Coronavirus : Omicron déferle et les hospitalisations d’enfants augmentent, faut-il s’inquiéter ?

EPIDEMIE Le nombre d’hospitalisations d’enfants atteints par le Covid-19 atteint des records ces derniers jours en France

Oihana Gabriel
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Illustration d'un enfant hospitalisé pour Covid-19 en Russie.
Illustration d'un enfant hospitalisé pour Covid-19 en Russie. — Roman Sokolov/TASS/Sipa USA/SIPA
  • Les courbes des hospitalisations d’enfants pour Covid-19 augmentent fortement ces derniers jours.
  • Il n’y a pas qu’en France que ces signaux inquiètent : au Québec et aux Etats-Unis, des médecins alertent aussi sur des hausses d’hospitalisations.
  • Mais il faut nuancer ce constat : les urgences pédiatriques restent principalement occupées par des cas de bronchiolite et de grippe et le nombre d’enfants décédés, en réanimation ou hospitalisés pour cause de Covid-19 reste faible.

Y a-t-il péril en la demeure ? Si les dernières informations sur Omicron ont de quoi rassurer, avec des symptômes légers liés à ce variant, certaines données sur les plus jeunes alertent. En France, ces dernières semaines, les  hospitalisations d’enfants​ contaminés par le Covid-19 semblent augmenter. Voilà qui pourrait suggérer qu’Omicron n’est pas si inoffensif que ça… et que les enfants ne sont pas si épargnés par le Covid-19. Deux données importantes à l’heure où débute la vaccination des 5-11 ans.

Des informations peu rassurantes arrivent de l’étranger. Au Québec,  des pédiatres alertent sur les hospitalisations en hausse d’enfants atteints de Covid-19.   Aux Etats-Unis, le nombre d’hospitalisations des enfants entre le 21 et le 27 décembre a augmenté de 58 % au niveau national, contre 19 % pour la totalité de la population, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. Même constat du côté du Royaume-Uni, où le 31 décembre, 774 mineurs étaient admis à l’hôpital avec du Covid-19.


Et en France ?

Le 3 janvier, selon Santé Publique France, il y avait 264 enfants âgés de 0 et 9 ans hospitalisés pour Covid-19 en France. Ils étaient 164 le 28 décembre. Une hausse qui préoccupe certains médecins et chercheurs. En effet,  les courbes du data scientist Germain Forestier laissent peu de doutes.


« On n’arrête pas d’atteindre des records, souffle David Simard, docteur en philosophie de la médecine et de la santé à la faculté de santé de l’Université Paris Est-Créteil. La semaine de Noël, 254 enfants ont été admis à l’hôpital pour Covid-19, et le 3 janvier, 53 étaient en réanimation. On n’a jamais connu ça depuis mars 2020. Au maximum, 148 enfants étaient admis sur une semaine lors du pic de la 2e vague, et 132 lors de la 4e vague, en août. » Mardi, le ministre de la Santé, a indiqué que 64 étaient à présent en réanimation en France à cause d'une forme grave du Covid-19. « C'est deux fois plus que le maximum enregistré en novembre ou décembre avec 30 enfants un jour donné », a-t-il complété. 

« La situation est très sérieuse, d'autant que 80% des enfants hospitalisés n'ont pas de comorbidité selon l'étude Pandor », complète Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie et membre du collectif du  Côté de la Science, qui vient de publier un   nouvel article synthétique sur la vaccination des enfants. Pour lui, aucun doute, ces chiffres devraient encourager à vacciner les plus jeunes.

La faute d’Omicron ?

Est-ce la preuve qu’Omicron s’attaque davantage aux plus jeunes ? Impossible à dire, puisqu’on ignore si ces enfants sont infectés par le  variant Delta ou par Omicron. « On ne sait pas si ce variant est plus virulent sur les enfants, reprend David Simard. On constate, dans certains lieux où Omicron a pris le dessus, à New York, au Royaume-Uni, que les hospitalisations pédiatriques avec Covid augmentent sensiblement. Est-ce dû au variant, au fait que ce sont des populations très faiblement vaccinées, et qu’en parallèle, on allège les protocoles ? On n’est pas capable de le dire. » « Par ailleurs, pour pouvoir juger de la dangerosité d’un variant, il faut qu’il soit majoritaire et qu’on ait 3 à 5 semaines de recul, complète Eric Billy. En France, on ne les a pas. » Les données venues d’Afrique du Sud, elles, ne montraient pas plus de cas graves chez les enfants… « Mais ils étaient en vacances et en été », nuance-t-il.

