Coronavirus : L'ivermectine a-t-elle prouvé son efficacité contre le variant Omicron ? Non !

FAKE OFF Des internautes publient la capture d'une dépêche de l'agence Reuters corrigée ensuite

Lina Fourneau
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Une boîte d'ivermectine aux Etats-Unis (illustration)
Une boîte d'ivermectine aux Etats-Unis (illustration) — Mike Stewart/AP/SIPA
  • Inefficace contre le Covid-19, l’ivermectine ferait-elle son retour en grâce à la faveur du variant Omicron ? C’est ce que laisse croire le titre d’une dépêche de l’agence Reuters abondamment relayée sur les réseaux sociaux.
  • Problème, cette dépêche a ensuite été modifiée et son titre corrigé.
  • Un laboratoire japonais a bien constaté un « effet antiviral » de l’ivermectine contre le variant Omicron, mais in vitro. L’étude chez l’homme est toujours en cours. Celles menées par le passé sur les précédents variants n’ont pas démontré de bénéfices cliniques.

« Le japonais Kowa affirme que l’ivermectine est efficace contre Omicron dans un essai de phase 3. » Ces derniers jours, sur Twitter, plusieurs milliers d’internautes ont partagé une capture d’écran d’une dépêche de l’agence de presse Reuteurs réhabilitant l’ivermectine dans le traitement du  Covid-19 – un traitement dont l’efficacité contre cette maladie  a été écarté par plusieurs études au cours des derniers mois.

Très virale, l’affirmation a été reprise par plusieurs responsables politiques critiques à l’égard de la vaccination et des mesures sanitaires prises par le gouvernement, notamment les candidats à la présidentielle  François Asselineau​ (Union populaire républicaine) ou  Florian Philippot (Les Patriotes).


Problème : la dépêche de Reuters s’appuie sur une mauvaise interprétation des résultats du laboratoire japonais, l’article ayant été modifié depuis. On refait le film des événements.

FAKE OFF

Lundi 31 janvier, le laboratoire japonais Kowa Co Ltd, en collaboration avec l’université de Tokyo Kitasato, a bien publié un communiqué de presse évoquant « un effet antiviral » du médicament contre le variant Omicron. Voici ce que nous pouvons lire dans le communiqué : « Kowa Co., Ltd. étudie le médicament "ivermectine" dans les essais cliniques de phase 3 (code de développement : K-237) pour le traitement du nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) ».

Pour bien comprendre, la phase 3 d’une étude consiste à comparer un médicament au traitement habituel existant ou bien à un placébo, comme nous l'expliquions dans un précédent article.

Une erreur reconnue par Reuters

À la suite de la publication du communiqué, l’agence de presse Reuters publie une première dépêche sous le titre suivant : « Le Japonais Kowa indique que l’ivermectine est efficace contre le variant Omicron dans un essai de phase 3. » Mais la dépêche est ensuite corrigée. Le titre est remplacé par celui-ci : « L’ivermectine montre un "effet antiviral" contre la Covid-19, affirme un laboratoire japonais. »

Et l’agence britannique de préciser dans la version mise à jour : « L’article original de Reuters indiquait à tort que l’ivermectine était « efficace » contre Omicron dans les essais cliniques de phase 3 ».


Que s’est-il passé ? Comme l’explique la deuxième version de la dépêche, l’effet antiviral de l’ivermective constaté par Kowa concerne une phase de recherche « non clinique ». Traduction du médecin Olivier Joannes-Boyau, chef du pôle anesthésie-réanimation au CHU de Bordeaux, sur son compte Twitter : « Ce n’est qu’un effet antiviral in vitro donc non clinique, rien de neuf. Aucun résultat clinique pour le moment. »

Le communiqué de Kowa précise qu’une étude de phase 3 est bien en cours pour évaluer l’efficacité de l’invermectine « chez des patients atteints de Covid-19 léger ». Mais la fin de l’étude est estimée au 31 mars 2022. ll n’est donc pas possible, pour le moment, d’établir de conclusions sur l’efficacité de l’ivermectine hors d’un laboratoire.

« Dangereux pour l’homme » à certains dosages

Comme le rappelle Reuters, le médicament antiparasitaire n’est approuvé ni au Japon, ni par les organisations internationales telles que l’Organisation mondiale de la société (OMS) ou l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour lutter contre le coronavirus. Dans son communiqué, le laboratoire japonais Kowa indique même : « Il a été signalé que des patients utilisent de l’ivermectine à des dosages prévus pour les animaux, ce qui est dangereux pour l’homme. »

Bien que la question revienne régulièrement sur les réseaux sociaux, aucune étude clinique n’a démontré une réelle efficacité de l’Ivermectine contre le Covid-19. Plusieurs études relayées par des partisans de ce traitement ont ensuite  été remises en cause pour leur manque de fiabilité.