Mode d'emploi, sécurité... A quoi sert « Mon espace santé », lancé ce jeudi ?

VIE PRATIQUE Après le flop du « Dossier médical partagé », le ministère de la Santé espère imposer « Mon Espace Santé » comme le carnet de santé numérique dans les usages des Français

Oihana Gabriel
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Illustration d'un médecin échangeant avec un patient par mail. Dans Mon Espace Santé, une messagerie sécurisée permettra d'envoyer des mails et documents à ses soignants.
Illustration d'un médecin échangeant avec un patient par mail. Dans Mon Espace Santé, une messagerie sécurisée permettra d'envoyer des mails et documents à ses soignants. — Pixabay
  • A partir de ce jeudi 3 février, les Français pourront ouvrir et nourrir « Mon espace santé », un carnet de santé numérique totalement repensé.
  • Après l’échec du « Dossier médical partagé », avec seulement 10 millions de documents ouverts et souvent mal complétés, le ministère a travaillé pour que les logiciels des différents soignants soient compatibles et pour proposer un site simple et ergonomique.
  • Dans un premier temps, les Français pourront y déposer toutes leurs informations de santé, bilans, examens et les partager avec les médecins qu’ils choisiront. Mais également échanger dans une messagerie sécurisée avec leurs soignants. Lors d’une seconde étape, le site proposera un agenda et un panel d’applications labellisées pour partager des données de santé individualisées.

C’est une réforme de fond dans le domaine de santé, qui s’est montée à bas bruit. Mais qui pourrait aider de nombreux Français, en particulier ceux qui souffrent de maladies chroniques et ont des dossiers de 139.428 pages qui se perdent. A condition qu’elle réponde davantage aux besoins des Français. Car le  « Dossier médical partagé » (DMP), avec seulement 10 millions de documents ouverts et souvent mal remplis, a clairement fait un flop. Une nouvelle version de ce carnet de santé numérique, baptisé désormais  « Mon espace santé », sera accessible à partir de ce jeudi, pour tous les Français.

Pour redonner un coup de pouce à la numérisation de nos données de santé, le gouvernement travaille depuis des années à rendre cet espace personnel plus pratique, complet, sécurisé et ergonomique. Après une expérimentation depuis l’été dernier dans trois départements (Haute Garonne, Somme et Loire Atlantique), le ministère de la Santé a lancé la version nationale de  « Mon espace santé » ce jeudi matin. Que changera-t-il pour les citoyens ? 20 Minutes répond à six questions pratiques.

Comment ouvrir « Mon Espace Santé » ?

Dès jeudi, la Caisse nationale de l’Assurance maladie (Cnam) va envoyer un mail ou un courrier aux 65 millions d’assurés. L’usager y trouvera un flyer pour expliquer quelles sont les fonctionnalités de « Mon espace santé », son mode d’emploi et des codes d’activation. Avec deux possibilités : il peut créer ce carnet numérique en entrant ses codes et le numéro de carte vitale. Deuxième possibilité : s’il souhaite ouvrir un compte avant même d’avoir reçu son code, il peut, juste avec le numéro de sa carte vitale et un mail, générer un nouveau code. L’Assurance maladie a mis en service un numéro support si les usagers ont des questions : le 3422.

Capture d'écran de Mon Espace Santé, héritier du Dossier Médical Partagé, qui pourra servir de cernet de santé numérique.
Capture d'écran de Mon Espace Santé, héritier du Dossier Médical Partagé, qui pourra servir de cernet de santé numérique. - Capture d'écran

Et si on ne souhaite pas avoir cet espace santé ?

Les Français devront notifier leur opposition s’ils craignent que leurs données de santé ne soient pas sécurisées. Comment ? En allant sur le site de « Mon espace santé », en rentrant votre code d’activation et numéro de carte vitale, puis en cochant « Je m’oppose à la création de « Mon espace santé » ». Attention, la Cnam a choisi l’option  « Opt out », ce qui n’était pas le cas pour le DMP. En clair, « si le citoyen ne fait rien, au bout de six semaines, son espace santé est automatiquement créé, explique  Dominique Pon, responsable ministériel au numérique en santé. Mais à tout moment, la personne peut fermer son espace santé. »

Qu’y trouvera-t-on ?

