Coronavirus : Le cocktail contaminations records à l’Omicron et vaccination nous mènera-t-il à l’immunité collective ?

LUMIERE AU BOUT DU TUNNEL Pour le ministre de la Santé Olivier Véran, entre les contaminations records provoquées par le variant Omicron et la vaccination anti-Covid, cette cinquième vague pourrait peut-être être la dernière

Anissa Boumediene
Avec plus de 200.000 contaminations quotidiennes en France, le variant Omicron permettra-t-il d'atteindre l'immunité collective contre le coronavirus?
Avec plus de 200.000 contaminations quotidiennes en France, le variant Omicron permettra-t-il d'atteindre l'immunité collective contre le coronavirus? — Lionel Urman/SIPA
  • Quelques semaines après sa découverte en Afrique du Sud, le variant Omicron est majoritaire dans de nombreux pays dont la France, où il a entraîné une flambée record des contaminations.
  • Avec plus de 200.000 cas quotidiens, « peut-être que cette vague nous permettra d’acquérir une forme d’immunité », a avancé lundi le ministre de la Santé, Olivier Véran.
  • Maintes fois espérée, l’immunité collective peut-elle être atteinte grâce à ce variant si contagieux et à la progression de la couverture vaccinale ?

Demain, tous immunisés contre le Covid-19 ? Alors qu’en quelques semaines à peine,  le variant Omicron s’est imposé dans l’Hexagone, sa très haute contagiosité associée à une plus faible dangerosité relance l’hypothèse, voire l’espoir, d’atteindre une immunité collective contre le  coronavirus. « Peut-être est-ce le dernier variant, peut-être est-ce la dernière vague, peut-être que cette vague nous permettra d’acquérir une forme d’immunité ? », s’est interrogé lundi le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur France Inter.

Et si le cocktail Omicron et vaccination anti-Covid permettait de reléguer le coronavirus au rang de petit virus saisonnier semblable au rhume ? Espoir fou ou hypothèse tangible ?

Virus en circulation et chiffres records

Côté chiffres, ce nouveau variant a changé la donne. Le 23 novembre, alors que la France enregistre un pic de contaminations avec plus de 30.000 cas recensés, Omicron est mis au jour par des chercheurs sud-africains et entame sa progression fulgurante à travers le globe. Le premier cas est détecté en France métropolitaine le 2 décembre, et moins de trois semaines plus tard, modélisations à l’appui, Olivier Véran prédit que l'« on dépassera très vraisemblablement les  100.000 contaminations par jour d’ici à la fin du mois ». Des chiffres en deçà de la réalité : le 29 décembre,  le seuil des 200.000 cas est franchi pour la première fois, avec plus de 208.000 contaminations enregistrées en 24 heures, et franchi quotidiennement depuis. Le ministre de la Santé évoquait même ce mardi près de 300.000 cas recensés.

Et si de nouveaux protocoles sanitaires sont mis en place dans les écoles et en entreprise et que le port du masque est de nouveau  obligatoire en extérieur sur une large partie du territoire, aucune restriction supplémentaire n’a été décrétée. « Le choix qui a été fait, c’est de laisser circuler le virus », a estimé dimanche l’infectiologue Eric Caumes.

L’exécutif préfère miser sur le renforcement de la vaccination, avec l’examen depuis lundi à l’Assemblée du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal. La mesure,  annoncée le 17 décembre par  Jean Castex, pourrait entrer en vigueur dès le 15 janvier, à condition que la  suspension surprise des débats lundi soir n’entraîne de retard de calendrier. En attendant, l’annonce a poussé quelques poignées de réfractaires à finalement sauter le pas de la vaccination. Le 29 décembre, 48.535 personnes ont ainsi reçu leur première dose, alors que dans le même temps, la campagne pour la dose de rappel suit son cours.

Immunisés « par la vaccination, par l’infection, ou les deux »

Contaminations records et progression de la couverture vaccinale : pour Olivier Véran, ce combo pourrait donc enfin permettre d’atteindre l’immunité collective. « Vu le taux de contamination dans notre pays et d’ailleurs sur la planète, il est probable que nous ayons tous acquis une forme d’immunité ou par la vaccination, ou par l’infection, ou les deux », a estimé Olivier Véran sur France Inter.

