Coronavirus : Avec Omicron, de l'embrasement au « miracle de Noël » ?

EPIDEMIE En France, les nombres de cas de Covid-19 et de patients en réanimation commencent à se décorréler fortement

Jean-Loup Delmas
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Côté optimiste, Omicron semble moins virulent que Delta. Côté pessimiste, sa propagation pourrait saturer les hôpitaux.
Côté optimiste, Omicron semble moins virulent que Delta. Côté pessimiste, sa propagation pourrait saturer les hôpitaux. — MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
  • En France, les nombres d’hospitalisations et de personnes en réanimation stagnent, contrairement au nombre de cas, qui s’envolent.
  • Une décorrélation qui laisse enfin espérer une bonne nouvelle face à cette épidémie. Pile pour Noël, en plus.
  • Mais avec le coronavirus, on le sait maintenant : il faut toujours se méfier.

Assiste-t-on à un véritable miracle de Noël ? En France, alors que les contaminations au   coronavirus explosent - plus de 72.000 nouveaux cas mardi, 15 % de plus que la semaine dernière –, les hospitalisations (1.239 en moyenne par jour sur la semaine, 5 % de plus qu’il y a une semaine), et surtout les réanimations (257 admissions en soins critiques par jour en moyenne sur la semaine, hausse de… 0 % par rapport à il y a sept jours) stagnent.

Une décorrélation atypique dans l’histoire de l’épidémie en France. Est-ce l’espoir d’une sortie de crise, ou le calme avant la tempête ? 20 Minutes fait le point.

Une telle décorrélation est-elle normale ?

Il existe un décalage classique, de plusieurs semaines, entre la hausse du nombre de cas et celle des hospitalisations puis des réanimations. Compter environ une semaine à dix jours pour que la hausse des cas se traduise par une hausse des hospitalisations, et environ la même durée pour que la hausse des réanimations arrive. Seulement voilà, les cas ne cessent d’augmenter depuis des semaines, et la seule explication de l’intervalle temporel ne tient plus.

« C’est un phénomène assez inédit, mais il ne faut pas oublier qu’il est très difficile de comparer les périodes », prévient d’emblée le docteur Franck Clarot. Pas la même couverture vaccinale, pas la même immunité dans la population… Un phénomène assez semblable a pourtant eu lieu lors de la quatrième vague cet été, avec un fort écart entre les cas et le nombre d’hospitalisations et de réanimations, probablement dû au vaccin. Mais là encore, la comparaison touche vite ses limites : « C’était l’été, on vivait dehors », note Franck Clarot.  Une vie en extérieure bien moins propice aux contaminations , soit une preuve supplémentaire de l’« exploit » de ce mois de décembre, qui fait la part belle aux lieux clos.

Yannick Simonin, virologue à l’université de Montpellier, avance une explication : certes, les cas sont en hausse, mais l’incidence baisse chez les plus de 65 ans, la population risquant le plus d’être hospitalisée voire d’être admise en réanimation. Ces seniors représentent 70 % des hospitalisations et 50 % des soins critiques depuis le début de la crise, selon Santé Publique France. Et leur incidence en baisse serait due, selon le virologue, à  la fameuse dose de rappel : « Cette catégorie de la population est celle ayant la meilleure couverture vaccinale : 65 % ont déjà reçu leur dose de rappel, qui réduit fortement les risques d’hospitalisation et d’entrée en réanimation. »

Omicron joue-t-il un rôle dans cette décorrélation ?

L’augmentation des cas en France est notamment portée par le variant Omicron, qui en représenterait 20 %, selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, mardi. Or, plusieurs études suggèrent qu’Omicron serait moins virulent que  le variant Delta.

Alors que le Royaume-Uni a connu une hausse des cas de 92 % en une semaine, les hospitalisations y ont augmenté de… 2 % dans le même temps. Le média   Politico a par ailleurs dévoilé ce mercredi les conclusions d’un rapport de l’Agence de santé britannique attendu d’ici à Noël, selon lequel « les Britanniques qui tombent malades avec Omicron sont moins susceptibles de devenir gravement malades que ceux qui ont attrapé Delta ». Un constat proche de celui établi en Afrique du Sud. Le pays, le premier touché massivement par Omicron, n’a pas connu une hausse gigantesque d’hospitalisations et de décès. Les écarts entre les populations (âge médian de 28 ans en Afrique du Sud, contre 40 en France) avaient cependant empêché de tirer des conclusions pour l’Europe.

Un rapport du Statens Serum Institut, au Danemark, pays roi du séquençage et massivement touché par Omicron, établit lui que seules 0,6 % des personnes infectées par Omicron, du 22 novembre au 15 décembre, ont été hospitalisées, contre 1,4 % de celles contaminées par Delta. De même en France,  Omicron est très présent à Paris – il représenterait déjà plus de 50 % des cas. Or, dans la capitale, alors que les cas explosent, le nombre d’entrées en réa est en baisse.

Faut-il alors y voir un lien ? « C’est sans doute un peu tôt pour le dire, tempère Franck Clarot. Pour l’instant, il n’y a pas d’élément pour penser qu’Omicron serait plus virulent, ni même aussi virulent que Delta ». Prudence, donc, face à une épidémie imprévisible.

Omicron peut-il être une bénédiction pour l’épidémie ?

Ces nouvelles « encourageantes » – qui demandent confirmation – peuvent laisser imager qu’Omicron serait finalement une « bonne » chose : un variant qui contaminerait la population, immunisant naturellement contre de prochaines infections, mais sans envoyer en réa. Un peu trop « miracle de Noël » pour être vrai ? La réalité sera sans doute bien plus nuancée.

Yannick Simonin invite en tout cas à garder les pieds sur terre : « Nous manquons encore de données pour être catégorique sur l’influence qu’Omicron pourra avoir. Si on veut être optimiste, il y a des éléments rassurants ces derniers jours. La dose de rappel semble très efficace pour éviter les formes graves, mais aussi l’infection par ce variant. Par ailleurs jusqu’à présent, Omicron n’a pas été associé à des vagues d’hospitalisation dans les différents pays y étant confrontés. Il faut attendre des données consolidées pour savoir si finalement, ce variant est bien moins redoutable que ce que l’on pouvait craindre initialement. »

Même ton chez Franck Clarot, d’autant plus que même si le variant s’avère moins virulent, il n’est pas bénin pour autant : « On ne peut pas chercher à obtenir l’immunité naturelle au prix de dizaines de milliers de morts. » Restons donc tous et toutes prudents en cette période de fêtes, avec troisième dose, geste barrière. Et aération malgré le froid.