Coronavirus : Pourquoi « une désorganisation de la société » est-elle redoutée en janvier ?

EPIDEMIE Face au variant Omicron et son nombre de cas exponentiel, de nombreux secteurs professionnels français pourraient être mis à mal

Jean-Loup Delmas
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Le nombre de cas trop importants en France pourrait conduire le pays dans de sévères retranchements
Le nombre de cas trop importants en France pourrait conduire le pays dans de sévères retranchements — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Alors que la France connaît des records de nouveaux cas chaque jour pendant les fêtes, le pire est sans doute à venir pour janvier.
  • La vague épidémique est si haute qu’elle pourrait, en effet, mettre trop d’employés en isolement, rendant impossible certaines activités professionnelles.
  • Face à ce risque, certaines largesses pourraient être prise sur les consignes d’isolement afin de continuer à faire tourner le pays.

Dans quel état la France va-t-elle traverser le mois de janvier ? On ne parle même pas ici des classiques risques de saturation des hôpitaux ou des capacités en lits des services de réanimation face au coronavirus. La crise, en raison du  variant Omicron, toucherait bien au-delà du secteur sanitaire. Le Conseil scientifique s’inquiétait en effet, jeudi,  « d’une désorganisation possible d’un certain nombre de services essentiels » en janvier, à cause de « l’absentéisme » et des « arrêts de travail » dus au « très grand nombre de contaminations à Omicron ».

Les cas grimpent très vite, du fait de l’extrême virulence de ce variant, encore plus contagieux que Delta. La France compte ainsi  en moyenne plus de 60.000 cas par jour cette semaine, record absolu. Le ministre de la Santé  Olivier Véran s’attend à voir la barre des 100.000 cas par jour franchie d’ici la fin d’année, tandis que l’épidémiologiste Arnaud Fontanet estime qu’il y aura « plusieurs centaines de milliers de cas » par jour courant janvier.

Manque de personnel partout, solution nulle part

Devant ces prévisions apocalyptiques, la France risque d’être confrontée à un gros souci : 100.000 cas par jour, c’est potentiellement 700.000 travailleurs sur le carreau chaque semaine. Certes, tous les cas ne sont pas symptomatiques et n’entraînent pas une incapacité totale de  travailler, mais tous les salariés ne peuvent pas exercer en télétravail. Ce travail en présentiel ne concerne pas seulement des soignants mais aussi des enseignants, des routiers, des policiers, des militaires, des caissières, etc, liste l’épidémiologiste Mahmoud Zureik interrogé par 20 Minutes.

Voilà pour une grosse part de la « désorganisation de la société ». Mais un autre énorme problème s’ajoute, celui des cas contacts. Pour le moment, le protocole sanitaire est clair : positif ou non, vacciné ou non, un cas contact du variant Omicron doit s’isoler sept jours, et dix jours supplémentaires s’il partage le même foyer que le cas positif. En moyenne, chaque cas positif entraîne dix cas contacts,  selon l'épidémiologiste Antoine Flahault. Avec 100.000 cas quotidiens, cela donne un million de Français et Françaises qui s’isolent pour une semaine minimum chaque jour. En quelques jours seulement, le pays serait à l’arrêt, presque involontairement confiné.

Vers des aménagements de protocole

Pour cette raison, il est peu probable que le protocole des cas contacts reste comme tel. Jeudi, Olivier Véran a ainsi indiqué que « les règles évolueront probablement » pour « éviter tout phénomène de paralysie dans le pays. » En ce qui concerne les soignants et autres professions essentielles, certains pourraient être amenés à continuer de travailler même s’ils ont été confirmés comme étant cas contacts, a précisé le ministre.

Serait-ce suffisant ou faut-il lever l’isolement des cas contacts pour tous les triples vaccinés, de plus en plus nombreux en France [plus de 19 millions de personnes ont fait leur dose de rappel] ? La réponse est loin d’être simple. « Le dilemme, c’est que plus on assouplit le protocole, moins on s’isole, plus il y a de contaminations. C’est donc enlever un problème pour le remplacer par un autre », déplore Mahmoud Zureik.

Dilemme insolvable

Maxime Gignon, chef du pôle Préventions, risques, information médicale et épidémiologie au CHU d’Amiens-Picardie, soulève la vraie question qui se pose : « Jusqu’où sommes-nous prêts à aller en misant sur une non contamination ? ». « Cela remet la notion d’acceptation du risque au centre des décisions », avance notre expert. Le praticien hospitalier note également qu’il est actuellement difficile de savoir quel est le pourcentage de risque d’être contaminé quand on est cas contact mais qu’on a respecté les gestes barrières et reçu une triple dose. Des études sont en cours et devraient permettre de rapidement en savoir plus. « Les résultats préliminaires d’études britanniques sur le terrain montrent qu’une vaccination avec deux doses protège de la contamination à seulement 20-30 %, et à 70-75 % avec la dose de rappel en plus », précise Mahmoud Zureik.

Une protection qui pourrait être jugée suffisante pour lever le protocole de cas contact pour les triples vaccinés ? Là encore, même si les résultats britanniques sont confirmés, restera un mystère : combien dure la protection enclenchée par la troisième dose ? Quelques semaines, quelques mois, plus ? Difficile de trancher, et retour au dilemme initial : « Est-ce qu’on assouplit les règles avec le risque d’avoir plus de contaminations ou est-ce qu’on maintient les règles en prenant le risque que le pays ne tourne plus ? », résume Mahmoud Zureik.

Pas de cas contact, problème quand même

A supposer que la France lève l’isolement des cas contacts, entraînant logiquement une hausse des cas déjà en pleine explosion, pas certain que le pays puisse tourner à plein régime. « Quoi que l’on décide, on s’oriente vers des semaines très tendues sur plusieurs secteurs essentiels », déplore Maxime Gignon.

Selon Mahmoud Zureik, il n’est pas impossible, faute d’effectifs, que les soignants « positifs au coronavirus mais asymptomatiques doivent continuer à exercer en respectant strictement les gestes barrières et en portant des masques FFP2 ». Une décision prise dès ce Noël par  l’AP-HP de Paris-Saclay qui propose que les soignants positifs, asymptomatiques et volontaires continuent de travailler pour pallier le manque d’effectif. Nous ne sommes que fin décembre et, en janvier, l’exécutif pourrait donc être poussé à faire un choix face à la hausse exponentielle des cas. Ou ce, dès ce 27 décembre, alors que l’Elysée vient d’annoncer qu’Emmanuel Macron allait tenir ce jour-là un nouveau Conseil de défense sanitaire.