Coronavirus : Quels problèmes pose le recours massif aux autotests ?

EPIDEMIE Les autotests s’arrachent en ce début d’année. Mais est-ce nécessairement une bonne chose ?

Jean-Loup Delmas
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Les autotests arrivent en masse sur le marché français
Les autotests arrivent en masse sur le marché français — FREDERICK FLORIN / AFP
  • Les autotests s’écoulent par million chaque semaine depuis la fin décembre.
  • Une utilisation massive qui va probablement encore augmenter avec le nouveau protocole sanitaire dans les écoles et la progression prévisible des cas contacts.
  • Mais leur fiabilité dépend de la façon dont ils sont réalisés.

Bien plus que le champagne ou la galette des rois, les autotests sont le produit à la mode en ce début d’année chargée de  coronavirus. Rapides et pouvant être stockés pour être utilisés chez soi, contrairement aux   tests antigéniques ou PCR (réalisables uniquement dans des centres de dépistages, les hôpitaux ou les pharmacies), les autotests se vendent comme des petits pains.

Pourtant, cette utilisation massive n’est pas sans poser question pour ce mois de janvier. 20 Minutes fait le point.

Les autotests sont-ils fiables ?

Des trois types de test proposés – PCR, antigénique et autotest –, ces derniers sont les moins fiables, prévient tout de suite Sébastien Hantz, professeur en virologie à l’université de Limoges. Le PCR a une « efficacité de référence, même s’il laisse passer quelques faux négatifs. Pour un antigénique, on considère la fiabilité à 80 % environ », note l’expert.

Et pour l’autotest ? Les études sont difficiles à mener là-dessus, tant cela dépend aussi de la manière dont le prélèvement est réalisé. Or, l’autotest se faisant seul, et non avec un professionnel de santé, « il est quasi-impossible de savoir concrètement le nombre de faux négatifs qu’il laisse passer », poursuit Sébastien Hantz. D’autant plus que le prélèvement est fortement désagréable : il nécessite de s’insérer un écouvillon sur 2 à 3 centimètres de profondeur dans la narine, pouvant amener des douleurs. Ce qui peut entraîner la tentation de ne pas l’insérer loin dans la narine, d'où une efficacité réduite. En outre, pour un test PCR nasopharyngé, le bâtonnet est inséré beaucoup plus profondément dans le nez et permet de prélever une quantité de virus plus grande. Une chose est sûre donc, même avec une méthode parfaite, « l’autotest reste le test le moins fiable », conclut le virologue.

« C'est mieux que rien, mais il faut garder à l’esprit qu’on peut tout à fait être négatif avec lui et positif au coronavirus. On peut donc avoir beaucoup de faux négatifs qui se baladent avec un faux sentiment de sécurité », s’inquiète le virologue.

Y aura-t-il des stocks suffisants d’autotests ?

La semaine de Noël, 58 % des pharmacies étaient en rupture de stock, indiquait le porte-parole de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officines Gilles Bonnefond  à nos collègues du JDD. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, évoquait lui six millions d’autotests réalisés les jours précédents Noël, soit presque autant que le nombre de test antigénique et PCR sur la même période : 7,3 millions.

Pierre-Olivier Variot, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine, s’attend à une demande encore massive les prochains jours : « Au moins pour cette semaine, le temps que l’effet 31 décembre se termine et que les cas contacts des soirées se testent. Ensuite, c’est plus imprévisible. »

Mais la demande pourrait durer encore plus longtemps. Selon l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, le pic de cas pourrait avoir lieu à la mi-janvier. Encore plus de cas sont donc à venir les prochains jours – la France en est à déjà 160.000 cas quotidien en moyenne sur la semaine écoulée –, soit encore plus de cas contacts et donc encore plus de tests. « On s’attend à vendre trois millions d’autotests par semaine d’ici le 15 janvier », confirme Philippe Besset, président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France, contre environ deux fois moins lors de la semaine précédente.

Tous les syndicats contactés sont unanimes : « normalement », le stock devrait suivre, car de grosses commandes ont été passées en prévision. « A condition toutefois que la grande distribution n’achète pas tous les stocks », précise Pierre-Olivier Variot. En plus des pharmacies, la grande distribution peut vendre des autotests jusqu’au 31 janvier, afin de faciliter leur achat

Et avec le nouveau protocole des écoles ?

Philippe Besset le reconnaît : ce calcul de trois millions d’autotests hebdomadaires datait d’avant le nouveau protocole sanitaire dans les écoles, décrété ce dimanche par le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer. A partir de ce lundi, tous les enfants d’une classe avec un cas positif doivent réaliser un test PCR ou antigénique, comme c’était déjà le cas, mais également deux autres à J + 2 et J + 4, offerts gratuitement en  pharmacie. « Cela pourrait créer des tensions, surtout en première semaine. Après on devrait savoir s’adapter », espère Philippe Besset.

Pierre-Olivier Variot se veut lui aussi rassurant : « Les pharmaciens sont prêts et si les stocks suivent, ce que le gouvernement a promis, il ne devrait pas y avoir de souci. Notre profession répondra présente, comme à chaque fois. »