Coronavirus : « Je suis sortie avec mes amis », « j’ai envoyé mon enfant à l’école »… Ils refusent de s’isoler malgré leur contamination

EPIDEMIE Après deux ans de pandémie et la flambée épidémique de variant Omicron, certains font le choix de ne pas s’isoler malgré leur contamination au Covid-19

Anissa Boumediene
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Face au très contagieux mais moins virulent variant Omicron, certains font le choix de ne pas s'isoler lorsqu'ils contractent le virus.
Face au très contagieux mais moins virulent variant Omicron, certains font le choix de ne pas s'isoler lorsqu'ils contractent le virus. — Licensed by Story Picture Agency/SIPA
  • Avec plusieurs centaines de milliers de contaminations quotidiennes, le Covid-19 est omniprésent.
  • Difficile de ne pas être cas contact ou d’échapper à l’infection par le très contagieux mais moins virulent variant Omicron.
  • Alors, pour certains, pas question de s’isoler malgré leur contamination. Mais ce n'est pas sans risque.

Difficile de lui échapper. Pas une semaine ou presque sans que l’on ne soit cas contact, contaminé, voire réinfecté par le coronavirus. La faute au très contagieux et omniprésent variant Omicron, qui a entraîné plus de 500.000 contaminations ce mardi. Mais après deux ans de pandémie et de contraintes quotidiennes, pour certains, la coupe est pleine et malgré leur contamination, ils décident de ne pas observer l’isolement prescrit par les autorités sanitaires.

D’autres, eux, font le choix de ne plus faire tester leur enfant quand il est cas contact, et rédigent de fausses attestations sur l’honneur, quitte à l’envoyer avec des symptômes à l’école. Un choix à l’encontre des recommandations des autorités sanitaires, qu’ils assument et expliquent à 20 Minutes.

« Si les soignants peuvent continuer à travailler, pourquoi pas moi ? »

« Confinement, couvre-feu, troisième dose de vaccin et gestes barrières : depuis le début de la pandémie, j’applique à la lettre toutes les consignes du gouvernement, plante Wilfried*, 27 ans. Mais aujourd’hui positif au  Covid-19, je ne m’isolerai pas. Je travaille avec mon père dans une TPME de carrosserie et peinture, où je suis le seul peintre. Si je m’arrête, l’entreprise ne peut pas fonctionner correctement, explique le jeune homme. Je fais donc le choix de continuer à travailler, mais avec un masque FFP2 et en prenant toutes les précautions. Après tout, si les soignants peuvent continuer à travailler, pourquoi pas moi ? »

Comme lui, Mélanie*, 27 ans, vaccinée, refuse que le virus ait un retentissement sur son travail. « Je suis responsable d’un entrepôt logistique, où les cas Covid-19 et cas contact se multiplient à une vitesse folle, décrit-elle. On manque de personnel, qu’on n’arrive plus à remplacer. Alors, quand je suis cas contact, je ne fais pas de test, je ne peux pas me permettre d’être absente. En revanche, pas question de se relâcher sur les gestes barrières ».

Ce sentiment de ne pas pouvoir s’arrêter, Marcel*, étudiant de 20 ans, l’a aussi éprouvé. « L’année dernière, je n’ai pas validé ma première année, mais j’ai été admis en deuxième année. Ma seule chance d’être repêché, c’était de valider ce troisième semestre, mais j’ai été testé positif au moment où j’avais plein d’examens et de travaux à rendre. Je ne pouvais faire l’impasse car mes notes étaient déjà limites, donc j’ai préféré aller en cours et aux examens », confie-t-il. « C’est malheureux, mais je peux le comprendre, compatit Rodrigo Arenas, représentant de la FCPE. C’est compliqué de s’isoler face à de tels enjeux. Le problème ici, c’est qu’on ne leur propose pas de protocole adapté pour leur passer leurs examens même s’ils sont peu ou pas symptomatiques ».

« S’il n’y a pas de moyens pour assurer l’école à distance, c’est impossible »

Car les protocoles sanitaires peuvent mettre les nerfs à rude épreuve. Quand Mathieu* a fait tester ses deux enfants de 4 et 6 ans, cas contact, « j’ai décidé de les laisser aller à l’école malgré le résultat positif, raconte le père de 36 ans. Ils étaient asymptomatiques, j’ai considéré que je ne mettais personne en danger, puisque les personnes à risques sont vaccinées. Et puis, je ne me voyais pas garder mes enfants une semaine à la maison  en étant en télétravail. C’est impossible de me concentrer, je dois les mettre devant des écrans et pour eux, cela se traduit par un retard d’apprentissage ».

