Coronavirus : Est-ce dangereux pour la santé de multiplier les prélèvements nasopharyngés ?

DEPISTAGE A REPETITION L’Académie de médecine alerte sur les risques potentiels associés à la répétition des tests PCR et antigéniques permettant de dépister le Covid-19

Anissa Boumediene
Trop de prélèvements nasopharyngés peut finir par irriter votre nez.
Trop de prélèvements nasopharyngés peut finir par irriter votre nez. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • L’Académie de médecine  a souligné les risques spécifiques liés au fait de passer fréquemment des tests PCR ou antigéniques pour détecter le coronavirus.
  • Douleurs et petits saignements ont été rapportés, mais un cas – rarissime — de méningite avec fuite de liquide céphalorachidien aurait été documenté.
  • Pour les professionnels de santé en première ligne du dépistage, la qualité et la sécurité des prélèvements dépendent de la qualité du matériel utilisé et de la précision du geste enseigné et pratiqué par le préleveur.

Un test PCR pour voyager, des tests antigéniques ou des autotests chaque fois qu’on est cas contact. Ou, jusqu’à récemment pour les non vaccinés, un écouvillon dans le nez à chaque fois que leur pass sanitaire éphémère expirait : tous les trois jours au départ et quotidiennement avant qu’il ne soit supplanté par le pass vaccinal.

Une fréquence qui inquiétait il y a quelques mois déjà l’Académie de médecine, alertant sur les risques potentiels associés à la répétition des prélèvements nasopharyngés. Une communication qui remonte ces derniers jours sur les réseaux sociaux alors que le dépistage massif s’est amplifié sous l’effet du très contagieux  variant Omicron. Alors, est-ce dangereux pour la santé d’enchaîner tests antigéniques et PCR ?

Des complications « bénignes » et « graves » rapportées

La semaine dernière, pas moins de 1,6 million de prélèvements nasopharyngés PCR ou antigéniques ont été effectués. Mais « devant la multiplication et la répétition des prélèvements, parfois effectués dans des conditions inadaptées », l’Académie de médecine rappelle que certaines complications sont associées à cette méthode de dépistage. Certaines « bénignes », telles que « désagrément, douleur ou saignement », mais aussi que « de graves complications commencent à être décrites dans la littérature médicale, notamment des brèches de l’étage antérieur de la base du crâne associées à un risque de méningite ».

Dans son communiqué, l’Académie de médecine s’appuie sur une publication dans une revue scientifique faisant état d’un cas de « méningite provoquée par une fuite de liquide cérébrospinal [ou céphalorachidien, liquide dans lequel baigne le cerveau] après un écouvillonnage nasal pour le dépistage du Covid-19 ». On imagine le frisson glaçant qui parcourt celles et ceux qui sont régulièrement testés : peut-on vraiment contracter une méningite après un tel prélèvement ? C’est une complication rarissime et même « dingue, pour le Dr Nicolas Boulanger, médecin ORL et chirurgien cervico-facial. Je ne vois même pas comment une telle brèche pourrait se faire sur ce type de prélèvements, sauf à ce qu’il y ait une conjonction de facteurs : est-ce le préleveur qui a fait une fausse route et forcé sur un patient qui avait une malformation ou une pathologie pour aboutir à ce qui me semble être une complication rarissime ? », s’interroge l’ORL. Mais « même là, cela me semble compliqué. En pratique, cela reviendrait à percer ce qu’on appelle la lame criblée, qui est un os au fond des fosses nasales, avec un écouvillon. Ce serait comme faire un trou dans un mur avec une paille, illustre-t-il. Que l’on se rassure, il n’y a pour ainsi dire pas de risque d’avoir une méningite après un test PCR ou antigénique ».

