Cinquième vague, Omicron, virus de l’hiver… Le Noël sportif de SOS Médecins, qui « reçoit 20 à 30 % d’appels en plus »

INTERVIEW En pleine cinquième vague épidémique de coronavirus et durant ces vacances de Noël, SOS Médecins, qui était en grève il y a trois mois, reste sur le pont, comme nous l'explique son président, le Dr Jean-Christophe Masseron

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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Pour SOS Médecins, les vacances de Noël sont une période traditionnellement chargée, et c'est encore plus vrai cette année, entre la 5e vague, Omicron et les épidémies de virus hivernaux.
Pour SOS Médecins, les vacances de Noël sont une période traditionnellement chargée, et c'est encore plus vrai cette année, entre la 5e vague, Omicron et les épidémies de virus hivernaux. — JP PARIENTE/SIPA
  • Comme chaque année durant les vacances de Noël, SOS Médecins reste mobilisé pour répondre à la demande de soins, alors que nombre de cabinets de médecine générale ferment durant les fêtes.
  • En pleine cinquième vague de Covid-19, il faut aussi composer avec les virus de l'hiver tels que la grippe saisonnière et la bronchiolite.
  • Et trois mois après une journée de grève pour dénoncer le manque de moyens alloués à la visite à domicile, SOS Médecins poursuit les négociations avec les autorités. On fait le point avec son président, le Dr Jean-Christophe Masseron.

Si les petits et – pas mal de grands – sont enfin en vacances pour profiter en famille des fêtes, il y en a qui restent sur le pont. Pour SOS Médecins, les congés, ce ne sera pas pour tout de suite. Entre la déferlante de la cinquième vague de Covid-19, marquée par des  chiffres records de contaminations quotidiennes, et les motifs habituels de sollicitation, la fin d’année est pour ces médecins une période particulièrement chargée.

Trois mois après une journée de grève pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et obtenir une revalorisation de la visite à domicile, « les revendications sont toujours là, on est dans la négociation. Mais dans le même temps, on se mobilise pour répondre aux besoins des patients, encore plus importants à cette époque de l’année », explique à 20 Minutes le Dr Jean-Christophe Masseron, médecin généraliste et président de  SOS Médecins France.

Comment SOS Médecins aborde cette période de vague épidémique durant les vacances de Noël ?

C’est toujours une période de l’année compliquée pour nous. Nos confrères en médecine de ville, qui en outre prêtent main-forte pour la vaccination anti-Covid​ et ont légitimement besoin de souffler, sont pour beaucoup en vacances et n’ont pas toujours de remplaçants, ce qui entraîne un report d’activité sur nous. Un surcroît qui cette année est amplifié, en plus du  coronavirus, par les diverses épidémies simultanées. Tout cela complique la tâche des médecins SOS, engorge le système, et cause des difficultés pour les gens à accéder à un médecin.

Nos centres d’appels reçoivent en ce moment environ 20 à 30 % d’appels en plus qu’avant le Covid-19 à la même période de l’année, ce qui est compliqué à absorber. On y arrive à peu près, en priorisant les urgences, et en ayant des journées très remplies !

Car à la différence de l’année dernière, où le Covid-19 avait éteint les autres virus, cette année, on est – en plus du virus – submergés par les épidémies de   grippe saisonnière, de gastro-entérite, de bronchiolite, mais aussi de viroses respiratoires et ORL en tous genres. Ce ne sont pas forcément des tableaux cliniques alarmants, mais le coronavirus rend légitimement les gens plus inquiets et les pousse à davantage nous consulter. Les parents se demandent si leurs enfants peuvent le contracter. Et avec l’arrivée du  variant Omicron, l’intérêt de se faire tester et de respecter les gestes barrières pour les fêtes est plus important que jamais.

A quoi ressemble votre journée type durant cette période ?

Les journées se ressemblent, même si c’est variable d’une association à l’autre. Pour certaines, les visites à domicile peuvent représenter jusqu’à deux tiers du temps médical. Dans une journée, cela revient à assurer 3 heures de consultations dans nos locaux et 6 à 8 heures domicile. Mais en nombre d’actes, la proportion s’inverse à 60/40, parce qu’une visite est beaucoup plus longue qu’une consultation.

Les surprises, on les a souvent lors des gardes programmées les soirs de réveillon, où il se passe des choses atypiques. On passe beaucoup de temps au poste pour voir des personnes alcoolisées en garde à vue. On collabore avec les pompiers, les policiers et les gendarmes, et il y a une grande solidarité entre tous nos métiers qui veillent sur la population. Mais typiquement, les 24 et 31 décembre, on nous appelle beaucoup pour des pathologies digestives, des intoxications alimentaires. On a aussi le traditionnel accident domestique de réveillon : la plaie dans la main en ouvrant des huîtres !

Mais les patients sont encore plus attentionnés ces jours-là : l’autre jour, on m’a offert un chocolat et deux clémentines, et à 2h du matin, c’est très sympa. Evidemment, ce n’est pas comme dans Bienvenue chez les Ch’tis hein, pas question d’accepter la petite coupe de bulles qu’on peut nous proposer ces soirs de fêtes. Et entre deux gardes, faute de vacances, chacun essaie de passer du temps en famille, c’est primordial. D’autant que nous, on est sur le pont à Noël, mais aussi à tous les ponts, jours fériés et l’été !

Il y a trois mois, SOS Médecins lançait une grève de 24 heures pour alerter sur l’avenir de la visite à domicile, pilier de votre activité. Où en est la situation aujourd’hui ?

On n’arrive pas à satisfaire la totalité des demandes à la fois parce qu’elles sont en augmentation, mais aussi en raison d’une démographie médicale qui décline. Comme pour l’ensemble des métiers de la santé, nous sommes confrontés à des difficultés de recrutement et au manque de médecins généralistes. Or la demande est exponentielle, à la fois pour les visites à domicile et pour les consultations, avec des patients qui parfois n’ont plus de médecin traitant et n’ont plus que nous, et qui font plus de 70 km pour nous consulter pour des motifs de médecine générale.

On manque de bras pour répondre à la visite à domicile, mise à mal par la politique actuelle. Et quand on n’arrive pas à fournir autant de visites qu’on le voudrait, cela revient à pénaliser deux publics fragiles : les   personnes âgées et les personnes précaires ou isolées, des familles monoparentales, qui ne peuvent pas toujours se déplacer. C’est un frein à l’accès aux soins, on est ici aux frontières du médical et du social.

Nous sommes à un moment de notre modèle où l’on doit se demander s’il faut resserrer les visites à « l’essentiel », aux déplacements incompressibles et urgents, pour des motifs très restreints par nous ou le Samu, et ainsi prioriser des actes à plus haute valeur ajoutée. Mais en allant dans cette direction, cela aurait un retentissement sur les publics qui ont des difficultés à se déplacer, et nous ne voulons pas en arriver là. Le grand public, tout comme les médecins SOS, sommes tous attachés à la visite à domicile, un pan fondamental de notre mission.

Ces dernières semaines, les autorités nous ont envoyé des signaux favorables, mais les moyens mis sur la table sont insuffisants. Les négociations se poursuivent et on sent une volonté forte de soutenir les visites à domicile. C’est encourageant, alors, en gage de bonne volonté, nous avons levé provisoirement nos mesures chocs, compte tenu de l’épidémie actuelle, de la surcharge de travail et de la demande de soins, même si nos moyens actuels ne nous ont pas permis de reprendre une activité strictement normale. Nous allons présenter notre feuille de route chiffrée. Et on veut croire à une sortie par le haut.