Coronavirus : Le variant « Deltacron », découvert à Chypre, est-il inquiétant ?

CONTROVERSE Sceptiques, des scientifiques pointent du doigt une erreur de manipulation

20 Minutes avec agence
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Un virus (illustration).
Un virus (illustration). — Pixabay / PIRO4D

Un professeur de l’université de Chypre a affirmé, vendredi, avoir découvert un nouveau variant du virus responsable du Covid-19 : « Deltacron ». « Il y a actuellement des co-infections par  Omicron et  Delta, et nous avons trouvé ce variant qui est une combinaison des deux », a ainsi déclaré Leondios Kostrikis à la chaîne locale Sigma TV, dans des propos repris par le média américain Bloomberg.

Comme le rapportent nos confrères de France Info, le patron du laboratoire de biotechnologie et de virologie moléculaire de l’université chypriote affirme avoir identifié ce variant chez 25 personnes. Selon lui, le profil génétique de « Deltacron » serait proche du variant Delta tout en comportant une dizaine de mutations présentes chez Omicron.

Un « scariant » dont il ne faut pas avoir peur

Pendant le week-end, de nombreux médias internationaux ont donc repris cette annonce. Mais la communauté scientifique s’est rapidement montrée sceptique. Plusieurs chercheurs ont souligné qu’il était impossible de retrouver une lignée unique à la grosse vingtaine d’échantillons supposés de « Deltacron ».

Dans un tweet publié samedi, largement repris par d’autres scientifiques, le virologue Tom Peacock a ainsi pointé du doigt une erreur de manipulation. D’après ce membre de l’Imperial College de Londres, les 25 séquences génétiques mises en ligne par les Chypriotes sur la  base de données Gisaid « ont l’air d’être assez clairement le résultat d’une contamination » entre plusieurs échantillons. Une conclusion étayée selon lui par le fait que les séquences en question n’apparaissent pas toutes au même endroit sur l’arbre phylogénétique de Gisaid, dont le rôle est de présenter des relations de parenté entre les organismes vivants.

L’expert estime, en outre, que l’observation d’un nouveau variant ne peut être rendue crédible que si elle est réalisée dans plusieurs laboratoires. «"Deltacron" vient sûrement d’une contamination lors du séquençage », a avancé ce lundi sur Twitter la chercheuse Maria Van Kerkhove, qui dirige la lutte contre le Covid-19 à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Quant au physicien Eric Topol, il évoque un « scariant » (variant effrayant) dont il ne faut pas avoir peur.

Le scientifique chypriote persiste

Dans un mail transmis à Bloomberg dimanche, le scientifique chypriote répond que tous les échantillons n’ont pas été séquencés simultanément, certains ayant été collectés à l’hôpital et d’autres en dehors. Il ajoute qu’un résultat similaire a été mis en ligne depuis Israël. Non alarmiste, Leondios Kostrikis estime que « Deltacron » ne remplacera pas Omicron, dont la contagiosité est particulièrement élevée. Le scientifique insiste : « Deltacron » serait le résultat de l’évolution naturelle d’un variant plus ancien et non la fusion chez un même patient des deux variants que sont Delta et Omicron.

Alors « Deltacron », une nouvelle et surpuissante incarnation du coronavirus ? Loin d’être avérée, cette hypothèse est le dernier épisode d’une série d’emballements médiatiques [variant français, flurona, etc.] depuis l’essor fulgurant et bien réel du variant Omicron fin 2021.

Reste que les nouveaux variants sont très surveillés. Les épidémiologistes préviennent régulièrement qu’une incarnation plus contagieuse ou plus sévère du coronavirus pourrait changer le visage de l’épidémie. « Il y a des variants qui émergent tout le temps », a rappelé ce lundi l’épidémiologiste français Arnaud Fontanet sur BFMTV. Mais, ces derniers jours, « pas de variant qu’on dit préoccupant ».