Un optimisme prudent partagé par nombre d’experts. « On est peut-être dans un moment de bascule : on a eu jusqu’à présent un virus très agressif et transmissible, et qui s’est transformé en un virus moins agressif, plus transmissible mais qui progressivement ressemble de plus en plus à nos virus saisonniers », a résumé le Pr Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon et membre du Conseil scientifique, lundi sur franceinfo.

Et les données disponibles sur cette souche aujourd’hui majoritaire sont plutôt rassurantes. « Il y a trois fois moins de formes graves de la maladie avec Omicron qu’avec Delta », a précisé Olivier Véran, citant les conclusions d’une étude menées par les autorités sanitaires britanniques. Avec ce nouveau variant, « peut-être qu’on assiste à un début d’évolution vers un virus plus banal comme on en connaît d’autres », a renchéri lundi sur BFMTV le Pr Alain Fischer, le « Monsieur vaccin » du gouvernement français. « A terme, il y a de l’espoir », et « le Sars-CoV-2 rejoindra les autres coronavirus saisonniers humains qui nous donnent des rhumes et des angines chaque hiver », a abondé ce week-end l’épidémiologiste Arnaud Fontanet.

« Nous n’y sommes pas encore »

Mais « nous n’y sommes pas encore, a tempéré l’épidémiologiste. On peut s’attendre à ce que de nouveaux variants émergent. Mais notre immunité se renforçant avec le temps, soit par infection naturelle, soit avec des doses de rappel du vaccin, leur capacité à donner des formes sévères va diminuer », a-t-il dit, ajoutant que le pic du nombre de cas de Covid-19 « devrait culminer mi-janvier ».

Or, face à un virus certes moins virulent mais hautement plus transmissible, les conséquences pourraient être graves sur le plan collectif. Pour le Pr Eric Caumes, le gouvernement a pris « un pari très risqué. On est dans l’espérance, pas la réalité », a-t-il poursuivi, redoutant que la flambée des contaminations n’envoie de nombreuses personnes non vaccinées dans des hôpitaux déjà « à genoux ». Ainsi, « un variant dix fois plus contagieux, même si sa pathogénicité est moindre, n’est pas un variant bénin », a tempéré le Pr Carine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, lundi sur France 5.

Et pour l’heure, on ignore encore quand cette immunité collective pourrait se matérialiser. Cela pourrait ne se produire que dans « une ou deux prochaines années », « en répétant les vaccins et en conservant le masque et la distanciation sociale pour les plus vulnérables », a tablé récemment le Dr Julian Tang, virologue et professeur à l’université de Leicester, cité par l’organisme britannique Science Media Centre.

Une pandémie « largement imprévisible »

Avant de crier victoire, reste à savoir si un nouveau variant pourrait une fois de plus changer la donne. Aujourd’hui majoritaire en France, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, la souche Omicron était inconnue de tous il y a six semaines. En outre, le très faible taux de vaccination dans les pays les plus pauvres du globe, à l’instar de l’Afrique du Sud,  d’où ont émergé deux variants préoccupants depuis le début de la pandémie, appelle à modérer les prévisions les plus enthousiastes. « Il est impossible de sortir de la pandémie tant que la planète entière n’est pas vaccinée », prévient le Dr Benjamin Davido, infectiologue et médecin référent de crise Covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

« Si l’on veut commencer à retenir les leçons du passé récent de cette pandémie, rappelons-nous qu’elle est largement imprévisible », souligne l’épidémiologiste Antoine Flahault, pour qui le concept d’immunité collective est « purement théorique ». Et s’il semble que « l’immunité vaccinale protège efficacement contre les formes graves de la maladie », ainsi que « l’immunité acquise naturellement par des antécédents d’infection par le coronavirus, rien de tout cela n’est complètement clair ». Pour lui, tous les scénarios restent donc sur la table : du plus optimiste au plus pessimiste.