La Sécurité sociale peut-elle économiser en remboursant les activités sportives des malades ?

REEDUCATION Une nouvelle expérience de « sport sur ordonnance » est lancée en Ille-et-Vilaine auprès de patients victimes de pathologies cardiaques

Camille Allain
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La clinique Saint-Yves, à Rennes, propose des séances de sport aux personnes victimes d'un accident cardiaque.
La clinique Saint-Yves, à Rennes, propose des séances de sport aux personnes victimes d'un accident cardiaque. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une nouvelle expérience du « sport sur ordonnance » a été lancée dans 11 départements français, dont l’Ille-et-Vilaine.
  • A Rennes, des victimes d’accidents cardiovasculaires poursuivent leur rééducation pendant cinq mois avec un coach personnalisé.
  • Tous les frais sont pris en charge par l’Assurance maladie, qui réalise malgré tout d’importantes économies.

Au moment d’enlever le moniteur cardiaque qui lui encerclait la poitrine, Christian a le sourire. Agé de 63 ans, il vient de boucler l’une des premières séances de son parcours de rééducation par le sport. Une reprise en douceur pour ce jeune senior, victime d’un infarctus début juillet. « Quand on est tout seul, chez soi, on a tendance à rester sur son canapé », témoigne celui qui pratiquait auparavant l’escrime en club. Depuis trois semaines, Christian participe au programme « As du cœur » basé sur le principe du « sport sur ordonnance ». Pendant cinq mois, il aura deux séances hebdomadaires avec un coach spécialisé dans la rééducation cardiaque au sein de la clinique Saint-Yves, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Mais Christian n’aura pas à sortir un euro de sa poche : l’ensemble de son programme sera pris en charge par la Sécurité sociale. Avec un but clair : faire en sorte que son état de santé s’améliore afin d’éviter de nouvelles dépenses.

L’idée de rembourser les activités de sport santé ne date pas d’hier. Mais depuis son émergence il y a cinq ou six ans, son déploiement patine. Alain Fuch en sait quelque chose. Président de l’association Azur sport santé, le médecin-conseil tente de convaincre les autorités du bien-fondé de la rééducation par le sport. En 2014, il avait mené une expérience auprès de 50 personnes souffrant de pathologies cardiovasculaires. Alors qu’elles « coûtaient » 4.000 euros de frais de santé par an, ces patients ayant repris le sport avec un coach personnel ont fait baisser la note de 1.300 euros. « Nous n’avons plus à démontrer que l’activité physique a un impact positif sur la santé, ça c’est connu. Mais nous avons démontré que ça permettait en plus de réaliser des économies », glisse Alain Fuch.

« On paye en amont pour éviter de soigner en aval »

Cet élément financier a de quoi convaincre l’Assurance maladie, qui ne dirait pas non à quelques économies, surtout « après vingt-deux mois passés les poches ouvertes », comme le souligne Arnaud Boyer en référence à l’épidémie de Covid-19. « On estime que ces cinq mois de sport santé coûtent environ 600 euros par patient. Si on compare ça à une pose de stent, ce n’est même pas le prix du pansement et de la nuit d’hôpital. On paye en amont pour éviter de soigner en aval », poursuit le directeur adjoint de la CPAM d’Ille-et-Vilaine.

Dans le département breton, une quarantaine de patients victimes d’un accident cardiaque participent à cette nouvelle expérience. « Il y a des gens qui n’aiment pas courir. Mais on peut tous trouver une activité de convivialité. Notre objectif, c’est de développer la notion de plaisir dans le sport, de développer une habitude pour le patient afin qu’il puisse poursuivre son activité physique une fois rentré chez lui », explique Céline Chouhan, responsable du service de rééducation de la clinique Saint-Yves.

« Quand on est tout seul, ce n’est pas marrant »

En Ille-et-Vilaine, la clinique spécialisée dans les soins de suite des patients souffrant de pathologies cardiaques n’est pas la seule habilitée à remettre sur pied les malades. Des coachs sportifs évoluant dans des centres de fitness comme L’Orange Bleue (à Vern-sur-Seiche) et le centre The Sunrise (à Fougères) ont aussi été formés à l’accueil de patients fragiles. « C’est important d’être encadré. Quand on est tout seul, ce n’est pas marrant », reconnaît Camille Le Marre, enseignante en activité physique adaptée. Après son infarctus, Brigitte avait perdu toutes ses forces. Cette grande sportive de 72 ans raconte. « Je ne pouvais plus rien faire. Dès que je montais deux marches, j’étais essoufflée. J’avais envie de tout lâcher ». Grâce aux cours collectifs alternant cardio et renforcement musculaire, Brigitte voit chaque jour son quotidien s’améliorer. Et la probabilité de rechuter s’éloigner.

Lancée en octobre, l’opération « As du cœur » est déployée dans onze départements français et devrait concerner 600 à 700 patients au total. L’objectif de l’association Azur Sport Santé est de montrer l’impact tant sur la santé des malades que sur le porte-monnaie de l’Assurance maladie. « Et si c’est bon pour les cardiaques, on sait que ça marchera aussi pour les malades du cancer ou les diabétiques ». Les maladies cardiovasculaires sont la deuxième cause de mortalité en France, après les cancers. Leur traitement coûte chaque année 18 milliards d’euros, soit 10 % des dépenses de santé du pays.