Coronavirus : Trois questions sur l'assouplissement du protocole sanitaire concernant les tests

EPIDEMIE Deux nouvelles règles, concernant les personnes positives aux antigéniques et les cas contacts scolaires, ont été communiquées jeudi soir

Jean-Loup Delmas
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La France croule sous les tests, et cherche à ne pas saturer
La France croule sous les tests, et cherche à ne pas saturer — Ludovic MARIN / AFP
  • Dans une France à plus de 200.000 cas de coronavirus par jour, le gouvernement a décidé… d’alléger les protocoles de tests. Un choix qui paraît paradoxal, mais qui s’explique par la simple loi de l’offre et de la demande.
  • Ces nouveaux protocoles devraient permettre d’offrir davantage de tests pour de nouvelles personnes, mais également de potentiellement permettre à l’épidémie d’encore plus s’échapper.
  • Explications avec le biologiste Maxime Saul.

Des records qui ne cessent d'être battus. Plus d’un million de  tests de dépistage de  coronavirus sont actuellement réalisés chaque jour en France. Cela correspond à 15,19 tests pour 1.000 personnes en moyenne, ce qui place l’Hexagone dans le top 10 des pays qui testent le plus leur population, selon le site de référence   OurWorldInData. Une folie de tests qui a poussé le gouvernement à adapter (encore) les protocoles sanitaires pour les cas contacts et pour certains cas positifs et ce, à partir de ce vendredi. Qu’est-ce qui change et pourquoi ? 20 Minutes fait le point avec le biologiste Maxime Saul.

Quel est le nouveau protocole sanitaire du côté des tests ?

Un test PCR n’est désormais plus obligatoire pour confirmer un test antigénique positif, comme c’était le cas jusqu’à présent. Le test PCR reste néanmoins obligatoire à la suite d’un autotest positif, bien moins fiable, afin de confirmer le résultat. Ce test permet également de faire la déclaration sur la plateforme SI-DEP du ministère de la Santé, ce qui permet de valider son arrêt maladie ou son isolement pour l’employeur si cela est nécessaire, mais également d’obtenir un certificat de rétablissement au bout d’une semaine, permettant d’éviter  une vaccination inutile (une contamination comptant comme une dose).

Du côté du protocole sanitaire dans les écoles, un enfant dans une classe comptant un cas positif devra toujours faire trois tests : un test PCR ou antigénique, puis deux autotests à J + 2 et à J + 4. Si les trois sont négatifs,  l’élève peut rester en classe. Cette règle est établie depuis dimanche dernier par le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. Mais moins d’une semaine après son entrée en vigueur, un léger assouplissement vient d’être acté : si dans l’intervalle de sept jours, un autre enfant est testé positif, le cycle de dépistage de trois tests n’est pas relancé pour les autres élèves. « Le cycle de dépistage ne redémarre que si le second cas confirmé a eu des contacts avec les autres élèves après un délai de sept jours à la suite de l’identification du premier cas », précise désormais le protocole.

Pourquoi le protocole de tests est-il allégé en pleine vague épidémique ?

File d’attente de plusieurs heures devant les centres de dépistage, tensions, bug de la plateforme SI-DEP : la capacité de test en France arrive à saturation. De fait, alléger le protocole permet de tester plus de monde avec autant de tests. C’est particulièrement vrai pour l’abandon de la confirmation du test antigénique positif avec un test PCR. « Ces tests de confirmation représentaient 15 à 20 % des tests PCR, donc cela représente 15 à 20 % de créneaux de rendez-vous pour PCR de  «dépistage» en moins », note le biologiste Maxime Saul. Cette mesure a l’avantage de ne pas risquer de « libérer » des personnes positives et, note l’expert interrogé par 20 Minutes, cela n’isole que les personnes négatives faussement positives avec l’antigénique (un cas très rare).

Pour le protocole scolaire, la logique est la même : cela représente moins de tests à faire, donc plus de personnes pouvant se faire tester. Cela permet en plus de soulager le travail des enseignants et des parents, qui devaient vérifier ou effectuer des tests tous les jours ou presque avec l’ancien protocole du début de semaine. Le biologiste se montre néanmoins très sceptique, évoquant un « déni » : « Il y a probablement un péché d’orgueil avec le décompte des classes fermées, où on voit que le protocole évolue pour en fermer de moins en moins : d’abord au moindre cas, puis trois cas, puis sans limite désormais. »

Ce protocole est-il cohérent ?

Maxime Saul attaque sans détour : « C’est n’importe quoi. On ne teste pas au moment le plus important, le J + 5 ou J + 7, pic de probabilité d’être positif après un cas contact, et on demande de faire des autotests à J + 2 et J + 4, c’est-à-dire trop tôt. » Le biologiste rappelle que la Haute autorité de santé (HAS) recommandait un troisième test antigénique à J + 6, une période qui lui semble beaucoup plus approprié pour tester la positivité ou non des enfants cas-contact.

Proche de la population, le biologiste qui effectue lui-même de nombreux tests poursuit : « Les gens sont perdus avec les nouveaux protocoles. Ils ne remettent pas en cause les tests et ont même très bien compris l’intérêt de prévenir les cas contacts, même s’il y a une certaine lassitude concernant l’épidémie. »

Une épidémie de Covid-19 qui apparaît incontrôlable, avec plus de 200.000 cas par jour en moyenne. Et Maxime Saul de conclure : « Clairement, le gouvernement laisse filer le virus avec ces récents protocoles. Il ne le juge plus que sur les chiffres de réanimation, en faible progression actuellement. Cela nous prive de toute anticipation car il y a un effet d’entraînement qui fait que si les services de réanimation se remplissent, des mesures de freinages n’auront un impact que deux semaines encore plus tard. »