Pénuries, risques juridiques... Le gouvernement contraint de redécouper les compétences des infirmiers de bloc opératoire

SANTE Les 8.500 infirmiers de bloc opératoire (Ibode) ne sont pas assez nombreux « pour prévenir le risque d’atteinte au bon fonctionnement des blocs opératoires », a jugé le Conseil d’Etat dans une décision rendue le 30 décembre

20 Minutes avec AFP
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Le gouvernement doit réécrire d'ici à fin avril les décrets encadrant les compétences des infirmiers travaillant dans les blocs opératoires, annulés par le Conseil d'Etat à la demande des syndicats de chirurgiens et de cliniques privées.
Le gouvernement doit réécrire d'ici à fin avril les décrets encadrant les compétences des infirmiers travaillant dans les blocs opératoires, annulés par le Conseil d'Etat à la demande des syndicats de chirurgiens et de cliniques privées. — MEIGNEUX/SIPA

Le gouvernement doit réécrire d’ici à fin avril les décrets encadrant les compétences des infirmiers travaillant dans les blocs opératoires, annulés par le Conseil d’Etat à la demande des syndicats de chirurgiens et de cliniques privées.

Sept ans après la création de leurs « actes exclusifs », les 8.500 infirmiers de bloc opératoire (Ibode) ne sont toujours pas assez nombreux « pour prévenir le risque d’atteinte au bon fonctionnement des blocs opératoires », a jugé le Conseil d’Etat dans une décision rendue le 30 décembre.

« Un risque juridique »

Les 21.300 autres infirmiers non spécialisés exerçant aussi en chirurgie sont ainsi amenés à outrepasser leurs compétences et donc « susceptibles d’être exposés à un risque juridique ».

Pourtant, une majorité d’entre eux (12.700) étaient « autorisés temporairement » à réaliser trois actes en théorie réservés aux Ibode : « l’aide à l’exposition (des organes), l’aspiration et l’hémostase (arrêt du saignement) », sous réserve d’une expérience minimale et d’une courte formation à valider avant 2026.

Mais malgré cet aménagement, dans la pratique la « compétence exclusive » des Ibode reste souvent enfreinte, y compris pour d’autres actes comme la pose de drains ou les sutures.

« On ne peut pas saucissonner les actes en chirurgie »

Les multiples reports de cette réforme n’ayant pas réglé le problème, plusieurs syndicats de médecins libéraux (Le Bloc, FMF, SML, Smaer) ainsi que la  Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) ont réclamé et obtenu l’annulation des deux derniers décrets pris en 2019 et 2021.

Cela « nous mettait dans l’impossibilité de travailler, car on ne peut pas saucissonner les actes en chirurgie », explique le président du Bloc, Philippe Cuq.

La pression est désormais sur le gouvernement, auquel le Conseil d’Etat a « enjoint d’adopter dans un délai de quatre mois de nouvelles dispositions » conciliant le statut des Ibode et le « principe de sécurité juridique ».

« Il en faudrait des milliers »

Pour le Dr Cuq, « il faut s’organiser pour qu’il n’y ait que des Ibode au bloc » en formant massivement les personnels en place et en augmentant le nombre de places dans les écoles spécialisées – 700 actuellement quand « il en faudrait des milliers » compte tenu du turnover de la profession.

Parmi les autres requérants, le SML et la FMF ont demandé dans un communiqué commun une « validation des acquis de l’expérience pour les personnels travaillant régulièrement avec les chirurgiens ».

Côté infirmiers, le Collectif Inter-Blocs a dénoncé ce qu’il considère comme « une nouvelle attaque » contre les Ibode, se disant « prêt au combat » pour cette spécialité « réellement en péril ».