Coronavirus : « En attrapant le Covid-19 pour la troisième fois, je me suis demandé si j’avais une immunité pourrie »

PAS DE BOL Sarah, professeure au collège, vient de contracter le coronavirus pour la troisième fois

Anissa Boumediene
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Quand elle a vu apparaître la deuxième barre sur son autotest, Sarah a compris qu'elle venait de contracter le Covid-19... pour la troisième fois!
Quand elle a vu apparaître la deuxième barre sur son autotest, Sarah a compris qu'elle venait de contracter le Covid-19... pour la troisième fois! — PHILIPPE MAGONI/SIPA
  • En pleine vague de variant Omicron, Sarah, professeure de français au collège, vient d’être testée positive au coronavirus, avec des symptômes légers.
  • Or, c’est la troisième fois depuis le début de la pandémie que la jeune femme est contaminée au Covid-19.
  • Est-ce le signe qu’elle a développé une immunité qui la protège des formes graves, ou d’une réponse immunitaire restée faible après plusieurs contaminations et une dose de vaccin ?

« C’est une blague ! Ce n’est pas possible ! » Quand Sarah a vu la deuxième petite barre s’afficher sur son autotest, elle n’a pas voulu y croire. Pourtant, comme environ 400.000 personnes quotidiennes ces derniers jours sous l’effet de la vague Omicron, la jeune femme a bien contracté  le Covid-19. Cette réaction incrédule, ce n’est pas parce qu’elle se pensait imperméable au virus, mais « parce qu’après deux contaminations, je ne pensais pas que j’allais l’attraper une troisième fois ce putain de  Covid ! »

Si les cas de réinfections se multiplient depuis le début de la pandémie, les triples contaminations, elles, sont plus rares. Sont-elles le signe d’une immunité plus faible ? Ou la marque d’une maladie qui, encore inconnue il y a plus de deux ans, est en train de devenir un virus endémique, comme la grippe saisonnière et le rhume ?

La deuxième fois, « j’ai perdu le goût et l’odorat »

Comme des millions de personnes, Sarah, professeure de français au collège, a passé le premier confinement de mars 2020 cloîtrée chez elle, avec son mari et ses deux enfants. « Je ne sortais que pour faire les courses, toujours avec mon masque fait maison et une bonne quantité de gel hydroalcoolique. Comme tout le monde, on est passé au  distanciel, puisque les  écoles étaient fermées », raconte la jeune femme de 39 ans. A la maison, la famille est « dans un cocon », mais à l’occasion des rares sorties, le mode pandémie est activé. « C’était la psychose, on ne savait rien, donc on avait peur de tout ! Dès lors,  la bise a été abolie », se souvient la jeune femme. L’été venu, la famille choisit de délaisser l’Espagne au profit de vacances dans l’Hexagone et « on a loué une maison pour être sûrs de ne côtoyer personne ».

A la rentrée de septembre 2020, la mère de famille reprend elle aussi le chemin de l’école. « On avait des protocoles, tout le monde portait un masque, je donnais du gel hydroalcoolique à chaque élève et nettoyais les tables entre chaque classe, raconte Sarah. Mais dès la réouverture, on a eu des contaminations au collège, parmi les élèves comme au sein de l’équipe enseignante ». Et fin septembre, alors que démarre la deuxième vague épidémique, toujours avec la souche originelle de Wuhan, Sarah est testée positive pour la première fois. « J’ai eu comme une bonne grippe : toux, fièvre, courbatures et fatigue, ça m’a couchée une semaine ».

Avril 2021, la France traverse sa troisième vague épidémique. La souche originelle a cédé la place au variant Alpha, venu du  Royaume-Uni, qui représente près de 90 % des infections. Et qui va causer la deuxième contamination de Sarah. « En fin de semaine, j’apprends qu’il y a cinq cas dans ma classe et le samedi matin, je me lève courbaturée, j’ai des frissons et je suis crevée », décrit-elle. Le test PCR passé l’après-midi le confirme, « j’étais encore positive ». Après cinq jours de ce régime grippal, le virus se fait plus virulent. « J’ai eu cinq jours hardcore de fatigue intense, et j’ai perdu  j’ai perdu le goût et l’odorat ». Quatre mois plus tard, mi-août, Sarah reçoit sa première dose de  vaccin anti-Covid. « J’ai été malade pendant deux jours, comme si j’avais encore le virus, mais je me suis dit que j’étais protégée ».

« Je vois de plus en plus de réinfections »

« Les doubles contaminations ne sont pas rares, j’en vois de plus en plus à l’hôpital et je viens moi-même de contracter le Covid-19 pour la deuxième fois », confirme le Dr Benjamin Davido, infectiologue et médecin référent de crise Covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Pourquoi ? « La littérature scientifique montre que chaque nouveau variant a un peu plus de pouvoir de neutralisation des anticorps, explique-t-il. Entre la souche de Wuhan et Alpha, il n’y avait pas de grande différence, donc le risque de réinfection était très faible, de l’ordre de 0,1 à 1 %. Avec Delta, les données recueillies en Angleterre ont montré un doublement de ce risque de réinfection, alors encore très faible ».

