Affaire Orpea : Financement, logistique... Comment organiser le maintien à domicile d'une personne âgée pour éviter l'Ehpad ?

DEPENDANCE Au-delà du scandale des Ehpad Orpea, le désir de bien vieillir chez soi anime depuis longtemps les personnes âgées en perte d’autonomie

Anissa Boumediene
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Avec quelques aménagements et le déploiement d'une aide humaine, il est possible de concilier perte d'autonomie et maintien à domicile.
Avec quelques aménagements et le déploiement d'une aide humaine, il est possible de concilier perte d'autonomie et maintien à domicile. — sabinevanerp / Pixabay
  • Manque de soins, manque de couches, manque de qualité des repas : les révélations concernant les Ehpad du groupe Orpea mettent de nouveau en lumière les dysfonctionnements importants qui peuvent exister au sein des établissements pour personnes âgées dépendantes.
  • Pour les séniors, le maintien à domicile est le moyen de bien vieillir, dans le confort de sa maison, mais en cas de perte d’autonomie, il est nécessaire de mettre en place un accompagnement dédié.
  • Avec quelques aménagements et des aides humaines, perte d’autonomie et maintien à domicile ne sont pas incompatibles.

« Jamais je ne pourrais placer ma mère en Ehpad. Pour moi, ce serait la mettre dans un mouroir. » Pour Esther comme pour de nombreux Français, l’installation d’un parent en Ehpad ne doit être que la solution de dernier recours, lorsque le degré de dépendance ne permet plus de rester à son domicile. Un avis partagé par la majorité des personnes âgées, animées d’une volonté farouche de rester chez elles, dans le confort du cocon où elles ont vécu en autonomie des décennies durant. Et forcément,  le scandale des Ehpad Orpea ne fait que renforcer la défiance à l’égard de ces établissements, tout comme le désir des séniors de bien vieillir à la maison.

Mais en cas de perte d’autonomie, quand l’état de santé ne permet plus d’accomplir les tâches du quotidien et que des soins sont nécessaires, la dépendance est-elle encore compatible avec le maintien à domicile ? Avec quelques aménagements et le déploiement d’une aide humaine, c’est tout à fait possible. Et sans y laisser sa chemise, grâce à des dispositifs d’accompagnement. Pour les premiers concernés et leurs proches, c’est une solution plébiscitée.

Adapter l’aménagement du domicile à la perte d’autonomie

Quand la maladie neurodégénérative de sa mère a évolué d’un cran, Esther, jeune quadra parisienne, a pris toutes ses dispositions pour lui permettre de rester chez elle, en province. « Pour concilier sa perte d’autonomie avec le maintien à domicile, la première chose a été d’adapter son logement à ses besoins. Elle a quitté sa maison à étage pour un appartement de plain-pied, et tout près des commerces pour qu’elle puisse faire de petites courses à pied en toute autonomie, vu qu’elle ne peut plus conduire. Et chez elle, exit la baignoire et les risques de chute associés, je lui ai fait installer une douche à l’italienne avec un siège et des rampes. J’ai aussi fait refaire les sols en privilégiant des lames en PCV, poursuit-elle. Non seulement c’est moins douloureux que du parquet ou du carrelage en cas de chute, mais en cas d’incontinence, c’est aussi très facile à nettoyer pour les proches ou  les aides à domicile. J’ai aussi installé des interrupteurs lumineux et des ampoules à détecteurs de mouvement qui s’allument automatiquement : des petites précautions qui ne coûtent pas cher ».

Douche de plain-pied, lit médicalisé ou encore rampe d’accès, il existe « des solutions pratiques et faciles à appliquer pour améliorer la qualité de vie dans le logement et favoriser l’autonomie », indique le service d’évaluation de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) du conseil départemental d’Indre-et-Loire. Et lorsque le logement n’est pas de plain-pied, un monte escalier peut également être recommandé lorsque la chambre et les sanitaires se trouvent à l’étage.

Assurer présence, soins et logistique grâce à des aides humaines

Autre étape indispensable pour compenser la perte d’autonomie : mettre en place un accompagnement humain pour toutes les tâches que la personne âgée dépendante ne peut plus accomplir seule. Et les besoins à couvrir peuvent être larges : ménage, courses, préparation des repas… mais aussi lever et coucher, toilette ou encore soins infirmiers. « Ma mère a une aide quotidienne, pour prendre sa douche et veiller à ce qu’elle prenne bien ses médicaments », détaille la jeune femme, qui vit à 300 km de sa mère, mais qui peut compter sur sa famille proche. « Sa sœur vit à seulement 15 minutes, elle vient la voir, lui fait des courses et l’accompagne à ses rendez-vous médicaux ».

