent que l’on peut s’infecter, ça ne dit pas le niveau de gravité, pondère la chercheuse. On sait quand même que plus le niveau d’anticorps est haut, moins on a de chance de se retrouver en réanimation. »

Il reste qu’on a plus de chances, malgré ses deux ou trois doses, de voir son autotest virer au positif avec Omicron qu’avec ses prédécesseurs. « On savait qu’Omicron échappait davantage à la vaccination que Delta, poursuit la chercheuse. Là, on voit à quel niveau d’anticorps on peut s’infecter à Omicron, même si on a été vacciné jusqu’à trois fois. Les anticorps synthétisés dans le vaccin tel qu’il est fourni à l’heure actuelle ne permettent pas de neutraliser complètement l’Omicron. »

L’étude vient conforter et compléter celle de scientifiques qui ont indiqué récemment que les titres d’anticorps neutralisants contre Omicron étaient 17 à 22 fois plus faibles que contre le variant Delta. D’où l’intérêt d’élaborer un nouveau vaccin synthétisé pour adapter aux nouveaux et futurs variants, ce qui est en cours.