Pyrénées-Atlantiques : Le français Novasep « très fier » d’avoir été choisi par Pfizer pour produire son traitement anti Covid-19

INTERVIEW Le PDG du groupe français Novasep, choisi par Pfizer pour fabriquer le principe actif de son traitement anti Covid-19, le Paxlovid, a répondu aux questions de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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L'usine pharmaceutique de Novasep, à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques)
L'usine pharmaceutique de Novasep, à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) — Novasep
  • Michel Spagnol, PDG de Novasep, explique que le transfert technique entre les équipes de Pfizer et les siennes pour la fabrication du Paxlovid, a déjà démarré.
  • Novasep va embaucher une quarantaine de personnes sur son site de Mourenx pour pouvoir démarrer la fabrication commerciale du principe actif au troisième trimestre 2022.
  • Ce contrat vient valider, selon son PDG, les choix stratégiques effectués par Novasep ces dernières années.

Pfizer a annoncé ce lundi qu’il allait confier la fabrication du principe actif de son traitement anti  Covid-19 au groupe pharmaceutique français Novasep. Le Paxlovid sera ainsi fabriqué sur le site de Mourenx  (Pyrénées-Atlantiques) du groupe, d’ici au troisième trimestre 2022. Ce traitement permettrait de réduire de 90 % les possibilités de contracter une forme grave de la maladie, notamment chez les personnes fragiles. Il s’agit d’un challenge pour le groupe français qui compte en tout 1.250 salariés à ce jour. 20 Minutes a interrogé son PDG, Michel Spagnol.

Michel Spagnol, PDG de Novasep
Michel Spagnol, PDG de Novasep - Novasep

Cette annonce de Pfizer ce lundi signe le début d’une belle aventure industrielle pour votre groupe ?

C’est une formidable aventure qui continue surtout, car depuis quelques années nous avons opéré un retournement stratégique du groupe. Nous sommes très fiers, et c’est une très bonne nouvelle surtout pour les patients atteints du Covid-19.

Que va-t-il se passer à partir de maintenant pour le site de Mourenx ?

Ce qu’il se passe depuis quelques jours déjà, c’est un transfert technique entre les opérateurs et scientifiques de Pfizer et ceux de Novasep. L’objectif est de transférer le maximum d’informations du procédé de fabrication pour qu’il soit implanté sur notre site de Mourenx. Cela implique des équipes techniques, des chercheurs, qui vont reproduire d’abord à petite échelle la synthèse de la matière active du Paxlovid, et qui vont ensuite développer le procédé industriel dans des unités de plus en plus grosses, jusqu’à l’unité industrielle de celle de Mourenx, où les premières productions commerciales devraient démarrer aux alentours du troisième trimestre 2022.

Ce sera donc une montée en puissance progressive, mais rapide tout de même ?

Absolument. C’est comme une recette de cuisine, que Pfizer a déjà pu faire à une échelle importante, mais que nous n’avons pas encore réalisée. On va démarrer dans des laboratoires et petit à petit on va monter pour aller jusqu’au réacteur industriel. A l’arrivée, cela représente plusieurs dizaines de tonnes, mais on ne peut pas communiquer sur le volume confié à Novasep.

Vous allez embaucher combien de personnes ?

Nous embaucherons une quarantaine de personnes dans un premier temps, ce qui fera monter les effectifs à Mourenx à 200 salariés. Nous aurons besoin d’opérateurs, d’ingénieurs, de fonctions support autour de la qualité, de la sécurité… On verra si on a besoin de monter davantage en puissance pour répondre au délai qui est très court.

A partir de quand pourra-t-on trouver ce produit en France ?

C’est à Pfizer de communiquer, mais son PDG Albert Bourla a annoncé qu’il serait disponible à partir de mars en France. Ce ne sera évidemment pas notre produit, et aujourd’hui je ne peux pas vous dire à partir de quand le produit qui sera issu de notre fabrication à Mourenx sera disponible. Nous, on s’occupe de la matière active, c’est une poudre qui se trouve dans un grand fût, et qui est ensuite distribuée à d’autres sous-traitants qui vont faire la gélule qui sera prise dans le cadre du traitement contre le Covid-19. On est l’acteur principal, mais il y a d’autres usines.

Pfizer a annoncé 520 millions d’euros d’investissement pour la France, mais quelle sera la part pour l’usine de Mourenx ?

Ce n’est pas 520 millions d’euros pour le site de Mourenx, mais on ne communique pas sur le montant des investissements alloués à Novasep. En revanche, nous avons anticipé la modernisation de notre site en investissant nous-mêmes 6 millions d’euros, notamment pour ce produit.

Quelle a été la stratégie pour redresser le groupe Novasep ?

Je suis arrivé en 2013 à la tête du groupe, à un moment où la situation était difficile. Dès le départ, nous nous sommes donné deux grands objectifs, et qui ont été déterminants dans le choix de Pfizer en faveur de Novasep comme sous-traitant : on ne voulait pas faire de générique, mais rester impliqués dans les nouveautés pharmaceutiques, et d’autre part nous voulions faire de l’investissement technologique. Le but était de se différencier. Nous avons dépensé environ 200 millions d’euros, ce qui est conséquent pour une ETI française, et six ans après nous avons remboursé notre dette et nous avons opéré un retournement. Dans les marchés en développement, on peut citer celui de l’oncologie, c’est-à-dire tout ce qui touche au cancer, qui est très important. Novasep a notamment construit une usine au Mans spécialisée dans les  anticorps monoclonaux conjugués, qui servent à délivrer le produit de chimiothérapie uniquement sur les cellules malades. C’est de l’orfèvrerie dans le domaine de l’oncologie.