Coronavirus à Lyon : Le géant de l’homéopathie Boiron a « transformé » son offre pour devenir le leader des autotests

ADAPTATION Touchés en 2019 par l’annonce du déremboursement des médicaments homéopathiques, les laboratoires Boiron investissent depuis huit mois dans l’assemblage d’autotests Covid-19

Jérémy Laugier
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Depuis le début du mois, le personnel de Boiron participe massivement à l'assemblage des autotests conçus et fabriqués par le laboratoire partenaire NG Biotech.
Depuis le début du mois, le personnel de Boiron participe massivement à l'assemblage des autotests conçus et fabriqués par le laboratoire partenaire NG Biotech. — Anaïs Linsolas
  • Les laboratoires Boiron, qui se situent dans la région lyonnaise, sont considérés comme le leader mondial de l’homéopathie.
  • Face aux « attaques » du gouvernement d’Edouard Philippe, avec l’annonce en 2019 du déremboursement des médicaments homéopathiques, Boiron a opté pour « de nouveaux axes de diversification ».
  • Parmi eux, l’accent a été mis sur les autotests Covid-19, avec plus de 200.000 boîtes vendues chaque jour aux officines françaises.

Ce n’est pas commun de découvrir des salariés de la comptabilité ou du marketing assembler eux-mêmes des boîtes d’autotests Covid-19. Au vu de la période « à flux tendus » depuis début décembre,   les laboratoires Boiron ont pourtant bien décidé de mobiliser leurs équipes sur le site de production de Messimy ( Rhône). Avec ce dispositif inédit, 30.000 tests supplémentaires peuvent être prêts chaque jour en vue des fêtes de fin d’année.

Oui, on parle du leader mondial de l’homéopathie, historiquement implanté dans la région lyonnaise. « Quand la crise sanitaire est arrivée en mars 2020, on était déjà en pleine crise de notre côté avec l’annonce du déremboursement de nos médicaments, rappelle Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de Boiron. Nous avons été fortement attaqués depuis 2019 par notre gouvernement et notamment par Mme Buzyn. Je me suis alors dit qu’il fallait qu’on aide la santé publique en France ainsi que notre entreprise. »

Les boîtes Ninonasal contenant cinq tests nasaux sont commercialisés autour de 24 euros en pharmacie.
Les boîtes Ninonasal contenant cinq tests nasaux sont commercialisés autour de 24 euros en pharmacie. - Anaïs Linsolas

Les autotests représentent 5 % du chiffre d’affaires de Boiron

Grâce à un partenariat avec une start-up bretonne de tests, NG Biotech, les laboratoires Boiron estiment être devenus sur les huit derniers mois « le premier vendeur d’autotests en officine en France, avec 33 % du marché ». De quoi espérer se relever d’un « plan social très douloureux au niveau humain et financier », comme le qualifie Valérie Lorentz-Poinsot. Plus de 500 personnes [passage de 2.300 à 1.800 salariés] ont dû quitter ce groupe international, qui a fermé 13 établissements depuis deux ans, dont le site industriel de Montrichard (Loir-et-Cher) lundi.

Les autotests Covid-19 n’ont beau représenter que 5 % du chiffre d’affaires de Boiron, tout comme les nouveautés type extraits de plantes, compléments alimentaires et cosmétiques, ils symbolisent un certain élan d’optimisme en marge de cette problématique de fin de remboursement par la Sécurité sociale des traitements homéopathiques.

« On sent que les Français restent très attachés à l’homéopathie »

Dès mars 2020, les laboratoires Boiron, qui ont vu leur chiffre d’affaires chuter de 604 millions à 514 millions d’euros entre 2018 et 2020, se sont mis à fabriquer à Messimy du gel hydroalcoolique afin d’en équiper l’Etablissement français du sang (EFS). Depuis avril 2021, ils se sont davantage orientés sur la vente aux pharmaciens de tests antigéniques nasopharyngés et donc sur des autotests grand public, avec plus de 200.000 boîtes vendues chaque jour aux officines françaises. « Les autotests ont gagné en efficacité, avec une fiabilité de l’ordre de 98 % aujourd’hui, et ils se sont démocratisés avec cette cinquième vague », indique Valérie Lorentz-Poinsot.

L’homéopathie reste bien entendu « le cœur de cible » de Boiron, avec comme nouveautés un sirop pour la toux, un produit bébé et un médicament destiné aux gens soucieux des effets secondaires de la vaccination. Mais le groupe lyonnais a ouvert ses perspectives, en se penchant également sur le cannabis thérapeutique. « Face au contexte qu’on a vécu, on a dû un peu se transformer en trouvant de nouveaux axes de diversification, confie la directrice générale de Boiron. Mais en même temps, on sent que les Français restent très attachés à l’homéopathie. » Tout comme à l’idée de limiter les risques d’un cluster familial lors de leurs repas de Noël.