Coronavirus : Quel impact les vacances de Noël auront-elles sur l’épidémie ?

EPIDEMIE Cette année, comme en 2020, la vraie interrogation de Noël n’est plus quels cadeaux seront sous le sapin mais comment l’épidémie de coronavirus va évoluer

Jean-Loup Delmas
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Les vacances sont-elles une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l'épidémie ?
Les vacances sont-elles une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l'épidémie ? — Hollie Adams / AFP
  • 3, 2, 1... c'est parti ! Les vacances scolaires de Noël débutent en France pour deux semaines.
  • Deux semaines de répit sur le front du coronavirus ? Entre la fermeture des écoles et la diminution des employés au travail, la magie de Noël va peut-être opérer sur les chiffres sanitaires.
  • Méfiance tout de même. Noël pourrait également réserver de mauvaises surprises.

« Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver. Boules de neige et jour de l’an, puisse le Covid-19 nous laisser tranquille », pourraient chanter les  écoliers de France,  en vacances de  Noël pour deux semaines ce vendredi soir.

Depuis plus d’un an, chaque période de congés soulève la même question : quel impact les vacances auront-elles sur l'épidémie de coronavirus ? Et, comme pour le vent d’hiver fredonné plus haut, les hypothèses soufflent le chaud et le froid entre accalmie épidémique ou rebond plus conséquent.

Miser sur la fin de la récré

Pendant deux semaines, plus de 12 millions d’élèves ne se croiseront plus ni à l’école ni à la cantine.   Deux des endroits où le virus se transmet le plus, et dont le brassage des élèves est donc fortement soupçonné d’être responsable de la flambée épidémique chez les enfants. Pour cette raison, plusieurs nations ont décidé de fermer les écoles plusieurs jours en avance sur le calendrier des vacances, comme la Belgique ou le Danemark. C’est pour le même motif  qu'Emmanuel Macron avait fermé les écoles le 6 avril 2021 pour trois semaines.

Ces deux semaines pourraient donc éviter aux 6-10 ans, tranche de la population chez qui l’incidence frôle 1.100 [plus d’un enfant sur 100 a été testé positif en une semaine], qu’ils continuent de se côtoyer et d’échanger leurs microbes à la récré, sachant que l’incidence moyenne en France est près de deux fois inférieure,  établie à 515 ce vendredi, et 210 enfants de moins de 10 ans ont également été hospitalisés la semaine dernière. 

La vaccination des enfants, la solution ?

Les 6-10 ans sont d’autant plus fragiles que les enfants de moins de 12 ans ne sont pas éligibles au vaccin en France, excepté les bambins « à risque » et ce, depuis le 15 décembre. Or, la vaccination diminue les risques d’infection et de transmission, en plus  de réduire très fortement le risque d'hospitalisation et de formes graves. Seulement 0,2 % des enfants de moins de 12 ans sont vaccinés [des cas souffrant de multiples comorbidités], contre 79,83 % des 12-18 ans. Toutes les autres catégories d’âge en France sont vaccinées à plus de 87 % au minimum, selon les données de    VaccinTracker.

La période des fêtes de fin d’année devrait être propice à la vaccination. La vaccination de la troisième dose tourne à plein régime, avec 740.963 doses de rappel injectées en 24 heures et une moyenne de plus de 600.000 doses quotidiennes par semaine. Près de 15 millions de Français ont un parcours vaccinal complet. A cette cadence, au 15 janvier 2022, date à laquelle avoir un pass sanitaire exigera trois doses de vaccin, 35,4 millions de Français pourraient avoir obtenu leur rappel.

Les salariés au repos

Les vacances de Noël présentent également l’avantage d’être une période de congés massivement suivie par les salariés. Ces derniers se mettent à l’arrêt bien plus que pendant les autres vacances scolaires. « Cela devrait donc les limiter les chaînes de transmissions dans les entreprises », assure Anne Sénequier, codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale et coautrice du livre La géopolitique tout simplement (Editions Eyrolles, 2021). Reste que les vacances de fin d’année sont également bien plus propices aux rassemblements familiaux et intergénérationnels, ce qui fait craindre le pire aux experts de la crise sanitaires, parmi lesquels Hélène Rossinot, docteure en Santé publique.

Actuellement, l’incidence chez les personnes de plus de 65 ans est en baisse. Un chiffre qui représente une excellente nouvelle vu que ces seniors représentent 70 % des hospitalisations et 50 % des soins critiques depuis le début de la crise sanitaire. Cette population va probablement fréquenter, au moins le 25 décembre, des enfants et des jeunes adultes, dont l’incidence est beaucoup plus forte et en hausse. De quoi faire craindre un très mauvais Noël en cas de contaminations trop nombreuses de nos séniors.

Omicron, l’invité relou

De tels clusters familiaux étaient déjà redoutés l'an passé. Aucun rebond épidémique n’avait cependant été observé. « Les Français pourraient penser que puisqu’il ne s’est rien passé en 2020, cela veut dire que Noël est sans risque et baisser la garde. Or, il ne s’est rien passé justement parce que les Français ont fait attention », avertit Anne Sénequier. Et d’ajouter que si Noël 2020 s’est bien déroulé avec la souche dite « originelle » du coronavirus, la France devait désormais également composer avec les variants Delta et   Omicron, nettement plus contagieux.

D’autant qu’à Noël dernier, le gouvernement avait autorisé un autoconfinement des enfants quelques jours avant les vacances scolaires, laissant assez de temps pour que ceux infectés à l’école ne soient plus transmissibles le 24-25 décembre. Pour l’instant, rien n’indique qu’une telle mesure puisse être reproduite. «   Les enfants vont donc sortir de l’école pour arriver directement en famille, sans "sas " de protection », s’inquiète Hélène Rossinot. Pour la docteure, les consignes sont claires : « Il faudra être extrêmement vigilant sur les gestes barrières et utiliser au maximum des autotests, pour essayer de ne pas contaminer les membres les plus fragiles de la famille. » Le sort des vacances de Noël dépend avant tout de cela.