Apnée du sommeil : Philips tarde à récupérer ses respirateurs défectueux, les autorités réagissent

CANCER L’ANSM va très bientôt engager une « décision de police sanitaire » à l’encontre du groupe

20 Minutes avec agences
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Philips devrait délocaliser en Pologne (illustration).
Philips devrait délocaliser en Pologne (illustration). — JOHN MACDOUGALL / AFP

Certains appareils respiratoires Philips sont depuis quelque temps accusés de causer des cancers chez leurs utilisateurs. Les autorités sanitaires françaises font désormais pression sur le géant industriel pour accélérer le remplacement des appareils.

Quelque 370.000 appareils respiratoires défectueux en France (1,5 million en Europe) sont susceptibles de provoquer des problèmes de santé chez leurs utilisateurs. A l’été 2021, Philips avait annoncé un vaste rappel de ces appareils, surtout utilisés contre l’apnée du sommeil. En cause : une mousse insonorisante dont les particules s’échappent et peuvent être inhalées par les patients.


Philips passible de poursuites pénales ?

Le risque immédiat est une irritation causant toux et maux de tête chez les utilisateurs. Mais Philips avait aussi évoqué un risque théorique de cancer à plus long terme. Le groupe avait donc promis le remplacement de tous les appareils. Mais plusieurs mois plus tard, seuls 7 % des appareils défectueux ont été récupérés par l’entreprise.

« Philips ne respecte pas ses engagements », a déclaré ce mardi Caroline Semaille, directrice adjointe de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui juge que la situation n’est « plus acceptable ». L’autorité veut désormais utiliser la manière forte et va, dans les prochains jours, engager une « décision de police sanitaire » dans cette affaire.

Concrètement, Philips s’exposera à des poursuites pénales s’il ne respecte pas le calendrier imposé par l’ANSM. Celle-ci exige que le groupe ait remplacé trois quarts des appareils d’ici fin juin et lui demande de lancer une étude pour évaluer précisément les risques, en particulier ceux de cancer.

Un risque de cancer à évaluer

Le risque de cancer est en effet seulement théorique pour le moment mais il place les autorités sanitaires dans une position délicate. D’un côté, elles sont incitées à agir vite face à l’inquiétude des associations de patients, certains médias ayant récemment relayé des témoignages isolés sur des patients ayant développé des cancers.

Mais en attirant l’attention sur les problèmes des respirateurs Philips, les autorités ont aussi conscience qu’elles peuvent créer un vent de panique chez les utilisateurs, qui pourrait être bien plus délétère que les risques hypothétiques de cancer. Tout en affichant sa fermeté face au groupe, l’ANSM veut donc se montrer rassurante et encourage les patients à ne pas se défaire des appareils.

Les données actuellement disponibles sont plutôt rassurantes quant au risque de cancer. L’ANSM cite notamment une étude canadienne qui ne montre pas de « sur-risque », selon Caroline Semaille. L’autorité souhaite toutefois disposer de ses propres éléments et va lancer une étude en France et se doter d’un comité d’experts chargés d’évaluer le dossier.