Coronavirus : Se tester a-t-il encore un sens avec 300.000 cas par jour ?

EPIDEMIE Le contact-tracing semble impossible face à une telle circulation du virus, remettant en question l’intérêt de l’abondance de test

Jean-Loup Delmas
— 
Se faire tester a-t-il encore un sens dans une France à 200.000 cas par jour ?
Se faire tester a-t-il encore un sens dans une France à 200.000 cas par jour ? — BERTRAND GUAY / AFP
  • La France compte plus de 200.000 cas de coronavirus en France en moyenne, un chiffre qui ne cesse d’augmenter.
  • Les tests suivent pour le moment cette flambée record, mais les limites commencent à être atteintes, prévient notamment la Haute Autorité de santé.
  • Le dépistage est-il encore utile face à une vague si forte et si massive de nouveaux cas ?

La France tourne à plus de 200.000 cas de coronavirus par jour en moyenne, et n’est pas loin des 300.000 cas ce mardi, selon le ministre de la Santé  Olivier Véran. Des contaminations records qui engendrent un volume de test qui l’est tout autant. La semaine précédent  Noël, ce sont ainsi près de 7,3 millions de tests – PCR ou antigéniques – qui ont été effectués par les Français,  auxquels il faut rajouter six millions d’autotests. Jamais, le taux de positivité n’avait été aussi élevé, montrant une circulation particulièrement active du virus.

En cause : le variant Omicron, désormais majoritaire en France, et dont toutes les études tendent à montrer qu’il est largement plus contagieux que les précédentes souches. Si bien que ces chiffres vertigineux pourraient, selon Olivier Véran, encore progresser. Le nombre de contaminations « va continuer à augmenter dans les prochains jours, a prédit le ministre de la Santé au micro de France Inter ce mardi matin. La circulation d’Omicron est très élevée, et elle l’est sur toute la planète. On n’a jamais enregistré autant de contaminations de par le monde. » Dès lors, face à une telle déferlante, se tester a-t-il encore un intérêt ? C’est en tout cas la question que se posent de nombreux professionnels.

Comment tracer une telle épidémie ?

Avec une telle flambée épidémique, la stratégie de traçage/isolement des cas contacts semble en effet quasiment impossible à tenir. Au sortir de la première vague, le ministre de la Santé estimait que cette politique était pertinente en dessous de 5.000 cas par jour… soit 40 fois moins qu’actuellement. « Un examen a du sens s’il peut être fait dans les temps et si la réponse de cet examen influe sur la conduite à tenir », abonde le biologiste Jérôme Grosjean. Or, obtenir un rendez-vous pour se faire dépister est de plus en plus difficile en raison de la saturation des laboratoires et des pharmacies. « Beaucoup baissent les bras » devant des heures et des heures de queue pour un test, reconnaît le biologiste.

Lui, plaide pour le pragmatisme : si on est symptomatique, inutile d’être positif pour prendre ses précautions, éviter les sorties, les contacts : « Si on est malade, quel que soit le virus et le résultat d’un test, il faut se protéger et protéger les autres », plaide le scientifique. Mais le problème du Covid-19, et cela ne vous aura pas échappé en presque deux années de pandémie (et oui, le temps passe), est que de nombreuses personnes sont contagieuses tout en étant asymptomatiques. D’où la politique de contact-tracing mise en place à l’époque par le gouvernement. Mais face à l’explosion de cas, comment gérer tous les cas-contacts ?

Le bon sens plutôt que les tests

Désormais, que faire quand on est dans cette situation ? Dans l’absolu, s’isoler – quand cela est possible – semble être évidemment la plus sage des décisions. « Mais cela serait intenable notamment pour le fonctionnement normal de la société », admet le virologue Yannick Simonin, au vu du nombre de métiers ne permettant pas le télétravail. « La période d’infection du  variant Omicron semble néanmoins réduite », rajoute-t-il, synonyme d’un isolement potentiellement moins long. L’idéal étant de s’auto-isoler et de faire le test après les cinq jours réglementaires d’isolement en cas d’absence de symptômes, « quitte à faire un autotest faute de choix », indique Jérôme Grosjean.

Même le concept de cas contact, à 200.000 cas par jour, devient un peu flou. Imaginons que vous êtes à Paris. Au moindre lieu contenant plus de 20 personnes (soit l’écrasante majorité des bars, des restaurants, etc.), vous avez 66 % d’être en compagnie d’une personne positive, et donc d’être cas contact. Un pourcentage qui monte à 93 % pour les évènements de plus de 50 personnes. Dans ce cas-là, dans tous les départements français, les chances d’être en compagnie d’au moins une personne positive sont supérieures à 50 %. Vous pouvez bien sûr éviter ce genre de grand rendez-vous. Mais toujours à Paris, sachez que la moindre rencontre entre deux personnes entre 20 et 29 ans a 17 % de chance de contenir une personne positive. Avec une telle  circulation épidémique, la population est sans cesse en contact avec le virus.

La question risque, de toute façon, de ne même plus se poser. Dans l'avis du 2 décembre de la Haute Autorité de santé portant sur les autotests, cette dernière reconnaît l’incapacité de l’offre des tests classiques (PCR et antigénique) à suivre la demande : « Les capacités de réalisation des tests virologiques réalisés par les professionnels habilités à le faire ne seront pas suffisantes pour couvrir la totalité du besoin de détection chez les personnes contacts ». Des tests en pagaille qui ont en plus un coût énorme. Selon Les Echos, la trentaine de millions de tests réalisés en décembre, dont 28 millions remboursés, aura coûté à  la Sécurité sociale un milliard d’euros.

De la nécessité de la vaccination

Pour autant, nuance Yannick Simonin, même avec autant de cas par jour, « les tests peuvent contribuer à limiter la vague actuelle et l’impact hospitalier associé même si cela ne va pas stopper l’épidémie ». On peut également réserver les tests préventifs à des évènements particuliers, par exemple des rencontres intergénérationnelles ou avec des proches souffrants de comorbidités. Cette déferlante doit surtout convaincre d’une chose : « Il faut que toutes les personnes à risque de réanimation, en gros les plus de 40 ans ou/et avec comorbidités, se fassent vacciner pour arrêter de faire porter à tous ce fardeau d’en contaminer gravement quelques-uns », plaide Jérôme Grosjean. Actuellement, les chances de croiser le virus sont immenses, autant s’arranger pour ne pas le découvrir par une intubation.