Coronavirus : En pleine vague Omicron, est-ce vraiment utile de vacciner les enfants ?

VACCINATION Alors que la vaccination des 5-11 ans est ouverte depuis un mois pile, elle patine, en raison de contraintes logistiques, mais aussi de doutes des parents qui s’interrogent sur son utilité

Oihana Gabriel
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Un enfant reçoit le vaccin contre le Covid-19 de Pfizer le 14 janvier 2022 à Lyon.
Un enfant reçoit le vaccin contre le Covid-19 de Pfizer le 14 janvier 2022 à Lyon. — KONRAD K./SIPA
  • La vaccination pour tous les enfants entre 5 et 11 ans a été autorisée en France le 22 décembre 2021.
  • Mais un mois après, autour de 3 % des enfants seulement a reçu au moins une injection du vaccin pédiatrique de Pfizer contre le Covid-19.
  • Dans un contexte où les infections sont très répandues, les cas rarement graves, est-il réellement utile de vacciner les plus jeunes ? 20 Minutes fait le tour de cinq questions que les parents peuvent se poser.

De l’aveu général, il y a un retard à l’allumage sur la vaccination des enfants en France. Seulement 6 % des  10 à 11 ans et 1,9 % des 5 à 9 ans ont reçu au moins une injection contre le Covid-19.  Contre 51,8 % des petits espagnols et  28 % de leurs camarades italiens. « Nous devons faire progresser la vaccination des enfants de 5 à 11 ans, qui a démarré doucement », a prévenu jeudi dernier  Jean Castex.

Au-delà des contraintes pratiques fortes (un petit nombre de centres proposent la vaccination pédiatrique, les enfants sont peu disponibles excepté les week-ends…), beaucoup de parents ne cachent pas leurs doutes. Est-ce vraiment utile de vacciner les enfants ? 20 Minutes répond à cinq questions que peuvent se poser les parents.

Pourquoi vacciner alors qu’il y a très peu de cas graves ?

Les enfants font très rarement des Covid graves. Alors pourquoi les immuniser contre un gros rhume, surtout dans une phase épidémique aussi élevée, avec un variant Omicron extrêmement contagieux et peu grave ? « Cette vaccination des enfants est encore utile, insiste Romain Basmaci, secrétaire générale de la  Société française de Pédiatrie et chef de service du service pédiatrique de l’hôpital Louis Mourier (AP-HP). Il y a de plus en plus d’enfants infectés avec Omicron, plus que dans les vagues précédentes. Il reste quelques formes sévères de Covid-19. » Certains enfants peuvent développer un Covid aigu, semblable aux troubles des adultes avec détresse respiratoire et grosse fièvre.   Selon Santé Publique France, même si les hospitalisations d’enfants pour Covid-19 augmentent nettement ces dernières semaines, « les 0-17 ans, (21,5 % de la population française), représentent entre 3 et 5 % des patients Covid-19 hospitalisés, proportion stable au cours du second semestre 2021 ». 

Schéma de Santé Publique France soulignant que le nombre d'hospitalisations d'enfants pour Covid a nettemment augmenté en janvier 2022.
Schéma de Santé Publique France soulignant que le nombre d'hospitalisations d'enfants pour Covid a nettemment augmenté en janvier 2022. - Santé Publique France

D'ailleurs, l'Académie de médecine a insisté sur l'importance de cette vaccination mercredi : « au cours de la deuxième semaine de 2022, 979 enfants âgés de 0 à 9 ans ont été hospitalisés, près de 80% d'entre eux ne présentant aucune comorbidité et 9 décès sont survenus depuis le 1er janvier ». 

Deuxième sujet : le PIMS (Pediatric inflammatory multisytem syndrome) ou syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique. Entre cinq et six semaines après le Covid-19, qui peut être très léger, le système immunitaire de l’enfant développe une réponse anormale à ce virus. Selon Santé Publique France, le nombre de cas de PIMS depuis le mars 2020 s’élève à 879, dont 796 en lien avec le Sars-Cov-2. Par ailleurs, 71 % de ces enfants, surtout âgés de 3 à 11 ans, sont hospitalisés en services critiques. Or, à l’inverse des adultes,  80 % des enfants qui ont développé un PIMS étaient en bonne santé et sans comorbidité déclarée. « On sait maintenant que la vaccination protège de ces PIMS », rassure Romain Basmaci. En effet, une étude l’AP-HP dévoile que sur 107 patients de moins de 18 ans souffrant de ce syndrome, « 33 étaient âgés de plus de 12 ans (31 %) et donc éligibles à la vaccination, 26 d’entre eux n’étaient pas vaccinés, 7 avaient reçu une dose de vaccin, aucun n’avait reçu deux doses ».