Pour ces deux chercheurs, la question du variant n’est pas essentielle. « Même si Omicron ne change rien pour les enfants, il est extrêmement contagieux et on ne fait pas assez pour freiner la circulation, regrette David Simard. Même s’il y a peu de cas graves, avec une augmentation massive des infections, le nombre de cas graves va mathématiquement augmenter. Je ne comprends pas qu’actuellement, on allège les protocoles à l’école, on ne fasse rien sur les cantines… »

Une maladie qui tue très peu les enfants

Comme souvent depuis le début de la crise, la fragilité des enfants face au coronavirus suscite énormément de désaccords entre médecins… Fabienne Kochert, pédiatre et présidente de l’  Association française de pédiatre ambulatoire (AFPA), remet en perspective cette alerte. « Les admissions en soins critiques des enfants pour Covid-19 montent, c’est vrai. Mais elles restent à un niveau assez bas. Quand vous regardez la courbe avec tous les âges, les 0-9 ans, c’est le rase-mottes depuis le 30 mars 2020. »

On reste en effet sur des proportions très faibles d’enfants qui développent un Covid grave. « Treize enfants sont morts du Covid-19 depuis mars 2020, reprend Eric Billy. Ce n’est pas un problème jusqu’à ce qu’on soit concerné ! » « Les enfants ne décèdent pratiquement pas du Covid-19, assure David Simard. Le problème, c’est qu’on compare avec d’autres tranches d’âge. Par rapport aux plus de 60 ans, les volumes d’hospitalisations et de décès sont négligeables. Il faut regarder l’évolution de l’épidémie au sein de cette tranche d’âge. Il y a un impact sur les enfants des décisions qu’on prend. »

Par ailleurs, le dernier bulletin de Santé Publique Frence dévoile que 1.600 enfants étaient hospitalisés pour une bronchiolite sur une semaine fin décembre. Six fois plus, donc, que pour un Covid. « Mais les bronchiolites peuvent être dues à plusieurs virus, dont le SARS-CoV-2 », nuance David Simard, également membre de Du Côté de la Science.

Hospitalisés pour ou avec Covid-19 ?

Les urgences pédiatriques risquent-elles de déborder de cas de Covid-19 ? En Ile-de-France, les données sont nuancées : « chez les 2-14 ans, l’activité hospitalière est en baisse de plus de 10% aussi bien pour les passages que les hospitalisations, en lien très probable avec les vacances scolaires», souligne l'Agence régionale de santé. Mais les pédiatres regardent avec attention l’« augmentation de la part du Covid-19 dans les passages aux urgences (0,6% des passages pédiatriques il y a 10 jours et 3,2% actuellement) » ainsi que l’augmentation des hospitalisations pour Covid-19, « surtout chez les moins de 5 ans y compris en soins critiques ».

« Lorsqu’on échange avec des responsables d’urgences pédiatriques, on ne sent pas un frémissement des admissions pour Covid, ni pour les PIMS, le syndrome le plus grave après une infection au SARS-CoV-2 », contredit Fabienne Kochert. Reste une question essentielle : ces enfants sont-ils hospitalisés à cause du Covid-19 ou sont-ils contaminés, mais traités pour une pathologie ? « Ces données ne sont pas très claires, regrette la pédiatre. Les co-infections peuvent être comptabilisées dans les chiffres, par exemple un enfant qui souffrirait d’une grippe et d’un Covid. J’ai travaillé toue la période des fêtes, et j’ai vu plus de grippe que de Covid chez les enfants… »

Même écho du côté des urgences pédiatriques de Nantes. « On a davantage de patients hospitalisés avec Covid-19 qu’avant, explique Bénédicte Vrignaud, cheffe des urgences pédiatriques du CHU de Nantes. Mais on n’a pas l’impression d’avoir plus de cas graves de Covid, et la bronchiolite et la grippe entraînent plus d’hospitalisations que le coronavirus. Parfois, on va hospitaliser un enfant pour une gastro ou une fracture, on fait un test Covid pour mieux organiser et isoler, et il revient positif. » Reste qu’entre toutes les épidémies hivernales et la déferlante Omicron, la pression n’a pas fini de peser sur les urgences pédiatriques.