C’est un « Dossier médical partagé », mais amélioré et enrichi. Car on aura accès, pour le moment, à deux services. Le DMP, dans l’onglet « profil médical » où le citoyen pourra remplir les informations qu’il souhaite : antécédents, traitements, allergies, vaccinations, directives anticipées, hospitalisations…

Deuxième utilité : une messagerie sécurisée. Pour qu’il puisse envoyer un mail à votre gynéco, anesthésiste, généraliste, si besoin (et s’il l’accepte).

Dans une deuxième étape, prévue en 2022, deux autres briques vont s’ajouter à la structure. Un agenda, pour qu’il sache quand faire son rappel vaccinal ou son prochain rendez-vous chez l’ophtalmo. Enfin, un quatrième service permettra aux applications santé, mais uniquement celles labellisées par la Cnam, de transférer son poids, sa tension ou son taux de glycémie par exemple. Bref les données de santé qu’il souhaite partager dans ce carnet numérique. Mais la Cnam le précise : « "Mon espace santé" ne proposera pas de téléconsultation, ni d’applications de suivi », précise Thomas Fatôme. Il ne viendra pas remplacer Doctolib ou autre plateforme de rendez-vous.

Qui va le remplir ?

C’est le citoyen qui reprend la main sur ses données de santé. C’est donc à lui de remplir les informations qu’il souhaite garder et partager. Sauf qu’une personne âgée, avec plusieurs maladies en cours et autant de traitements différents, n’aura sans doute pas le courage de remplir toutes les cases. « L’alimentation c’est un élément clef, reconnaît Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Tous les patients [10 millions] qui disposaient déjà d’un DMP retrouveront leurs données dans "Mon espace santé". »

Surtout, petit à petit, les médecins, biologistes, radiologues, hôpitaux pourront transférer automatiquement toutes les ordonnances, examens, comptes rendus d’hospitalisation… Car il y a eu depuis des mois un travail de fond pour rendre compatibles les logiciels de tous ces soignants. Selon Dominique Pon, « notre cible, c’est que fin 2023, la grande majorité des logiciels soient rendus compatibles. » Mais le chemin est encore long… Seulement 48 % des établissements de santé se sont engagés à ce que leurs logiciels puissent fonctionner avec ceux de leurs confrères pour la fin du premier semestre 2022.

« On a tiré les enseignements des limites du DMP pour faire que "Mon espace santé" rentre dans les usages des Français, promet Thomas Fatôme. On a tout fait pour répondre au syndrome de la coquille vide. On a écouté les associations de patients, travaillé sur le côté facile et ergonomique. On ne s’arrête pas à lancer le produit, on a une dynamique d’accompagnement des professionnels de santé. » Qui sont encouragés financièrement à se mettre au numérique… et sanctionnés s’ils ne jouent pas le jeu.

Qui pourra voir ces données de santé ?

L’usager et les soignants à qui il aura donné le droit de visionner certaines données. Si par exemple, il doit se faire opérer, il peut télécharger la synthèse de son profil et l’envoyer par mail sur la messagerie sécurisée à l’anesthésiste et au chirurgien. « Les accès par les professionnels de santé ne sont possibles qu’avec le consentement de la personne, reprend Dominique Pon. Un pédicure podologue n’a pas accès à un compte rendu hospitalier, par exemple. Et tout est tracé. L’historique permet au citoyen de savoir qui a eu accès à son dossier. » Et si l’usager se retrouve inconscient aux urgences ? Il peut cocher (ou pas) en amont une case qui permet à un urgentiste d’avoir accès aux informations essentielles pour le soigner.

Comment sont-elles sécurisées ?

La Cnam a beaucoup insisté sur l’aspect sécurité de ce nouveau carnet de santé virtuel. « Ni l’État, ni les mutuelles, ni l’assurance maladie n’ont accès à ces données, martèle Dominique Pon. Ces données de santé sont chiffrées et hébergées en France, sur des infrastructures dédiées, qui répondent aux normes de sécurité. On fait des tests de sécurité avec le collectif YesWeHack. On n’a pas envie que le système de santé français s’appuie sur les  Gafam… Il faut arrêter des flux d’échanges pas sécurisés qui n’ont pas l’air de faire mal à grand monde… sauf quand il y a une fuite. »