Coronavirus : Ce qu'il faut savoir sur Novavax, le nouveau vaccin anti-Covid

PANDEMIE Le vaccin Novavax est très différent des vaccins à ARN messager dominants en Europe

Jean-Loup Delmas
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Covid-19: Ce qu’il faut savoir sur le nouveau vaccin de la firme américaine Novavax — 20 Minutes
  • Le vaccin contre le Covid-19 de l'américain Novavax, basé sur une technologie classique, va devenir le cinquième à être disponible en France après le feu vert de la Haute autorité de santé (HAS) ce vendredi.
  • Ce vaccin fonctionne avec la technologie des protéines recombinantes, loin de l’ARN messager utilisé Pfizer et Moderna, et pourrait donc convaincre quelques sceptiques.
  • Novavax va-t-il changer la donne en Europe ?

EDIT du 14 janvier 2022 : La Haute autorité de santé a donné ce vendredi son feu vert au vaccin contre le Covid-19 de l'américain Novavax, qui va devenir le cinquième à être disponible en France. A cette occasion nous vous proposons à la relecture, cet article datant du 20 décembre qui expliquait tout sur ce nouveau vaccin basé sur une technologie classique alors que l'Agence européenne des médicaments venait d'autoriser sa mise sur le marché.

L’Union européenne vient d’autoriser la mise sur le marché de cinq vaccins contre le coronavirus. Le cinquième, le vaccin de Novavax, a reçu ce lundi l’aval de l’Agence européenne des médicaments (EMA) alors que la Commission européenne a déjà précommandé 200 millions de doses. Si ce vaccin américain est vu comme une potentielle solution pour les récalcitrants de l'ARN messager, son efficacité contre Omicron et le manque de doses soulèvent quelques questions. 20 Minutes fait le point.

D’où vient Novavax et quels sont les résultats de ses essais cliniques ?

Novavax est une société pharmaceutique américaine spécialisée dans les vaccins. En 2020, elle entame des recherches pour un vaccin contre le coronavirus : le NVX-CoV2373. Un vaccin appelé Nuvaxovid en Europe et Covovax dans les pays du Sud. Pour des raisons de simplicité, on le surnomme également vaccin Novavax, du nom de sa firme. Il se fait en deux doses, à trois semaines d’intervalle.

En juin, Novavax a présenté les excellents résultats de son vaccin aux essais cliniques de phase III, notamment « une protection de 100 % contre les formes modérées et sévères de la maladie et de 90,4 % globalement », sur 30.000 Américains et Mexicains testés. La société pharmaceutique américaine a demandé une autorisation conditionnelle de mise sur le marché européen que l’EMA étudie dès le 17 novembre, et valide donc ce lundi. La Commission européenne, qui a déjà précommandé 200 millions de doses, vient également de donner son feu vert à l’utilisation dans l’UE du vaccin américain. Seul l’aval de la Haute autorité de santé en France (HAS) est donc encore attendu. Nuvaxovid est déjà autorisé aux Philippines et en Indonésie. Le Japon a également précommandé 150 millions de doses.

Et face à Omicron, ça donne quoi Novavax ?

C’est toute la question, et l’une des principales réserves sur le vaccin. Les essais cliniques de phase III se sont faits début 2021, à l’époque où seule la souche originelle du virus et le variant Alpha circulaient activement dans le monde. On ne connaît donc pas l’efficacité de ce vaccin sur le variant Delta, désormais ultra-majoritaire en Europe, et sur  le variant Omicron, qui devrait devenir dominant sur le vieux continent d’ici quelques semaines. Néanmoins, « c’était aussi le cas pour les vaccins à ARN messager », rappelle Eric Billy, et ceux-ci se montrent efficaces depuis face à Delta et à Omicron [avec trois doses] pour éviter les formes graves. Le vaccin Novavax se penche d’ailleurs déjà sur une troisième dose de rappel.

« Il existe actuellement des données limitées sur l’efficacité de Nuvaxovid contre d’autres variants préoccupants, y compris Omicron », a de son côté indiqué l’EMA ce lundi, assurant que « l’innocuité et l’efficacité du vaccin continueront d’être surveillées au fur et à mesure de son utilisation dans l’ensemble de l’UE ».

En quoi Novavax est-il différent des autres vaccins sur le marché ?

L’Europe, tout comme la France, a commandé assez de doses des quatre précédents vaccins déjà autorisés – AstraZeneca, Jansen, Moderna et Pfizer – pour triple vacciner l’ensemble de sa population. Seulement voilà, AstraZeneca a parfois présenté des effets indésirables. Il serait également à l’origine de plusieurs décès des suites de thromboses, ce qui explique que le vaccin est largement boudé. Quant à Jansen, il n’a jamais rencontré le succès escompté - et se montre moins efficace que prévu en monodose. Pfizer et Moderna n’arrivent, eux, pas à convaincre toutes les personnes éligibles aux vaccins. En France, 9,1 % d’entre elles ne sont toujours pas vaccinées. Une partie du pourcentage s’explique le scepticisme, voire la peur envers la « technologie nouvelle » de l'ARN messager. Et  Pfizer et Moderna utilisent cette technologie innovante qui consiste à injecter dans l’organisme des brins d’instructions génétiques qui dictent aux cellules du patient ce qu’il faut fabriquer pour lutter contre la maladie.

Or, Novavax n’utilise pas la technologie de l’ARN messager mais des protéines recombinantes. La réponse immunitaire est déclenchée non pas par un agent viral affaibli, mais par des protéines reproduisant la protéine « spike » [protéine type réceptrice des vaccins] du coronavirus. « Il se base quand même sur une technologie nouvelle, c’est un vaccin à protéines en nanoparticules. Les protéines sont distribuées sur une particule qu’on mime sur des nanosphères », explique Eric Billy. Cette technologie de vaccins dits « sous-unitaires » présente des similitudes importantes avec les vaccins contre l’hépatite B ou la coqueluche. 

Novavax sera-t-il bientôt distribué en France ?

Pour Stanley Erck, le PDG de Novavax cité par l’AFP, le vaccin « pourrait aider à surmonter les principaux obstacles à la vaccination mondiale, notamment les défis de la distribution mondiale et l’hésitation à la vaccination ». Quant à la présidente de la Commission, elle a salué ce lundi « une addition bienvenue à l’arsenal pour protéger les Européens ». « Puisse-t-il être un solide encouragement pour les non-vaccinés ou ceux qui n’ont pas fait leur rappel ! », a poursuivi Ursula von der Leyen. Alors ce vaccin permettra-t-il d’atteindre les 100 % de personnes éligibles vaccinées en France ? Un dernier problème se pose et non des moindres : les données sont bonnes mais les doses manquent cruellement.

« Novavax fait face à de très grosses difficultés de production industrielle, ce qui donne peu d’espoir sur une arrivée rapide des doses en Europe, note Eric Billy. Augmenter la production d’un facteur cent est déjà un problème pour Novavax. » Fautes de doses suffisantes et de « difficultés d’approvisionnements de certaines matières premières liées au contexte pandémique », une partie de l’étude de phase III aurait ainsi été suspendue fin décembre 2020, expliquait déjà Reuters en mars dernier. Ceci sans compter que l’un des sites de production de Novavax situé en République tchèque n’aurait pas « une capacité de production insuffisante pour faire face aux besoins des Vingt-Sept ». Entre vouloir et pouvoir, il y a un pas et le miracle Novavax attendra.