La natalophobie, ou phobie de Noël, est-elle une réelle peur pathologique ?

INDIGESTION SOUS LE SAPIN (3/6) « 20 Minutes » vous accompagne durant les fêtes de fin d’année et vous parle cette fois-ci de la natalophobie, un trouble anxieux dont souffrent certains patients

Oihana Gabriel
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Photo de sapin de Noël.
Photo de sapin de Noël. — Pixabay
  • La rédaction de 20 Minutes vous accompagne durant les fêtes de fin d’année. Parce que cette période peut être compliquée, on a choisi de ne pas vous laisser tomber et de vous montrer qu’à nous aussi, Noël fout parfois… les boules.
  • Dans ce troisième épisode de notre série « Noël version indigestion », on se penche sur un concept récent : la natalophobie ou la phobie de Noël.
  • Un trouble psychiatrique récent, peu connu et peu étudié, mais que 20 Minutes vous décrit avec l’aide de deux psychiatres.

Le sapin de Noël vous donne des boutons ? Et les décorations dans les rues des suées froides ? Si de nombreuses de personnes n’aiment pas ou plus  Noël, pour certaines, ce rejet va plus loin. On les appelle les natalophobes. Un concept récent et qui pose encore de multiples questions.

C’est quoi, la natalophobie ?

Côté définition, « au sens strict, c’est une peur excessive, irrationnelle, qui va provoquer des crises d’angoisse à la vue des objets qui font penser à Noël : calendrier de l’Avent, sapin, décorations…, introduit Fanny Jacq, psychiatre et directrice de la santé mentale chez  Qare, un site de téléconsultations. On englobe dans ce concept des personnes qui ne supportent pas Noël au point de déprimer, d’angoisser, de rester cloîtrés chez eux. »

Il faut dire que les raisons de détester cette période sont légion. Les deuils et les séparations, qui font que certains proches ne sont plus là pour partager la bûche. L’heure du bilan et des questions indélicates du genre « Toujours célibataire ? ». Mais surtout le décalage entre l’image parfaite d’un réveillon chaleureux, apaisé et bienveillant et la réalité des familles qui s’écharpent autour de la dinde.

« Faire un cadeau est aussi quelque chose de compliqué, renchérit Christophe Bagot, psychiatre à Paris. Non seulement il y a un effort financier, mais c’est un acte d’empathie. » Souvent source de déception… et révélateur de tensions familiales. « Le trafic des cadeaux peut être douloureux quand il montre une préférence d’un grand-parent pour un enfant. Pour trouver un cadeau adéquat, encore faut-il bien connaître la personne. L’autre peut se sentir floué ou non reconnu. Je ne me souviens pas d’un seul cadeau de ma mère que je n’ai pas mis dans un placard directement, et j’ai 63 ans ! »

Est-ce une vraie phobie ?

Mais peut-on mettre cette étiquette de « natalophobe » sur tous ceux qui détestent Noël ? « Je n’ai jamais vu personne consulter pour natalophobie, terme que j’ignorais d’ailleurs, contredit Christophe Bagot. En revanche, beaucoup de patients parlent en décembre de leur inquiétude, leur angoisse, leur dégoût de Noël, mais comme quelque chose d’accessoire. Cela renvoie à une image de contrainte, de choses à faire, de soucis. » De là à parler de phobie, il y a donc un pas. D’ailleurs le concept, récent, n’a pas encore été étudié par la médecine. « La natalophobie reste assez rare, mais ça existe !, insiste Fanny Jacq. Cela peut paraître un peu drôle de l’extérieur, mais c’est handicapant, et il est bien d’avoir donné un nom sur ce phénomène. Les patients savent qu’ils ne sont pas seuls à avoir ce problème. »

Alors, comment différencier un grincheux d’une personne phobique ? « La natalophobie est un trouble anxieux, souvent lié à un traumatisme, résume la psychiatre Fanny Jacq. Ce n’est pas simplement "Je n’aime pas les téléfilms de Noël". Certaines personnes revendiquent leur opposition à cette fête de la consommation, comme elles rejettent la Saint-Valentin. Mais le réveillon ne les met pas mal physiquement et mentalement. Un natalophobe, s’il passait décembre sans les histoires de Noël, irait bien. C’est donc distinct de la dépression saisonnière, qui commence en octobre. » Et la médecin de se remémorer l’histoire d’une patiente ayant développé une phobie des guirlandes clignotantes. « En tirant les fils en thérapie, elle a fait le lien avec un accident de vélo grave, dix ans auparavant. » En réalité, son accident n’avait rien à voir avec Noël, mais les lumières clignotantes lui rappelaient les gyrophares du Samu. « Cette patiente évitait donc Noël chaque année », reprend la psychiatre.

Si Christophe Bagot se montre assez sceptique sur le concept de natalophobie, il reconnaît que « certains comportements peuvent rappeler la phobie. Notamment la peur de ne pouvoir y échapper, et donc la recherche d’évitement. Certains décident d’aller au bout du monde : une de mes patientes part avec l’UCPA pour fuir la réunion familiale… » Deuxième point qui évoque la phobie, la peur précédant l’évènement. A la manière d'« une personne ayant la phobie de l’avion et qui vit une anxiété anticipatoire dès qu’elle achète le billet », reprend Christophe Bagot. On imagine l’enfer que vivent les personnes allergiques aux décorations de Noël alors que les rues s’illuminent de mille lumières dès novembre…

Et puis une phobie, ce n’est jamais évident à assumer. Lorsque l’on parle de l’avion, des serpents ou des araignées, on peut être un peu gêné. Mais quand il s’agit de la magie de Noël, c’est encore plus compliqué… « C’est un peu la double peine, comme pour la dépression post-partum. C’est très culpabilisant de l’assumer, car Noël est considéré comme un événement heureux », souligne Fanny Jacq.

Comment supporter Noël quand on est natalophobe ?

Le plus important, quand on souffre de natalophobie, est de mettre le doigt sur la raison, le traumatisme qui l’explique. Et en attendant ? On hiberne ? « C’est important d’assumer sans culpabiliser ce qui se cache derrière sa phobie de Noël », conseille Fanny Jacq. Et à partir de là, exprimer ses besoins, trouver des alternatives. « Si c’est une source d’angoisse parce qu’on n’a pas l’argent pour faire des cadeaux "comme il se doit", on peut travailler sur son affirmation de soi et dire : "je n’ai pas d’argent donc je viendrai, mais je vous ferai un gâteau ou une chanson…". Si le problème est la solitude, il faut oser solliciter les amis, les collègues pour voir s’il n’y a pas une petite place pour soi. Si on a vécu un deuil, on peut fêter Noël différemment, par exemple en proposant d’aller voir un spectacle le soir du réveillon… »

Et si la réunion familiale vous donne des insomnies ? Venez juste pour l’apéritif. « On peut aussi choisir de venir quatre heures plutôt que quatre jours dans sa famille, renchérit Christophe Bagot. Moins on se sent emprisonné et bloqué dans un rituel, mieux on se sentira. Et on peut négocier sur les façons plus appropriées d’échanger les cadeaux. Si l’on en fait ! »