Coronavirus : Comme l’avancent les experts, « le scénario du pire » s’éloigne-t-il vraiment ?

EPIDEMIE Selon Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, « le scénario du pire s’éloigne » et « la décrue a commencé »

Manon Aublanc
— 
Des soignants se relayent en permanence auprès de patients Covid-19 dans un hôpital de Toulouse.
Des soignants se relayent en permanence auprès de patients Covid-19 dans un hôpital de Toulouse. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Comme de nombreux autres pays, la France est confrontée à une explosion des cas de coronavirus, avec un niveau de contamination jamais vu après deux ans d’épidémie.
  • Mais depuis quelques jours, les chiffres commencent à baisser. Les services de soins critiques comptaient 3.852 malades graves du Covid-19, dimanche, comme la veille, contre 3.895 vendredi et 3.939 jeudi, selon les chiffres de Santé Publique France. Le nombre de nouveaux cas de contamination recensés a lui aussi décru sur la semaine, avec 278.129, contre 296.097 le dimanche précédent.
  • Selon plusieurs spécialistes, le pic de la vague Omicron est passé. « Le scénario du pire s’éloigne » et « la décrue a commencé », a déclaré l’épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique, Arnaud Fontanet, ce lundi sur France Inter.

Et si c’était le début de la fin ? La lumière au bout du tunnel ? La lueur d’espoir tant attendue ? Certes, les chiffres de l’épidémie de coronavirus vont de records en records, ces dernières semaines, mais   ils commencent à baisser doucement depuis quelques jours. Mieux encore, selon l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, on est même sur la bonne voie. « La décrue a commencé », a déclaré le membre  du Conseil scientifique,  ce lundi sur France Inter. Mais pourquoi les experts du Covid-19 avancent-ils aussi sûrement que « le scénario du pire s’éloigne », alors que la France a enregistré plus de 300.000 cas de contaminations, en moyenne, la semaine dernière, un chiffre jamais atteint depuis le début de la pandémie ?

Le mois de mars comme objectif

Si l’on écoute Arnaud Fontanet, le scénario des jours à venir est plutôt clair : « Le pic des infections a été passé ces jours-ci au moins en Ile-de-France, ce sera un petit peu plus tard dans les autres régions. Les admissions à l’hôpital devraient augmenter dans les prochains jours puis atteindre un pic dans la semaine qui vient. En revanche, les patients vont rester à l’hôpital, on peut s’attendre à ce qu’ils restent très sollicités tout le courant février. Mais on a le sentiment que le pic est en train de passer devant nos yeux. »

Et la parole de l’épidémiologiste résonne chez de nombreux spécialistes. Dans un entretien accordé à L'Express, ce vendredi, Alain Fischer, le « monsieur vaccin » du gouvernement a estimé qu’une « une période de calme » allait s’ouvrir « à partir de mars ». Même son de cloche du côté de Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm, qui note « un ralentissement de la dynamique de croissance ». « On peut s’attendre à  une décrue assez rapide », a-t-elle déclaré dans  une interview au Journal du Dimanche.



Ces projections semblent valables pour le reste de l’Europe. Selon les données du bureau régional de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Europe, ​« le pic de la vague Omicron pourrait arriver [en Europe] autour de la troisième semaine de janvier avec plus ou moins d’avance selon les pays », a précisé à l’AFP Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève.

Des chiffres en baisse

S’il faut bien reconnaître que les chiffres n’ont jamais été aussi hauts, il y a tout de même quelques signaux encourageants. Dimanche soir, les services de soins critiques comptabilisaient 3.852 malades graves du coronavirus, comme la veille, contre 3.895 vendredi et 3.939 jeudi. A titre de comparaison, on en dénombrait plus de 6.000 en avril dernier. En revanche, le nombre total de malades hospitalisés en France poursuit son ascension (24.887, contre 24.544 samedi).

Du côté des contaminations, Santé Publique France a dénombré 278.129 cas, ces dernières vingt-quatre heures, contre 296.097 le dimanche précédent. En moyenne, sur les sept derniers jours, on recense 294.452 cas quotidiens contre 313.252 le dimanche précédent. Et ce n’est pas tout. En Corse et en Ile-de-France, le taux d’incidence a commencé à baisser. Dans la région parisienne, il est passé de plus de 4.100 à 3.700 cas positifs pour 100.000 habitants sur une semaine, selon les chiffres de Santé Publique France.

Contrairement à ses confrères, Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie et en évolution des maladies infectieuses à l’université de Montpellier, lui, se montre plus prudent. « On ne peut pas dire qu’on est déjà dans la décrue, mais c’est en bonne voie », a-t-il expliqué auprès de 20 Minutes. Les prévisions épidémiologiques ne permettent pas « de donner de dates précises », mais le pic devrait être atteint « durant la deuxième moitié de fin janvier », avant une probable décrue, a analysé le spécialiste. « On reste sur ce qu’on avait modélisé fin décembre », a-t-il ajouté à propos des prévisions de l’Institut Pasteur qui estime que le pic d’hospitalisations quotidiennes (entre 2.500 et un peu plus de 5.000 patients) sera atteint fin janvier.

Des futurs variants moins dangereux ?

Le variant Omicron, apparu fin 2021, est pourtant nettement plus contagieux que Delta. « La bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’à chaque vague on rajoute une couche d’immunité naturelle et vaccinale, elle dure dans la protection contre les formes graves », a expliqué Arnaud Fontanet au micro de France Inter, rappelant que le variant Omicron semblait être moins virulent et provoquer moins de formes graves. Pour Mircea Sofonea, la clé pour sortir du pic épidémique provoqué par le variant Omicron, « c’est évidemment la combinaison de l’immunité post-infection et la forte couverture vaccinale de la population ». Le chercheur, qui insiste sur l’importance de la dose de rappel, ajoute : « L’ouverture de la troisième dose a joué un rôle, elle permet de contrecarrer la baisse d’immunité et d’efficacité qui arrive nécessairement au bout d’un certain temps. »

Arnaud Fontanet assure, de son côté, que les récentes mesures du gouvernement pour forcer les entreprises à accepter plus de télétravail et l'« autorégulation des individus » lors d’une vague épidémique participent également à la baisse des contaminations. Selon le membre du Conseil scientifique, en constatant l’explosion des contaminations, les individus veillent naturellement à porter leur masque ou à éviter trop de rassemblements, a-t-il expliqué jeudi lors d’une conférence de presse.

De nouveaux variants d’Omicron pourraient-ils venir doucher nos espoirs ? « Il y aura toujours des variants, mais ils seront sûrement moins virulents », avance Mircea Sofonea. « On est plus sur une perspective d’éradication d’Omicron. Il va sûrement devenir endémique, comme la grippe. Il faut cependant s’attendre à ce qu’il y ait une alternance de variants qui ont une capacité à infecter de nouveau car ils présentent un échappement immunitaire », poursuit l’épidémiologiste. Mais dans le JDD, Vittoria Colizza a mis, elle, en garde : « On est encore en phase pandémique, et on n’a pas de preuve pour dire que cette vague sera la dernière. »