« Cela traduit le manque de moyens alloués pour une école à distance efficace, où les parents doivent surveiller leurs enfants, parce que c’est compliqué de se connecter ou que la maîtresse est malade et pas remplacée, commente Rodrigo Arenas. On n’en serait pas là s’il y avait plus de profs, des masques distribués gratuitement à tous pour éviter qu’élèves et enseignants gardent le même plusieurs jours d’affilée, qu’on avait des serveurs qui tiennent la route pour les cours à distance ou encore la capacité d’accueillir dans des salles dédiées les enfants pas ou peu symptomatiques pour assurer la continuité pédagogique ».

« Je ne testerai plus mon enfant, il hurlait de douleur »

Avant cela, encore faut-il arriver à dépister sa progéniture. « Je ne testerai plus mon enfant, dit Marina*, 32 ans et vaccinée. Cela fait trois semaines qu’il est tout le temps cas contact. La première fois, il hurlait de douleur, j’ai dû le maintenir, ç’a été une torture ! Je me suis dit plus jamais. Désormais quand il est cas contact, il retourne à l’école dès le lendemain, avec une fausse attestation ». « Les parents sont massivement vaccinés, ils font des efforts depuis deux ans et là ils se disent que ça suffit, d’autant que le gouvernement se veut rassurant, relève le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF). Mais même moins virulent, Omicron n’est pas anodin, il n’y a pas de risque zéro en contractant le Covid ».

En pratique, « le prélèvement nasal, c’est souvent pénible pour les enfants et les parents. La solution, vu qu’avec Omicron le prélèvement nasal est moins efficace que le salivaire pour détecter précocement le virus, serait de prendre exemple sur nos voisins allemands et d’organiser deux fois par semaine des campagnes de tests salivaires au sein des écoles, préconise-t-il. Cela déchargerait les parents, éviterait les contaminations tous azimuts et les fausses attestations ».

« On se dit « à quoi bon » ? », « cela fait progresser l’immunité collective »

Les fausses déclarations, beaucoup s’en accommodent avec Omicron. « Il y a dix jours, j’ai eu de légers symptômes, raconte Sébastien*, 41 ans. Mon employeur m’a demandé de me faire tester, ce que je n’ai pas fait, je lui ai dit que j’étais négatif. Quatre jours après, mes enfants ont eu de légers symptômes, je ne les ai pas testés et ils sont allés à l’école. Quelques jours plus tard, des élèves de leur classe ont eu le Covid ». Mais point de culpabilité pour Sébastien : « Au final, cela fait progresser l’immunité collective ».

Un raisonnement partagé par Paul*, 49 ans, vacciné, qui a eu « des symptômes très légers, justifie-t-il. Le fait que ce soit un variant moins virulent a joué : en ne m’isolant pas, je me suis dit que cela participait à l’immunité collective. Mais j’aurais agi différemment avec  Delta, assure-t-il. Et il y a aussi une certaine lassitude à l’idée de s’isoler quand tout le monde autour de soi est déjà cas contact ou malade : on se dit « à quoi bon » ? » Car « les gens en ont marre, observe le Dr Hamon On discute avec les patients, mais on comprend la lassitude. Le ministre de la Santé  Olivier Véran parle de dernière vague, de situation stable à l’hôpital, donc beaucoup y voient à tort le signe qu’on peut se relâcher sur les gestes barrières. A défaut d’atteindre le pic de l’épidémie, on a atteint un pic de lassitude ».

« J’ai vu mes amis, je suis allée au restaurant et au cinéma »

Ainsi, entre l’isolement et sa vie sociale, Sandra*, 23 ans, n’a pas hésité. « Contaminée malgré mes trois doses, je n’ai pas voulu m’arrêter de vivre. J’avais plusieurs soirées prévues avec des amis qui venaient de loin, je leur ai dit et ça n’a dérangé personne qu’on se voie ! Et je ne le regrette pas : j’étais en arrêt maladie, j’ai profité de ce temps libre pour aller au restaurant et au cinéma, avec le masque », précise-t-elle.

Idem pour Esteban*, 40 ans, contaminé malgré « un schéma vaccinal complet. J’ai continué le tennis et le cyclisme. Certains de mes camarades de vélo ne souhaitant pas se vacciner, je me suis dit tant pis pour eux ». Mais « si Omicron est moins virulent et participe à ce sentiment généralisé de relâchement, il faut rester extrêmement prudent, insiste le Dr Hamon. J’ai eu en consultation un patient de 50 ans, qui a toujours refusé le vaccin, alors qu’il vit avec sa mère de 90 ans. Il vient d’être testé positif, et même si sa mère est vaccinée, avec les comorbidités importantes qu’elle a, même un Covid léger pourrait être lourd de conséquences ».

* Tous les prénoms ont été modifiés.