Mais avec Omicron, les chiffres s’emballent. Une étude de l’Imperial College de Londres estime que le risque de réinfection avec Omicron est 5,4 fois plus élevé que pour Delta, ce qui confirme que ce variant, avec ses nombreuses mutations, entraîne un échappement immunitaire. En clair : l’immunité conférée par la vaccination ou par une précédente infection est moins longue, et beaucoup moins efficace. Ainsi, « Omicron, selon les données de l’Institut Pasteur, a un pouvoir neutralisant vingt à quatre-vingts fois supérieur à la souche originale, donc on comprend mieux l’envolée du risque de réinfection », commente le Dr Davido.

C’est ainsi qu’il y a quelques jours, après que sa fille collégienne a été testée positive, Sarah n’a pas tardé à développer de nouveau des symptômes évocateurs. « Au départ, je n’avais rien, et mon premier test était négatif. Quelques jours après, je me suis sentie un peu fébrile, mais rien de méchant. Malgré la contamination de ma fille, je me suis dit que ce devait être un simple coup de froid, je ne pouvais pas l’avoir une troisième fois ! Mais mon mari, aux légères tendances hypocondriaques, m’a dit de refaire un test illico. Et c’était positif, encore ! C’est là que j’ai compris l’intérêt du  protocole prévoyant des tests à J0, J + 2 et J + 4 ». Un résultat confirmé par un  test antigénique passé en pharmacie.

« Est-ce le signe d’une immunité pourrie ? »

« Là j’ai halluciné, confie Sarah. En même temps, entre le boulot et mes enfants, j’étais sans cesse cas contact, donc c’était une demi-surprise ». Mais la jeune femme s’interroge : « Ce troisième Covid léger est-il le signe d’un variant moins agressif, d’une immunité qui m’a protégée d’une forme plus grave, ou d’une immunité pourrie ? Parce qu’après deux infections et une dose, je pensais avoir des anticorps en béton, mais visiblement, ce n’est pas le cas. Je songe à faire un bilan complet pour voir si quelque chose cloche dans mon organisme ».

Alors, doit-elle s’inquiéter de sa réponse immunitaire ? « On sait que certains sont plus sensibles aux viroses, et disent chaque hiver contracter virus ou infections », rappelle l’infectiologue. « C’est vrai, chaque année j’ai au moins une angine et une sinusite », confirme Sarah. « L’immunité de muqueuses est plus ou moins forte selon les individus, ce qui rend plus sensible à l’infection, expose le Dr Davido. C’est d’ailleurs pour cette raison que des vaccins sous forme nasale sont en développement, afin de bloquer l’entrée du virus. C’est probablement le cas de Sarah, mais elle a un système immunitaire qui répond bien face à l’agression de la maladie, puisqu’elle en développe des  formes peu graves. Elle peut donc être rassurée : elle va avoir un panel d’anticorps protecteurs, d’autant que lorsqu’on a eu Omicron, cela protège de Delta : des immunités croisées opèrent ».

En revanche, « elle risque à chaque nouvelle vague épidémique de se réinfecter, mais ce sera de moins en moins sévère. D’ailleurs, selon les chiffres des dernières études sur Omicron, 10 % des personnes qui ont déjà eu le Covid vont être réinfectées, donc tout le monde va croiser le virus, et il faut s’attendre à un nombre important de réinfections », prévient-il.

Vers « une maladie endémique »

« Si je l’avais une quatrième fois, ce serait la schkoumoune ! », réagit Sarah. Mais ce scénario serait le signe « que l’on progresse tout de même vers une immunité collective, probablement en mars. Elle n’est certes pas durable et n’empêche pas les réinfections malgré la vaccination, mais la maladie va provoquer de moins en moins de formes graves, rassure l’infectiologue. Le Covid-19 est enfin en passe de devenir  une maladie endémique. A chaque fois que de  nouveaux variants à échappement immunitaire vont émerger, on va se réinfecter, à l’instar des épidémies de grippes saisonnières, où l’on a généralement une nouvelle souche chaque année, tout en développant des formes peu graves ».

Pour l’infectiologue, ces réinfections « seront probablement notre meilleur vaccin contre les formes graves, mais aussi le signe que l’intérêt de vacciner des gens qui n’ont pas de risques de forme grave va devenir caduc. Si la maladie devient endémique et aujourd’hui les conditions commencent à être réunies, les réinfections restimuleront les anticorps neutralisants, ce qui vaudra piqûre de rappel. Les doses de rappel, elles, ne seraient alors plus indiquées que pour les personnes à risque de forme grave ».