Un troisième argument est également avancé sur le bénéfice individuel de cette vaccination. « Nous avons encore peu d’informations sur l’effet d’Omicron sur les Covid long, souligne Sandrine Sarrazin, chargée de Recherche Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy. Comment évaluer l’impact de ce variant à long terme alors qu’on a qu’un mois de recul ? Un certain pourcentage des enfants infectés font des Covid longs et c’est très handicapant. Je ne vois pas pourquoi on jouerait à la roulette russe, on peut se retrouver avec 5.000 enfants hospitalisés, si c’était le mien, je préférerais le vacciner… »

Ce vaccin est-il sûr ?

La vaccination des enfants n’a commencé en France que depuis un mois. En revanche, d’autres pays ont débuté les injections début novembre. « On a aujourd’hui le recul nécessaire avec les études américaines et israéliennes sur plusieurs millions d’enfants qui ont reçu le vaccin sans alerte, prouvant que ce vaccin est bien toléré », reprend Romain Basmaci. En effet, l’avis favorable de la Haute Autorité de Santé pour ouvrir la vaccination à tous les enfants entre 5 et 11 ans s’appuie sur plusieurs études de pharmacovigilance rassurantes. Notamment « les données publiées par le VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System) nord-américain, qui ont rapporté, jusqu’au 10 décembre 2021, 3.233 événements indésirables, sur plus de 7 millions de doses administrées. La majorité d’entre eux (97 %) n’était pas grave. Deux décès sont survenus chez des enfants qui présentaient de lourds antécédents médicaux et 14 cas de myocardite ont été rapportés, dont 8 ont été confirmés. Pour les 5 cas où des informations étaient disponibles, les myocardites ont été résolutives et les enfants ont complètement guéri. »

Pourquoi vacciner alors que c’est peut-être la dernière vague ?

Le pic de la vague Omicron pourrait être bientôt derrnière nous : les hospitalisations, y compris en réa, stagnent ou baissent. Notre ministre de la Santé a même lancé : « peut-être est-ce la dernière vague ». Alors pourquoi protéger son enfant aujourd’hui contre d’éventuels futurs regains épidémiques ? « On est incapable de dire si c’est la dernière vague », corrige Romain Basmaci. Et les nombreux experts de rappeler combien ce virus nous a (malheureusement) surpris. Sans parler du  sous-variant Omicron BA.2 qui commence à faire parler de lui…

Pourquoi ne pas attendre un vaccin adapté ?

Le vaccin pédiatrique de Pfizer a été réalisé à partir de la souche initiale, apparue en Chine en 2019. Et on sait aujourd’hui qu’il faut trois doses pour être bien protégé face à Omicron. Imaginons avec un timing serré, qu’un enfant reçoive sa première dose le 1er février, sa deuxième le 22 février, une troisième trois mois après, le 27 mai. N’est-ce pas plus logique d’attendre, alors que  Pfizer a promis son vaccin Omicron pour mars

Pour Alain Fischer​, « Monsieur vaccination » du gouvernement, cet attentisme n’est pas un bon calcul pour trois raisons. « Les enfants s’immunisent mieux que les adultes, rappelle l’immunologiste. On peut espérer que la primo-vaccination, qui d’ailleurs n’a pas un effet nul vis-à-vis d’Omicron, soit plus efficace sur les plus jeunes. On ne peut donc pas extrapoler : il faut trois doses pour les adultes, pareil pour les enfants. Ce qu’on sait, c’est que la vaccination protège contre l’infection à 85 % face à Delta chez les enfants. Mais on devrait avoir des informations complémentaires sur Omicron venant des Etats-Unis rapidement. » Deuxième raison : « il y a toujours du Delta dans notre pays », même si ce variant est devenu nettement minoritaire. « Enfin, il est possible qu’on ait un vaccin Omicron au printemps, mais pour les adultes uniquement, pas pédiatrique. » Il faudra alors attendre encore pour une nouvelle formule adaptée aux enfants, testée, étudiée, commercialisée. « Etant donné la situation actuelle des contaminations et hospitalisations, même imparfait, le meilleur vaccin c’est celui qui est disponible », renchérit  Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg et membre du collectif  Du côté de la Science.