Accès aux soins : Le « reste à charge zéro » une réussite en audition et dentaire, moins en optique

POUVOIR D'ACHAT Selon le dernier bilan de cette réforme, en 2021, 39 % des ventes d’audioprothèses, 55 % des prothèses dentaires et 17 % des lunettes se sont faites sans reste à charge

Oihana Gabriel
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Illustration d'un patient chez le dentiste.
Illustration d'un patient chez le dentiste. — Pixabay
  • La réforme du « 100 % santé » permet aux Français de s’équiper en prothèses dentaires, auditives et lunettes sans reste à charge.
  • Elle s’est progressivement mise en place entre 2018 et 2021. Ce mardi, le dernier comité de suivi a tiré un nouveau bilan.
  • Si dans le dentaire et l’audition, cette possibilité de remboursement a réellement changé la donne, en optique, il semble y avoir des résistances.

A trois mois de l’échéance présidentielle, l’heure des bilans a sonné. Parmi les nombreuses réformes portées par le ministère des Solidarités et de la Santé, celle du «  100 % santé » semble en partie avoir atteint ses objectifs.

Rappelons que le « 100 % santé », également appelé le « zéro reste à charge », visait à proposer un panier totalement remboursé par la Sécurité sociale et les assurances santé pour les patients sur le dentaire, l’optique et l’audition (à condition d’avoir une mutuelle bien sûr). Trois secteurs où les tarifs étaient faramineux, les remboursements pas toujours à la hauteur… et le renoncement aux soins élevé. Quel bilan peut-on tirer ?

Une réforme qui a tenu ses promesses

La réforme s’est mise en place sur trois ans, avec une extension progressive dans ces trois domaines entre 2018 et 2021. Ce n’est que depuis le 1er janvier 2021 que la totalité du « 100 % santé » est appliquée. Le dernier comité de suivi, réuni ce mardi matin, pouvait donc apprécier les résultats sur une année presque entière, les remontées s’arrêtant à novembre 2021.

« Environ 10 millions de Français ont bénéficié de ce "100 % santé" depuis le début de la réforme, se félicite le ministère de la Santé. S’il y a bien une réforme qui a tenu ses objectifs en termes de pouvoir d’achat et d’accès aux soins, c’est celle-ci. »



Même satisfaction du côté de France Assos Santé, organisation représentant les patients, qui a participé à la mise en place de la réforme et à son comité de suivi. « Grâce au 100 % santé, des personnes ont pu s’équiper, résume Marianick Lambert, membre du bureau de France Assos Santé. On a toujours soutenu cette réforme. Je ne dis pas que tout est parfait, mais je constate que ça avance dans le bon sens. »

40 % des ventes dans l’audition et 55 % dans le dentaire

Avec tout de même quelques disparités. Côté audioprothèses, le succès est incontestable. Le nombre d’appareils achetés a augmenté de 70 % entre 2019 et 2021 et 39 % de ces aides auditives vendues en 2021 faisaient partie de ce panier totalement remboursé. En tout, 780.000 aides auditives ont été délivrées, grâce à ce dispositif.

En 2018, la situation était toute autre. « Pour l’audioprothèse, il y a clairement un effet rattrapage, reprend Marianick Lambert. On est passé d’un équipement qui pouvait coûter jusqu’à 2.000 euros à un reste à charge zéro. »

Reste un bémol : « on a encore un tiers des équipements vendus qui ne font l’objet d’aucune consultation de suivi déclarée. Or, il y a énormément de personnes qui s’équipent d’aides auditives… et les laissent dans leur tiroir quand elles ne sont pas adaptées. Normalement, le patient a le droit de réclamer deux consultations de suivi, mais la réforme est trop méconnue pour que les Français le sachent. » Pour que davantage de Français puissent bénéficier de prothèses auditives, dentaires ou de lunettes sans perdre un euro, elle souhaite que le ministère, les associations de patients et les professionnels de santé fassent plus de communication sur le « 100 % santé ».

Pour le dentaire, les patients semblent aussi s’être emparés de cette nouvelle option. En effet, 55 % en prothèses dentaires en 2021 faisaient partie cette offre, contre 52 % en 2020. Une légère augmentation donc. « Mais on était seulement à 40 % en 2019 », rectifie Marianick Lambert.

Du retard côté optique

Reste l’optique, secteur pour lequel des réserves ont été faites depuis plusieurs mois. En effet,  une enquête de la DGCCRF datant d’avril 2021 portant sur 300 opticiens révélait que 60 % d’entre eux ne mettaient pas en avant l’offre « 100 % santé ». Un chiffre que le ministère ne confirme pas. Mais seulement 17 % des ventes chez les opticiens en 2021 font partie de ce panier. Avec une légère augmentation tout de même : c’était 15 % en 2020. Dans le détail, c’est 12 % des équipements complets, 4 % pour les verres et 1 % seulement pour la monture.

Comment expliquer ce bonnet d’âne ? « C’est un marché dans lequel il y avait déjà du reste à charge zéro par les complémentaires santé », explique Marianick Lambert. Est-ce qu’il y a aussi une résistance des Français plus soucieux de leur look côté lunettes que molaires ? « C’était vrai autrefois avec les montures Sécu, qui étaient moches, mais pour le panier 100 % santé, la qualité est assurée, l’esthétique vérifiée, les verres affinés. Il n’y a plus de possibilité de stigmatisation visuelle, on y a fait très attention. »

Par ailleurs ce chiffre trop bas pourrait être corrigé à l’avenir. « L’Assurance Maladie a envoyé des courriers aux opticiens pour qui le taux de « 100 % santé » était trop bas en septembre 2021, salue cette membre de France Assos Santé. Ils ont ensuite missionné des visiteurs à une partie des opticiens récalcitrants. Maintenant, ils prévoient des sanctions. C’est extrêmement rare et cela montre la volonté d’aboutir dans cette réforme. »

Une bonne excuse pour monter les tarifs des mutuelles ?

Reste une réserve de taille. Les cotisations des mutuelles sont en hausse de 3,4 % en moyenne en 2022, a annoncé la Mutualité française début janvier. Parmi les justifications, selon les mutuelles, la surcharge du « 100 % santé », qui a dépassé les objectifs fixés par le ministère. « Le 100 % santé a bon dos !, ironise Marianick Lambert. Ce n’est pas la première année qu’ils augmentent leurs tarifs. Le "100 % santé" n’a pas coûté plus cher que prévu. En revanche, en 2021, on a eu une consommation accrue de soins à cause du rattrapage dus aux confinements et c’est la première année de mise en œuvre complète de la réforme. »

Pour elle, les mutuelles sont surveillées de près. Autant par les associations de patients que par le gouvernement. « C’est un sujet très présent dans la campagne », remarque-t-elle, faisant référence au projet de « Grande sécu » sur lequel planche le gouvernement.