« La qualité du prélèvement dépend du préleveur », et de son apprentissage du geste

En revanche, « ce geste, répété ou mal maîtrisé, peut effectivement causer douleurs et saignements », confirme le médecin ORL. Pour éviter cela, l’apprentissage est déterminant : « le geste n’est pas compliqué, mais il est technique, et doit être accompli méticuleusement et doucement, pour ne pas blesser la cloison nasale, indique Pierre-Olivier Variot, pharmacien et président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO). Mais la qualité du prélèvement dépend du préleveur, insiste-t-il. Nous avons reçu une formation et acheté des coupes de nez en plastique à l’USPO, représentant toutes les cavités, pour apprendre et nous entraîner à pratiquer le geste, avant de le faire sur les patients, détaille-t-il. Un geste auquel nous sommes aujourd’hui rodés ».

Pour autant, « ce n’est pas un geste anodin, complète le Dr François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes. C’est la qualité du geste qui permet la sécurité du prélèvement, ajoute-t-il. Pour qu'il soit précis, il faut le faire correctement et dans de bonnes conditions. Et faire le prélèvement sur un patient assis. Ensuite, quand vous passez l’écouvillon, il doit s’enfiler sans aucune résistance ». Pour cela, « il ne faut pas placer la tête du patient en hyperextension lors du prélèvement, mais la maintenir en position naturelle, le menton parallèle au sol », recommande l’Académie de médecine. En outre, comme son nom l’indique, le prélèvement est effectué « dans le nasopharynx. Le nez est une fosse dans laquelle l’écouvillon est introduit. Or, ce que les gens perçoivent du nez, c’est la pyramide nasale, la partie extérieure qui monte vers les yeux, prévient le Dr Boulanger. Mais quand on fait un prélèvement nasopharyngé, il faut longer le plancher nasal, qui est parallèle au palais de la bouche et non à l’appendice nasal. Il ne faut surtout pas introduire l’écouvillon à la verticale vers les yeux, mais horizontalement. Donc quand c’est bien fait, il n’y a aucun risque ».

« S’adapter à la physiologie du patient »

Mais, c’est vrai, « beaucoup de gens ont une déviation de la cloison nasale, ce qui peut entraîner une obstruction. Multiplier les tests de dépistage peut engendrer des frottements répétés au passage de l’écouvillon et ainsi causer de petits saignements au niveau des muqueuses, précise le Dr Boulanger. C’est inconfortable, voire douloureux, mais sans gravité ». C’est pourquoi l’Académie nationale de médecine recommande de « s’enquérir, avant tout prélèvement, d’éventuels antécédents accidentels ou chirurgicaux de la sphère ORL pouvant modifier l’anatomie des cavités nasales et sinusales ».

Ainsi, « on s’adapte à la physiologie du patient. En cas d’importante déviation de la cloison nasale, ou de patient extrêmement stressé face à ce type de prélèvements, on s’oriente alors vers un prélèvement salivaire ou oropharyngé, abonde le Dr Blanchecotte. Mais le prélèvement salivaire n’est pas autorisé pour les tests antigéniques dans les pharmacies d’officine : cette option n’est possible que dans les laboratoires, où nous pouvons réaliser une PCR sur les différents types de prélèvements ». Outre la physiologie, d’autres particularités peuvent aussi influer sur les modes de prélèvements. « Pour éviter aux travailleurs  transfrontaliers qui vont chaque jour en Allemagne de subir un écouvillonnage nasal quotidien, nous avions obtenu la possibilité de leur faire des prélèvements salivaires ».

Et alors que les enfants sont particulièrement touchés par le variant Omicron, la société savante prescrit pour eux depuis plus de neuf mois déjà de « privilégier les prélèvements salivaires, pour leur sécurité et leur acceptabilité ». Une recommandation qui va dans le sens des dernières découvertes sur le dépistage le plus optimal de ce variant identifié en Afrique du Sud et qui, selon de récentes publications, a la particularité d’apparaître d’abord dans la bouche et la gorge avant d’aller se loger dans les fosses nasales. Le dépistage salivaire permettrait ainsi d’identifier plus précocement les personnes infectées et de casser les chaînes de contamination.