Et « pour le bien-être comme pour la stimulation intellectuelle et physique, c’est important, quand l’état de santé le permet, de veiller à ce que son parent ait des interactions, des activités, conseille Esther. J’ai inscrit ma mère à un club de tricot, ça peut paraître bête, mais ça lui fait beaucoup de bien : elle voit du monde, et se sent utile et valorisée en tricotant de superbes pulls et écharpes pour la famille ».

Assurer la sécurité à distance

Mais quand on ne vit pas près de son parent dépendant, le risque de chute ou de tout autre accident domestique ou de santé est source de crainte. Pour rassurer tout le monde, des dispositifs permettent d’assurer la sécurité de son proche parent à distance. Ainsi, il existe des bips à porter en pendentif, que l’on peut activer en cas de chute et ainsi déclencher l’envoi de secours. Ou encore des bracelets détecteurs de chutes et malaises, munis de capteurs qui analysent l’activité biométrique de son porteur. D’autres font aussi le choix d’équiper le logement de leur parent d’un système de vidéosurveillance.

Esther, qui a en commun avec sa maman d’être une geek, a trouvé l’objet parfait pour se rassurer tout en s’assurant d’emporter l’adhésion de sa mère. « Le bip était une option intéressante mais elle m’a dit : "je ne veux pas de ce truc de vieux". Ce n’était même pas la peine d’insister, alors je lui ai offert une montre connectée dernier cri, celle de la marque à la pomme, qui propose un tas de fonctionnalités santé très performantes. Elle a un détecteur de chute : si ma mère tombe, la montre lui demande si elle va bien, et si elle ne répond pas, elle déclenche l’envoi de secours avec transmission des coordonnées GPS. Elle peut aussi réaliser un électrocardiogramme et envoyer une alarme en cas d’arythmie ou de tachycardie, et comme elle a aussi des soucis cardiaques, ce n’est pas négligeable ! Et a aussi un podomètre intégré, qui permet de voir si elle pratique  suffisamment d’activité physique douce. Et toutes ces données, j’y ai accès et suis en mesure de les transmettre au besoin à son médecin. Pour moi qui suis à distance, c’est un soulagement ».

Des démarches pour bénéficier d’une prise en charge financière

Mais entre les aménagements et l’accompagnement au quotidien, le maintien à domicile a un coût que tous les séniors ne sont pas en mesure de supporter. Pour faire face à ces dépenses, il est possible de bénéficier d’aides financières. « Quand il a fallu mettre tout ça en place pour ma mère, j’ai déposé un dossier d’allocation personnalisée d’autonomie (APA) auprès du département, qui est la collectivité en charge de ces aides financières au maintien à domicile des personnes dépendantes », explique Esther. Des aides accessibles selon des critères d’éligibilité, de ressources, et en fonction des besoins de la personne. « Quelqu’un est venu chez ma mère, a visité son logement, a évalué ses revenus, ainsi que ses besoins au regard de sa pathologie, afin d’évaluer son GIR : c’est une grille qui détermine le niveau de perte d’autonomie. Ces éléments ont permis de déterminer un programme d’aide personnalisé indiquant le nombre d’heures d’aide à domicile et les soins infirmiers dont ma mère avait besoin, et l’aide financière à laquelle elle pouvait prétendre. Ensuite, j’ai pu contacter des associations d’aide à domicile pour mettre tout ça en place ».

« Le système fiscal intervient aussi par le biais d’un crédit d’impôt à hauteur de 50 % des dépenses, avec un plafond de 12.000 euros », précise la Fédération des Services à la Personne et de Proximité (Fédésap). « Ma mère en a bénéficié pour l’installation de sa salle de bains », confirme Esther. Mais la jeune femme le sait, « un jour, elle ne sera plus en capacité de vivre seule, alors je la prendrai chez moi. Ma volonté et la sienne, c’est qu’elle n’aille jamais en Ehpad, où on compte les couches et le fric. Pour ce cas de figure, je vendrai certainement son appartement pour acquérir un logement dans lequel elle pourrait vivre avec ma famille et moi. Mais tout le monde n’a pas cette possibilité, et cela génère des inégalités. A quand un plan gouvernemental ambitieux pour accompagner le maintien à domicile de nos aînés ? Ça devrait être un enjeu de la campagne présidentielle ! »