Hauts-de-France : La consommation de protoxyde d’azote a explosé pendant la crise sanitaire

ADDICTIONS Pour tâcher de comprendre les conséquences sanitaires de la consommation régulière de protoxyde d’azote à des fins récréatives et établir un parcours de soins, un groupe de travail a été constitué au sein du centre hospitalier de Lille

Mikaël Libert
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Des bombonnes de protoxyde d'azote (illustration).
Des bombonnes de protoxyde d'azote (illustration). — SYSPEO/SIPA
  • Selon un scientifique Lillois, la consommation de protoxyde d’azote a fortement augmenté pendant la crise du coronavirus.
  • Un collectif de médecins du CHU de Lille travaille à identifier les troubles associés à cette pratique.
  • Les médecins commencent à voir apparaître des patients atteints de troubles moteurs ou développant des thromboses.

En juin dernier, un texte de loi encadrant la vente aux mineurs de protoxyde d’azote est entré en vigueur. Pour autant, cela n’a pas eu comme effet de réduire une pratique très répandue en France aujourd’hui alors qu’elle y était encore marginale il y a deux ans. Si les médecins ont peu de recul pour appréhender toutes les  conséquences sur la santé d’une utilisation fréquente de ce gaz, beaucoup s’accordent à dire que les troubles liés à la consommation régulière de proto peuvent être graves, voire irréversibles. Au centre hospitalier universitaire (CHU)  de Lille, des médecins des différentes spécialités se sont constitués en un groupe de travail pour tenter de comprendre les mécanismes entraînant ces troubles et établir un parcours de soins adapté.

« Les Hauts-de-France et l’Île-de-France sont les deux régions les plus touchées par le phénomène de la consommation de protoxyde d’azote. Et encore, le nombre de patients est largement sous-estimé », constate Guillaume Grzych, biochimiste métabolicien au CHU de Lille. Selon lui, il y a entre 3 et 4 admissions de cas lourds chaque semaine pour le seul centre hospitalier de Lille. « En six mois, on en a eu une quarantaine avec une moyenne d’âge de 18 ans. On voit bien que la consommation de protoxyde d’azote a explosé pendant la crise sanitaire », déplore-t-il.

« Ça peut aller jusqu’au fauteuil roulant »

A Lille, il y a un an déjà, on a choisi d’aborder cette problématique de façon globale en unissant les points de vue de différentes spécialités : neurologues, addictologues, endocrinologues, cardiologues ou encore métabolicien. « On commence à peine à parler des effets chroniques de la consommation de protoxyde d’azote. Dans certains cas, les patients peuvent développer des symptômes similaires à ceux de la sclérose en plaques qui entraînent des troubles de la marche, des paresthésies. Ça peut aller jusqu’au fauteuil roulant », explique le scientifique.

L’objectif premier de ce groupe de travail est ainsi de comprendre les mécanismes sous-jacents à la consommation de protoxyde d’azote et d’identifier des troubles qui ne sont pas encore associés à cette pratique. « On parle beaucoup des effets aigus, comme l’intoxication neurologique, mais assez peu d’autres effets sur la motricité ou l’apparition de thromboses », insiste Guillaume Grzych. C’est dans ce sens, et en collaboration avec d’autres hôpitaux de la région, qu’une « recherche clinique » va être lancée. Cette recherche devrait aussi permettre de faciliter le diagnostic et d’assurer une prise en charge adaptée.

Autour de cet usage détourné du « gaz hilarant », un flou réglementaire demeure. Le protoxyde d’azote, utilisé dans l’industrie et la médecine, n’est pas considéré comme toxique. Si la vente libre est désormais interdite aux mineurs, le produit reste facilement accessible sur Internet. « Chaque personne réagit différemment. Certains vont avoir des effets secondaires irréversibles et d’autres pas, assure le métabolicien. Le vrai problème, c’est que l’on ne connaît pas les effets que cela engendre à long terme ».